Vous êtes aux prises
avec le système de santé? Alors histoire de vous aider à relativiser, voila Stat qui vous offre un regard humoristique et légèrement décalé sur ce service à la population. Créé par deux
professionnels du domaine, Yves Lessard (scénario et dessin) et François Paquet (scénario et design), Nous avons souhaité un savoir plus sur ce nouveau service essentiel médicalement profitable,
l’humour de Stat. Entrevue à deux voix avec les créateurs.
Vous êtes nouveaux dans
la BD au Québec, pouvez-vous nous parler de vous ?
FP: Je suis médecin spécialiste en médecine d'urgence et pratique dans ce domaine à l'urgence de l'Hotel-Dieu de Lévis depuis près de 20
ans. Mon intérêt pour la BD date d'aussi longtemps que je me rappelle. J'ai une bonne collection de BD et sans sujet particulier. Je peux passer du classique à la science fiction et en fait, tout
ouvrage de qualité m'intéresse.
YL: Je suis de mon côté infirmier depuis 20 ans et dessine depuis toujours!! Comme nous travaillons tous les deux dans le domaine de la
santé, cela fait du sens de développer cette idée de BD et voilà pourquoi j'ai embarqué avec passion dans ce projet.
D’où vient l’idée de
cette BD ?
YL: Lors d'une soirée de travail, François me voit dessiner sur un coin de bureau à la fin d'une journée de travail. Il me fait part d'une
idée qui lui trotte dans la tête depuis des années. De fil en aiguille je fais quelques esquisses et voilà qu'on se rejoint en quelques minutes sur les grandes lignes du projet. Des centaines
d'heures de travail, du café à profusion et nous voilà!
FP: En effet, nous vivons des situations souvent cocasses et j'ai tellement souvent entendu des amis collègues me répéter qu'on devrait
écrire un livre avec toutes ces idées! Et bien de mon côté j’imaginais plutôt la création d’une BD… Depuis une dizaine d'années je mijotais ce projet, et ce sans avoir trouvé un dessinateur
pouvant reproduire ce que j'avais en tête. Quelques dessins de Yves et voilà que les personnages prennent vie. Le processus de création passe par une idée, on se dit quelques mots, on développe
un milieu de vie pour les personnages et voilà l'idée générale pour les planches est créée!
Comment
arrivez-vous à éviter les blagues « internes » à votre milieu de travail
?
FP : Le processus de création passe presque toujours à partir d’une idée vécue ayant comme thème un objet, une situation, un personnage etc.
La situation est souvent en effet plus drôle pour les professionnels du milieu, et cela explique entre autres pourquoi ces situations n'ont jamais été publiées! Les évènements ayant trop une
connotation « interne » au milieu. Pour palier à ce problème il faut donc travailler l’idée de base. Nous discutons donc cette idée (brainstorming) et la rendons plus compréhensible aux personnes
moins familières avec le milieu de la santé.
YL: Lorsqu’à partir d’une situation comique l'idée est bien établie et que les personnages choisis
le sont le sont aussi, nous devons nous mettre à la place du lecteur afin de rendre le tout "simple". Mon « leitmotiv » est, tant qu’à moi "The Less is the
Best". C’est donc tout
un défi de réussir à rendre le tout dans un format de planche de trois-quatre cases. Le punch doit être bien dosé et bien placé. Nous avons choisi ce format de « strips » en ayant en tête et
comme but la publication dans des revues nord-américaine en français et en anglais. Ce format est plus connu de ce côté de l’Atlantique et convient bien au type de situations comiques que nous
voulons créer.
Étant donné la crise
que traverse le milieu hospitalier du Québec en ce moment, comment arrivez-vous à trouver le temps de faire de la BD ?
FP: Nous travaillons tout les deux à temps plein et donc pas mal d’heures dans la semaine…. Cela sans compter que nous avons les deux une
famille. Pour le moment nous travaillons le tout comme un passe-temps et doit donc être en équilibre. Ceci dit ce passe-temps est aussi un travail, à nous de conserver le plaisir de réaliser le
tout. Je garde toujours une petite pensée pour STAT à mon travail et les idées viennent alors. C’est donc toujours agréable de discuter avec nos collègues qui nous racontent leurs propres
situations. Résumons donc pour moi, STAT est un exutoire pour les journées à l'urgence!
YL: Je travaille principalement de nuit et cela n’est donc pas évident de trouver le temps. De plus, comme dessinateur, je ne peux pas me
dire que je m’assois et que "l'inspiration arrive". Il faut que je trouve des moments où je peux me retrouver dans un bon état d'esprit pour la création, mais j'y arrive. Tant que le plaisir
existe dans ce métier, je m'y tiens. Nos discussions et « brainstorming » avec François sont aussi de bons moments de rigolade et de détente !
Comment
avez--‐vous défini les caractères de vos personnages (tant au niveau scénario
que graphique)
FP: D'après la vie de tous les jours. Bien que certains personnages aient été inspirés avec nos traits de personnalité en partie, les autres
personnages sont plutôt un amalgame de plusieurs caractéristiques de personnes réelles. C’est personnes nous ont souvent marqué au long de notre carrière respective et ce autant dans leur façon
d'être que dans leur réaction face aux situations parfois bizarres. Les personnalités teintent donc les personnages entrainant des réactions différentes devant une situation inattendue et voilà
des mines d'idées pour le futur.
YL: Pour le moment nous nous en tenons à quelques personnages principaux avec des métiers bien connus du public (médecin, infirmier, préposé
aux bénéficiaires). Une bonne BD tient à la force de ses principaux personnages et à la qualité des textes. Même si le tout semble facile pour un format 3-4 cases, plus c’est simple et plus cela
nécessite du travail ! Pour bien s’assurer que nos histoires soient réalistes quand même, nous avons déjà en banque des personnages qui accompagneront nos héros dans toutes sortes de situations.
Nous conservons le chainon important que tout se passe dans un hôpital et principalement à l'urgence.
Est-ce que votre inspiration vous vient essentiellement de cas vécus
?
FP: Absolument. La plupart du temps nous prenons une idée avec comme thème une situation réelle qui est survenue. Évidement cette situation
peut-être chargée d'émotions et c’est à nous de la modeler afin de la rendre "comique".
YL: Après 20 ans de travail nous avons vu tellement de choses que les idées sont là pour des années de planches. Tous les jours de nouvelles
situations surviennent !
Les gestionnaires, dans
votre ouvrage, sont représentés comme des personnages « incompétents ». Ne pensez-vous pas que ça fait un peu « archétype » ?
FP: En fait c'est parfois loin de la réalité lol! Ce n'est pas toujours de la faute des gestionnaires, le cadre actuel administratif est ce
qu'il est au Québec, loin d’être parfait ! Par contre une bonne dose de dérision, et également même autocritique, n'est pas une mauvaise chose. On doit apprendre à rire de soi
aussi!
YL: Comme infirmier il est souvent difficile de comprendre les tenants et aboutissements des volontés d'un hôpital. On tourne à gauche et à
droite pour des choix sans but bien précis. À date, même les gestionnaires que nous côtoyons trouvent la BD intéressante et amusante, et ce à tous les niveaux de
gestion.
Avec Stat, essayez-vous
aussi de passer un message sur le système hospitalier ?
FP: Rappelons-nous que la population totale du Québec n'égale même pas celle du New Work Métropolitain et ce avec une structure encore plus
difficile à gérer. Nos disparités régionales créent aussi des difficultés que nous contribuons tous à rendre complexe! On tente si souvent de recréer la roue pour être unique. Je suis moi-même
parfois dans une position de gestion et ce n'est vraiment pas facile de négocier avec les structures existantes. La réalité est que le cadre rigide actuel des nos organisations empêche ou rend
même parfois impossible les modifications qui paraissent parfois pourtant si évidentes. Patience et rigueur sont alors nécessaires. Rien n'empêche que sur « le terrain » les situations vécues
sont donc au final incompréhensibles pour le commun des mortels. Par exemple il y a deux semaines j’arrive au travail à l’urgence et surprise il n'y avait plus aucune chaise pour s'asseoir afin
d’écrire le dossier après avoir vu un patient!!!
YL: Au Québec comme dans bien des endroits, on passe de développement à restrictions, de compressions à dépenses inexpliquées et ce sans
plan de match clair. Tout le monde peut comprendre les difficultés du réseau ou les raisons qui nécessitent de se « serrer la ceinture » ou « manger son pain noir » mais il faut voir le bout du
tunnel de temps en temps.
Tourner le milieu des
urgences de façon humoristique, n’est--‐ce pas un risque en termes de perception de la part de vos lecteurs
?
FP: Je ne crois pas. Nous ne sommes pas dans un crédo qui est si difficile que cela. Pensons au sujet de BD comme la religion, l’immigration
où d'autres sujets plus "chaud" émotivement… Nous utilisons des situations que tous peuvent à la limite vivre.
YL: À travers le monde entier les urgences et les hôpitaux existent, il s'agit donc d'un environnement facilement compréhensible pour toute
personne et c’est donc un sujet exportable partout. Après pas mal de recherches nous notons que peu de gens ont osé créer une BD sur le thème des hôpitaux et des urgences, voilà donc un défi des
plus stimulants!
Finalement, le milieu
des urgences est-il si mal en point ?
FP: Disons que nous pouvons facilement faire mieux. Cela exige non pas des actions bien complexes mais plutôt une volonté de fer du réseau
associée à une participation exemplaire des professionnels. On voit quand même des améliorations au fil des années. Le côté technologique est en continuelle évolution et il faut également suivre
les dernières améliorations retrouvées ailleurs dans le monde et nous réussissons. De plus, les personnes qui consultent sont parfois très exigentes, souvent avec raison, et cela demeure un défi
quotidien.
YL: Les dernières années ont été très difficiles pour la profession infirmière, mais je demeure très optimiste pour le futur. La profession
d’infirmière et toutes les professions dans le domaine de la santé sont très stimulantes et avec une perspective d’emploi sans problème…
Et ou
voyez-vous Stat dans le futur ?
FP: Mon rêve ultime est de voir STAT en format animation. Ce serait extraordinaire de voir nos personnages vivent sur un écran ! Faut rêver
dans la vie !
YL: Nous visons à produite un tome 2 qui devrait arriver avant les Fêtes de 2011. Cet album
devrait être disponible dans toutes les bonnes librairies du Québec! On verra ensuite pour le volet anglais et de même que pour l'Europe. Tout est possible, nous sommes
persévérants.
Merci encore pour cette entrevue, et à bientôt.
Pour plus d’information, retrouvez Stat sur
www.statcomics.com
Vous pouvez acheter l’album auprès des éditions moèlle graphique
http://moellegraphique.com/
Ou à la librairie Phylactère, au 685 rue St-Joseph Est, à Québec
https://www.facebook.com/anmarie.francis