Mardi 3 avril 2007
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Christophe Blain est auteur de bandes dessinées (Isaac le pirate, Donjon, Socrate…). Invité par le Festival de
la Bande Dessinée Francophone de Québec en 2006, il est venu au Québec au début de l'été pour des séances de dédicaces et des rencontres. A son retour en France, il a gentiment accepté de se prêter au jeu de l'entrevue pour nous parler de son séjour et de ses projets. Cette entrevue date de l’automne dernier, et certaines informations peuvent donc être un peu dépassées.
EL : Comment s'est passée votre voyage au Québec?
Christophe Blain : Merveilleusement bien.
EL : Vous avez eu l'occasion de rencontrer quelques auteurs québécois. Avez vous eu l'occasion de lire leur production, et si oui, qu'en avez vous pensé ?
Christophe Blain : Le peu que j'ai pu lire m'est apparu très intéressant. J'ai l'impression que le courant de création majoritaire chez les auteurs québécois tourne autour de l' autobiographie, l'auto-fiction, les histoires intimes, L'absurde etc... C'est-à-dire une bande dessinée que l'on appelle, par commodité, "alternative", courageuse et expérimentale.
Peut-être ai-je eu cette sensation parce qu'il n'y a que des auteurs de ce style qui sont venus vers moi. En tout cas, je les ai trouvés passionnés, battants et inventifs. Et leurs bouquins, même pour des tirages restreints, avaient une présentation remarquable.
EL : Vous avez eu quelques rencontres, l'une à la bibliothèque Gabrielle Roy de Québec, ouverte. Et une plus « discrète » a Montréal avec des auteurs. Sur quoi ont porté les discussions ?
Christophe Blain : Je me souviens qu'on a beaucoup parlé (j'ai eu une extinction de voix), que j'ai dit beaucoup de conneries, qu'on a bien ri mais j'aurais bien du mal à faire la synthèse de tout ça.
EL : Que vous apportent ces rencontres ?
Christophe Blain : Parfois, j'ai beaucoup de plaisir à parler avec des gens que je ne connais pas.
EL : Comment se sont passé les séances de dédicaces, sont elles différentes au Québec par rapport à celles en France ?
Christophe Blain : Je fais très peu de séances de dédicaces en France. Encore moins de festivals. Généralement ça se passe pas mal mais c'est beaucoup plus amusant d'aller à l'étranger. Les dédicaces que j'ai pu faire au Québec avaient la particularité d'être intimes et très décontractées. Peu de lecteurs venaient me voir mais ils me faisaient dédicacer beaucoup de bouquins, restaient à discuter, boire des verres. Ils étaient réservés, charmants et prévenants. C'était touchant et très chaleureux.
EL : Avez vous pu profiter un peu du Québec, et si oui, avez vous aimé ?
Christophe Blain : Je me suis pas mal baladé dans Québec et surtout Montréal. J'adore. J'y ai très bien mangé.
EL : Dans votre "production", quelles sont vos préférences et pourquoi ?
Christophe Blain : Je préfère les bouquins que je fais seul. Il y a plus d'enjeu. C'est plus passionnant. D'ailleurs, je ne fais plus que ça. Avec une exception pour la série Socrate (avec Joann Sfar).
EL : Quels sont vos autres projets ?
Christophe Blain : J'écris et je dessine une nouvelle histoire (sans doute 3 tomes) Qui paraîtra chez Dargaud début 2007. Je travaillerai sur les prochain Isaac en même temps.
EL : Quand vous travaillez sur une nouvelle histoire, d'ou vous viennent vos idées ?
Christophe Blain : Lorsque je travaille sur une histoire, il m'est très difficile de me souvenir exactement de la nature de l'étincelle de départ qui m'a donné envie de m'y atteler. L'idée de départ change de forme et de direction tous les jours. Je ne me rappelle pas plus des idées que j'ai abandonnées. A moins d'en retrouver les traces par hasard dans un vieux carnet.
EL : Pourriez vous nous décrire un peu votre méthode de travail, depuis l'idée jusqu'à l'album ?
Christophe Blain : Je n'ai pas de méthode. J'ai une idée dont je ne me rappelle pas le cheminement exact, je prends des notes, j'ai très envie d'en faire une histoire dans un album que je crois toujours court au début puis qui finit par donner 5 ou 6 tomes parce que mon éditeur ne peut pas publier 250 pages d'un coup. Sinon je fais des story boards griffonnés mais lisibles, je crayonne mes pages et je les encre comme tout le monde.
EL : Vous avez fait des études en art. Comment ont elles influencées votre méthode de travail ?
Christophe Blain : Mes études d'art n'avaient rien à voir avec la bande dessinée et ne m'ont donné aucune méthode dans ce domaine et c'est heureux parce que c'est une expression à mon sens très personnelle, individuelle, empirique, bricolée dont on fait ce qu'on veut, où on suit qui nous plait, on ressemble à ce qu'on veut ou ce qu'on peut. On n'a besoin que d'un crayon et du papier, après à chacun de se demmerder. C'est ça qui est passionnant.
EL : Lors d'une autre entrevue, vous avez dit que vous aimeriez sortir plus de bandes dessinées en noir et blanc. Avez vous des projets dans ce domaine ?
Christophe Blain : Il se peut que je fasse de plus en plus d'albums qui soient édités en couleurs puis en noir et blanc. Je n'ai pas de projets directement en noir et blanc pour l'instant.
EL : La publication de bande dessinée augmente beaucoup en ce moment, est-ce difficile de s'y tailler une place ?
Christophe Blain : Je ne sais pas. Sans doute. La seule chose à faire est de faire ses albums et de voir ce que ça donne.
EL : En attendant de lire votre prochain ouvrage, pourriez vous nous proposer vos « coups de cœur » ?
Christophe Blain :
"La fille du savant fou" de Mathieu sapin chez Delcourt.
"Pascal Brutal" de Riad sattouf chez Fluide Glacial.
EL : Que pourriez vous conseiller aux jeunes auteurs qui voudraient se lancer dans la bande dessinée ?
Christophe Blain : Il m'est impossible de donner des conseils généraux à des gens que je ne connais pas. Voire donner des conseils tout court. C'est un chemin très très personnel. Il y a trop de voies possibles et inconnues. C'est ça qui est bon.
EL : Merci beaucoup d'avoir accepté cette entrevue. Nous espérons avoir la chance de vous revoir de temps en temps au Québec.