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Qu'est-ce que ce Blogue?

 

Ça fait mantenant plus de 15 ans que je suis arrivé au québec, importé de France.  Je suis un passionné de BDs, j'aime la photographie, je dessine un peu. J'aime aussi voyager, la bonne bouffe, et la bonne bière. Ça, c'est pour moi.

 

Pouquoi ce blogue? Aprés avoir découvert la BD du Québec et avoir constaté son intérêt, j'ai décidé d'essayer de partager mes découvertes. Plutôt que de faire de la critique BD, je préfère discuter avec les auteurs. Alors je prépare des entrevues avec eux, avec les éditeurs et avec d'autres acteurs de la BD au Québec, et je les partage avec vous.

 

Alors... bonne lecture et à bientôt.

Éric

 

eric.lamiot@lycos.com

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Pour mes photos et chroniques de voyage:

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Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 01:00

Publiée le 24-01-2007

 

 

 

 

Éric Thériault, créateur de Veena et John Star, présente ses bandes dessinées à la fois en comix book et en feuilleton sur internet. Il intervient également en colorisant Quentin Le Seul (Pif Gadget). Il a accepté de parler à Bedeka.org de ses projets, de sa façon de travailler, de ses goûts…

 

 

Bedeka.org : Pourriez vous nous décrire vos projets?

 

Éric Thériault : Je travaille toujours à la fois sur deux types de travaux : les miens et ceux qui paient le loyer. L’objectif sera qu’un jour les 2 fonctionnent ensemble.

Mon projet personnel qui m’est le plus cher est un feuilleton de John Star que j’ai commencé y’a déjà longtemps. J’ai peu de temps à y consacrer alors ça avance à pas de tortue avec 3 pattes arrachées. Mais j’y crois quand même. Ceux qui ont lu les quelques récits complets de John Star dans MensuHell, Veena ou Legal Action Comics connaissent un peu le personnage, une version parodique de Flash Gordon et de tout l’univers de la s-f de l’Age d’Or. Mais le pastiche, c’est le point de départ. L’histoire elle même touchera bien d’autres thèmes. Un autre de mes personnages, Veena, y apparaîtra éventuellement. C’est pourquoi j’essaie de garder le personnage vivant et disponible pour l’instant en utilisant le format du webcomics. Toutes les histoires sont maintenant disponibles en ligne. C’est quelque chose auquel je crois beaucoup : il faut qu’un auteur garde sa création disponible. Je trouve que c’est déplorable que la plupart des bd québécoises ne soient jamais rééditées. Ca contribue au fait que toutes les nouvelles générations qui commencent à publier ont l’impression de réinventer la roue…

 

Du coté des projets pour payer le loyer, j’ai commencé à colorer la série Quentin Le Seul de Patrice Lesparre chez Pif Gadget. C’est une série médiévale avec un chevalier sans terre qui essaie de répandre la justice dans les villages qu’il croise. Je compare ça à Rahan, parce que c’est un dessin réaliste et le héros combat l’obscurantisme. Le premier numéro où ça apparaîtra devrait être le #27 en octobre 2006.

J’aurai aussi le titre d’artiste invité pour faire une illustration dans la version française de The Goon volume 3 publié chez Delcourt prévu en septembre. J’ai bien aimé son univers basé sur les vieux EC Comics et The Adams Familly. J’aurai aussi 2 autres collaborations du même type chez Bamboo pour 2 autres traductions françaises de séries américaines.

Et ces travaux chez des éditeurs français me permettent maintenant de travailler avec un scénariste là-bas.

 

 

Bedeka.org : Vous parlez de réédition, certaines éditions, aussi bien en Europe qu’au Québec vont pourtant dans ce sens, on peut penser à Rahan, réédité chez Soleil, ou Michel Risque, réédité chez La Pastèque. Pensez vous que tout mérite d’être réédité ?

 

Éric Thériault : Non, bien sur. C’est la crème qu’on réédite. Il y a des tonnes de bd qui méritent d’être oubliées assez rapidement, mais quand quelque chose reste dans la mémoire des gens alors même que le livre n’est plus disponible, c’est qu’il touche à une corde et il mérite donc d’être présenté à une nouvelle génération. Tu mentionne Michel Risque, mais c’est un phénomène tout nouveau. Avant cette excellente décision de la Pastèque, presque rien n’avait été réédité au Québec. La quasi-totalité du patrimoine est dans l’oubli. Mon album québécois favori reste Atlantic City de Loth et Montour. Ou puis-je en trouver une copie ? Nulle part !

 

 

Bedeka.org : Qu’est-ce qui vous a amené à la bande dessinée ?

 

Éric Thériault : Franchement, pourquoi ça et pas autre chose, je ne sais pas. Ça doit être une marque de l’enfance…Mon père lisait le Fantôme et Mandrake dans le journal et il me disait ce qui s’y passait avant même que je sache lire. Il m’a aussi donné les recueils du Journal De Tintin qu’il avait lu entre 1946 et 52.

 

 

Bedeka.org : Vous avez l’air de vous inspirer beaucoup de la science fiction des années 50, pourquoi ?

 

Éric Thériault : Si tu veux blâmer quelqu’un, tu peux mettre ça sur le dos de George Lucas. Quand Star Wars est sorti en ’77, ça a été tellement populaire que ça a relancé la Sci-fi américaine. Mais à l’époque ça a été mal vu parce que le film est tellement rétrograde au point de vue scénario (une princesse sauvée de l’empereur du mal par des gentils bums …) que ça a plutôt relancé les rééditions de la s-f de l’Age d’Or (1920-1940). A l’age que j’avais à l’époque, toutes ces rééditions de BD comme Flash Gordon et autres du même genre, plus les anthologies J’ai Lu de Sadoul, avec les reproductions de couvertures de pulp, ça a marqué mon imagination. Comme j’ai beaucoup d’intérêt pour l’Histoire en général et celle de la bd en particulier, je lis les bd actuelles avec le regard historique, ce qui me fait voir rapidement que l’on ne réinvente pas la roue. J’ai comme décidé que ça ne servait pas a grand chose de remettre au goût du jour, si c’est pour copier de vieilles idées. Pourquoi dire que les invasion extra-terrestres viennent de la planète Gruul, si on peut juste dire que ça viens de Mars ?

 

 

Bedeka.org : Avec tout ce qui s’est déjà fait, pensez vous que l’on puisse être original dans la Bande dessinée actuellement ?

 

Éric Thériault : Peut-être pas, mais c’est pas ça qui est important. C’est pas tant ce qui est raconté qui est important que la manière. C’est l’originalité dans l’approche qui fait qu’un auteur se démarque. Et puis, il faut aussi se dire que le pire cliché, y’a toujours quelqu’un qui le voit pour la première fois.

 

 

Bedeka.org : Quelles sont vos autres sources d’inspiration ?

 

Éric Thériault : La vie ? Je travaille dans d’autres genres aussi. Dans le Plan Cartésien chez Mécanique Générale, j’ai fait une histoire qui est une sorte de méditation sur la consommation pétrolière et la politique. En fait quand on regarde sous la surface, ce que je fait a beaucoup rapport avec la nostalgie, l’histoire et la politique. Même quand je fais John Star. Mais il faut lire entre les lignes.

 

 

Bedeka.org : Pourriez vous nous décrire votre méthode de travail ?

 

Éric Thériault : C’est malheureusement devenu extrêmement complexe avec trop d’étapes. Il faudrait vraiment que j’en revienne a la base...Disons que je commence par un petit découpage de 2 x 3 pouces, très croquis. Ensuite, je l’agrandi a la photocopieuse et je travaille sur un calque pour pousser ça. Et puis là je fais comme Voro et je dessine des 2 cotés du papier pour voir les erreurs. Parfois je travail sur plein de papiers séparés et j’assemble le tout avant d’encrer au pinceau et à la plume. Si c’est en couleur, je scanne et travaille mes couleurs principalement dans Photoshop en essayant de travailler sur les harmonies de couleurs entres elles plutôt que sur les texture. Le plus simple, le mieux..

 

 

Bedeka.org : Vous publiez vos pages sur internet, que vous amène ce support comparé au support papier traditionnel ?

 

Éric Thériault : Disons que ça a l’avantage d’être direct pour ce qui est du contact avec le lecteur. Pour résumer, j’ai passé les dernières années à jouer le rôle d’éditeur. Donc, beaucoup de travail de maquettes, de graphisme, de contact avec les éditeurs, les distributeurs, etc…J’ai publié pour le marché américain 4 numéros de Veena. Ça a donc été disponible dans les bonnes librairies américaines, canadiennes et d’ailleurs pendant un certain temps. Mais le format comic book a un problème, c’est qu’il n’est disponible sur les tablettes qu’une semaine. Apres, il va à l’arrière du magasin. Ce qui limite considérablement le public qu’on peut avoir. Sur l’internet, c’est disponible en permanence et y’a moyen de fidéliser le lecteur. J’ai commencé à tout mettre sur mon site. J’en rajoute de semaine en semaine. Ça permet de toucher des gens en permanence, de partout. Mais je crois que ceux pour qui ce système fonctionne le mieux sont ceux qui ont une présence dans les mass medias. Je ne crois pas qu’une mise en marché seulement par l’internet ne nous avance beaucoup. Il faut faire les deux.

 

 

Bedeka.org : Vous partagez un studio avec d’autres bédéistes, comment ça se passe ?

 

Éric Thériault : Nous sommes 7 : Michel Lacombe, Serge Lapointe, Frefon, Yanick Paquette, Olivier Peru, Stéphane Peru et moi-même. En tant normal, nous avons tous nos propre clients et nous sommes indépendants. Mais parfois, ça marche mieux en équipe. En ce moment, Paquette dessine X-Men : Civil War. Il a donc l’aide de Lacombe pour de la technique et de l’encrage, Lapointe pour l’encrage et Stephane Peru pour la couleur. Parfois, la collaboration se fait incognito quand les deadlines sont trop serrés. Alors on deviens des imitateurs de nos styles respectifs. J’ai eu comme ça l’occasion de travailler sur Star Wars avec Lacombe, sur Batman Begins avec Lapointe et sur Terra Obscura avec Paquette, entre autre.

 

 

Bedeka.org : Vous faites de la colorisation pour Pif Gadget, à quand votre propre bande dessinée dans ce magazine ?

 

Éric Thériault : J’en ai discuté un peu avec Patrice Lesparre, le scénariste de Quentin Le Seul. Il a proposé de collaborer. Mais si ça se fait ça ne sera pas pour Pif. Je crois que depuis le redémarrage du magazine, ils ont déjà fait le plein de nouvelles séries.

 

 

Bedeka.org : Une partie non négligeable de vos travaux vise le marché anglophone, pourquoi ?

 

Éric Thériault : En tant que scénariste, ce qui me plait le plus comme lecture, c’est la bd alternative américaine. Je suis bilingue et le marché est juste à coté. Ca me semble évident comme démarche. Et plus on fait des liens dans un milieu, plus ça se solidifie. Mais disons que depuis peu, les possibilités sont plus rose en France. Alors ça risque de changer…

 

 

Bedeka.org : La BD européenne connaît actuellement un essor fulgurant, vous ne craignez pas une saturation du marché ?

 

Éric Thériault : Ce qui se passe c’est que le marché est déjà saturé. Ce qui fait que chaque auteur se trouve à avoir de moins en moins de semaines pour trouver son public. Il y a 20 ans quand Moebius avait un album en magasin, on pouvait le trouver jusqu'à ce qu’il soit épuisé. Maintenant, un nouvel album a quelques semaines pour trouver sa place.

C’est une forme d’accélération du marché.

 

 

Bedeka.org : En attendant de lire vos prochaines sorties, qu’est-ce que vous pouvez nous conseiller ?

 

Éric Thériault : 2 histoires publiées dans des anthologies : la première, 1986, est publié dans Plan Cartésien chez Mécanique Générale. La seconde est le dernier récit de John Star et Les Robots de l’Atlantide, publié dans MensuHell # 80.

 

 

Bedeka.org : Pour finir, quels sont vos « coups de cœur » ?

 

Éric Thériault : J’ai vraiment rien lu de neuf ces dernier mois qui m’a coupé le souffle. Ma lecture récente, c’est Rêve de Fer de Norman Spinrad et les derniers Dvd vus sont Secret Agent et Le Prisonnier.

 

 

Merci beaucoup de nous avoir accordé cette entrevue. Pour suivre vos productions, il est possible de visiter votre site internet, et d’y retourner souvent : http://pages.videotron.com/veena/

 

 

 

 

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 01:00

 Publiée le 30-09-2006

 

 

 

 

 Edmond Baudoin est un auteur de bande dessinée qui a produit un quarantaine de titres. Il a enseigné à l'université du Québec en Outaouais pendant trois ans. La publication relativement récente de la bande dessinée "Les Essuie-glaces"(collection "aire libre"; Dupuis), et son retour en France a amené Bedeka.org a le contacter pour lui demander de nous parler de son séjour chez nous, et surtout de la bande dessinée. Il a très gentiment accepté de répondre à cette invitation.

 

Vous avez passé un certain temps au Québec comme enseignant au programme orienté bande dessinée de l’Université du Québec en Outaouais. Comment êtes vous arrivé là ?

 

En 1998 j'ai été invité au Salon du Livre Montréal. On me demande souvent des interventions quand je suis invité. Et à Montréal c'est l'UQAM, l'Université qui m'a demandé de faire une conférence sur la Bande Dessinée pour les étudiants concernés.

C'est ce que j'ai fait.

Je ne savais pas qu'il y avait là des professeurs d'une autre Université qui cherchaient un professeur pour cette discipline.

Dans le courant de l'année ils sont rentrés en communication avec moi à Nice pour me proposer de travailler avec eux. Ils avaient aimé mon intervention. C'était une invitation pour un an, ils l'ont renouvelé trois fois. Ensuite ils m'ont proposé de devenir professeur titulaire, ils ne pouvaient pas m'inviter au delà de 3 ans. Je ne me voyais pas devenir professeur. C'est Jean Louis Tripp qui m'a remplacé l'année suivante.

 

 

Quels étaient vos champs d'enseignement?

 

Le scénario, la construction d'une histoire, "sa musique". Je recherchais avec chaque étudiant quels étaient pour elles, pour eux, leurs champs d'investigation, leurs futurs lieux d'inspiration. J'enseignais le dessin d'art aussi, avec des modèles, avec de la musique, avec des sujets comme la vitesse du trait à poser sur les pages, je les faisaient danser et ensuite, dessiner la danse, comment ils l'avaient comprise dans leur corps.

Je ne leur enseignais rien, je cherchais avec eux à ce qu'ils deviennent eux. (J'avais un problème avec les notes, je ne voulais pas les noter. J'estime qu'on ne peut pas noter l'art).

 

 

Que vous à apporté cette expérience ?

 

Beaucoup. C'est un bonheur d'essayer de donner à des jeunes gens ce que l'on a appris. Et puis j'ai aimé la géographie de ce pays et les êtres humains aussi. Les expériences de la vie ne peuvent se mesurer, c'est toujours immense. De plus d'avoir enseigner au Québec à fait qu'ensuite j'ai enseigné une vingtaine de jours au Chili et en 2005 une série de conférences dans des Universités Chinoises, à Beijing.

 

 

Ici, on ne voit rien de ce qui peut se passer en bande dessinée en chine. Pourriez vous nous en parler un peu?

 

C'est vrai pour l'instant on ne voit que peu de chose des bandes dessinées Chinoises. Ils ont pourtant une grande histoire avec elle. Du temps de Mao il y avait des millions de fascicules, des bandes dessinée sur du mauvais papier qui étaient vendus très peu chers. Souvent avec des dessinateurs de grand talent, mais au service (la plupart du temps de la propagande des dirigeants de la Chine). Cette bande dessinée n'existe plus, mais la culture de cette façon de s'exprimer oui. Bientôt nous allons être "envahis", comme nous l'avons été par les Mangas. Les étudiants que j'ai vu ont de grandes qualités, très grandes pour certains. Il y a encore un peu d'influence Manga, mais les Chinois n'aiment pas beaucoup la philosophie Japonaise, ils vont s'en détacher très vite. C'est bien, il y aura sur le marché de la bande dessinée une autre manière de voir le monde, (Après celle des Etats Unis, de l"Europe, du Japon, celle de la Chine) c'est démocratique, il faut que d'autres pays viennent nous donner leur vision du monde, j'aimerais... L'Afrique, l'Amérique du Sud, le Canada, la Russie... Un rêve de mondialisation. J'ai fait des conférences dans quatre Universités "L'Opéra de beijing", Une Université qui enseigne le dessin animé, "L'Université du Peuple", et une Ecole privée (avec de l'argent Australien et Anglais, pour des jeunes gens privilégiés).

 

 

Vous avez dessiné « LES ESSUIE-GLACES », qui est un récit qui décrit un voyage au Québec. Est-ce autobiographique ?

 

Que veut dire autobiographique ? J'invente plus quand j'écris quelque chose dit "autobiographique" que quand j'écris une histoire de fiction. Mais oui, c'est une histoire vraie. Ce que j'en ai retenue, ce qui est resté en moi de quelque chose qui était vrai, en ce qui concerne les dates, les parcours et les êtres humains en présences.

 

 

La solitude et la communication entre les personnes sont des thèmes qui reviennent le long de ce récit. Est-ce que ce sont des thèmes importants pour vous ?

 

A partir du moment où on coupe le cordon ombilical qui nous reliait à notre mère, nous sommes irrémédiablement seuls le reste de notre vie. Donc c'est un thème important pour tout le monde, que l'on essaie de l'oublier ou qu'on la prenne en charge, la solitude est notre compagne, ce n'est pas triste, c'est notre quotidien.

 

 

Le voyage est sans doute le « personnage » principal de ce récit, êtes vous un « écrivain voyageur » ?

 

Je suis un"écrivain" qui travaille sur une matière qui est sa vie. Comme un sculpteur sur de la pierre, ou sur la terre. La terre qui me sert à modeler mes histoires c'est ma vie. (Mais ceci est vrai pour tout le monde... personne n'invente rien). Alors si dans ma vie il y a des voyages, il y a des voyages dans mes livres. Mais, il est vrai aussi que les déplacements, que ce soit la marche ou l'avion, me posent des questions qui m'intéressent. (Comme si mes déplacement physiques aidaient mes déplacements mentaux).

 

 

Pourrait on dire que vos ouvrages sont des "voyages introspectifs"?

 

Oui, je crois, Gilles Deleuse, le philosophe, disait que le voyage peut être fait sur place, que la vitesse du déplacement n'a rien à voir avec les kilomètres heure. Et je crois qu'on peut rester sur place et voyager, mais, "voyager" ça fait aussi "voyager".

 

 

Pendant votre séjour, vous avez pu découvrir la bande dessinée Québécoise. Qu’en pensez vous ?

 

Le Québec, c'est aussi l'Amérique. Un auteur Américain a des problèmes différents de ceux d'un auteur Européen. En Amérique on est obligé très vite de gagner de l'argent. Un étudiant qui a fini ses études doit souvent des milliers de dollars à l'Université. Pour un auteur Américain il faut du talent et pas mal de folie pour faire de la bande dessinée (de manière personnelle, comme Crumb, Jimmy Beaulieu, Daniel Clowe, Spielgelman, et les autres auteurs que l'on aime). J'ai aimé les étudiants avec qui j'ai travaillé.

 

 

Si vous aviez un bilan a faire de votre séjour au Québec, quel serait il?

 

Impossible à faire, le Québec est maintenant dans ma vie... Un temps j'ai fait des démarches pour ajouter cette nationalité à ma nationalité... J'étais un mauvais élève, j'ai quitté l'école à 16 ans, le Québec m'a offert de devenir professeur dans une Université...

Ma mère qui est morte avant cette nomination, rêvait que je devienne maître d'école. Que dire de plus...

 

 

Vous publiez à « l’Association » et chez « Dupuis ». Pensez vous que les grands éditeurs s’ouvrent à de la bande dessinée plus « personnelle » ?

 

Je ne sais pas trop, les "grands éditeurs" suivent surtout la loi du marché. S'ils s'ouvrent à une bande dessinée plus "personnelle" c'est qu'ils misent là dessus pour les temps à venir. En ce qui concerne ma collaboration avec "Dupuis" c'est le désir d'un homme ; Claude Gendrot, il aimait depuis longtemps ce que je faisais, il avait le pouvoir de me faire travailler. Il n'est plus chez "Dupuis".

 

Pourriez vous nous décrire votre méthode de travail ?

 

Je n'ai malheureusement pas de méthode à enseigner. Je n'ai jamais enseigné une méthode. J'ai fait plus de 40 livres, aucun n'a été fait sur ce que j'avais appris des précédents. Un livre est une histoire d'amour, y a t' il un amour qui peut servir au suivant ? Une méthode ? Etre sincère, essayer, jusqu'à se faire mal.

 

 

C'est une relation assez "organique" avec l'écriture, non ?

 

Oui, on pense que la création c'est aller devant le précipice qui est en nous même. Le précipice n'est que le premier trait, la première note, le premier mot. La création commence quand on commence à descendre dans le précipice, et il faut aller au fond...Ce n'est pas interdit de prendre des cordes, mais il faut y aller.

 

 

Quels sont vos projets actuels ?

 

Un livre étrange avec un écrivain Roumain, Mircéa Cartarescu. Je vais même être un auteur Roumain pour ce livre, puisqu'il ne sera publié qu' en Roumanie. (Peut-être ensuite traduit en Français). ¨

 

En attendant votre prochain ouvrage, que pourriez vous nous conseiller ?

 

Je ne sais pas, vraiment. J'ai fait un autre livre où je parle du Québec, "Le Chemin de Saint Jean", à" l'Association".

 

 

Après plus de 20 ans de "carrière" en bande dessinée, comment voyez vous son évolution?

 

La bande dessinée est un des arts les plus complet, un peu comme l'opéra. Et même s'il y a de grandes choses qui ont été faites, elle est encore à ses débuts, le champs qu'elle a devant elle est très grand. (Avec les progrès technologiques on pourra même bientôt y rajouter la musique). De plus en plus les humains savent lire les images, mais c'est un domaine difficile pour l'enseignement, une image est plus complexe à analyser qu'un mot. (Barthe, Pasolini et d'autres ont écrit sur ce sujet mais il y a encore beaucoup à explorer).

 

 

Va t'on vous revoir au Québec de temps en temps?

 

... ??? ... J'aimerais.

 

 

Y a t'il une question que je n'ai pas posée à laquelle vous aimeriez répondre?

 

En enseignant beaucoup au Québec, un peu au Chili, j'ai découvert que les Amérindiens du nord et du sud n'ont jamais fait de bandes dessinées (publiées). Je veux dire dessins et textes. J'ai rêvé dans mon séjour à l'Université de pouvoir mettre en place quelque chose qui permettrait d'allumer cette mèche. Je n'ai pas eu le temps de mener à bien ce projet, ce rêve. (Ce serait magnifique de voir la première bande dessinée d'un Amérindien, d'un Inuit, j'aimerais, ce serait démocratique, comme je l'ai écrit plus haut).

 

 

Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation pour cette entrevue. Pour en savoir plus sur Edmond Baudoin, vous pouvez visiter le site http://w3.uqah.uquebec.ca/baudoin/abaudoin.htm , et commencer par lire ses albums.

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Samedi 22 janvier 2011 6 22 /01 /Jan /2011 01:00

Publiée le 29-08-2006

 

 

 

 

Iris va bientôt sortir chez Mécanique Générale un album appelé « Dans mes rellignes ». En prélude à cette sortie, Bedeka.org lui a demandé de nous parler de son travail, de la place des femmes dans la bande dessinée, et de ses projets.

 

 

Tu va bientot sortir « Dans mes rellignes » chez Mécanique Générale. Pourrais tu nous en parler ?

 

Oui, en fait c’est très simple, ce sont les carnets de mon blog qui vont être publiés. C'est-à-dire les carnets du 1er juin 2005 au 31 août 2005.

 

 

Tu fais beaucoup de pages de chroniques (Voir http://www.20six.fr/monsieurleblog2), pourquoi choisir cette voie d’expression ?

 

C’est de la faute à Pascal Girard !! Hahaha ! L’été dernier, il a ouvert un blog et a commencé à y publier des pages sur son adolescence (« Hivers »). Ça m’a vraiment fait tripper et j’ai eu le goût, moi aussi, de raconter mon adolescence. Je venais de terminer ma session d’université et je cherchais un projet de création qui pourrait me tenir tout l’été. J’en ai jasé un peu avec Pascal et il m’a suggéré de dessiner dans un carnet tous les jours. Alors je me suis dit « Ouais ! Je vais faire une planche par jour et raconter mon enfance, mon adolescence, etc. » Ouf….Je savais pas dans quoi je m’embarquais !! Ça a été vraiment pénible des fois, et vraiment le fun d’autres fois, mais en même temps, je n’ai jamais progressé aussi vite. Quand je suis retourné à l’université pour ma session d’automne, je sentais vraiment que j’avais perfectionné mon style et ma façon de raconter.

 

 

Qu’est-ce que tu as trouvé pénible, le fait de replonger dans ton passé, de le raconter, ou juste de la mettre en images ?

 

Non, replonger dans mon passé et le raconter était très amusant ! Ce n’est pas comme si je parlais de souvenirs difficiles ou quoique ce soit…C’est plutôt des trucs joyeux. C’était le fait de faire une planche par jour qui était pas évident ! Je passais facilement 4 ou 5 heures et des fois plus sur chaque planche, donc ça me bouffait beaucoup de temps.

 

 

Pourrais tu nous raconter comment tu es arrivée à la bande dessinée ?

 

Heu….ce n’est pas vraiment intéressant ! Et bien, quand j’étais petite, je voulais faire de la bande dessinée (mais j’ai aussi voulu être vétérinaire, réparatrice de lampadaire, conductrice de moto…). En quatrième année j’avais même fait un exposé oral sur le métier que je voulais faire : auteure de bande dessinée. J’en faisais un peu, je dessinais beaucoup, mais rien d’exceptionnel. Au secondaire j’en faisais un peu aussi, mais plutôt pour faire rire mes amis et pour passer le temps dans les cours. (Encore une fois, rien de très sérieux). J’ai fait un DEC en arts au Cegep et je comptais aller étudier en dessin animé, mais le cours le plus proche se donnait au collège Algonquin, en anglais…donc, bof…..ça me tentait plus ou moins. J’ai finalement choisi d’aller au BAC en bande dessinée de l’Université du Québec en Outaouais. Je n’ai jamais regretté mon choix. C’est sûr qu’il y a peut-être un petit peu plus d’ouvertures (côté emploi) en dessin animé, mais quand j’y repense, je crois que j’aurais détesté ça !

 

 

Pourrais tu nous parler un peu de cette formation, du point de vue étudiant ?

 

J’ai eu énormément de plaisir à faire cette formation. J’ai beaucoup, beaucoup évolué pendant ces trois années. C’est un programme intéressant parce qu’on touche à tous les aspects de la bande dessinée : analyse, scénario, dessin, découpage, etc. C’est sûr que le bac en bande dessinée n’est pas essentiel pour être auteur de BD (ça, je pense que tout le monde le sait)... Je crois que pour vraiment en retirer quelque chose, il faut vraiment s’y donner à fond, être curieux, expérimenter des choses et aller fouiller souvent à la bibliothèque. Selon moi, l’avantage de faire le bac c’est d’être entouré pendant trois ans de gens qui aiment la bande dessinée et qui en font, et surtout d’être en contact avec PLEIN de ressources utiles. La bibliothèque de l’UQO à vraiment beaucoup de stock intéressant et les profs du bac sont super passionnés  et disponibles. Il m’ont beaucoup aidée et encouragée (et il le font encore). Je les remercie !

 

 

Pourrais tu nous expliquer ta(tes) méthode(s) de travail ?

 

Holàlà ! Heu…Et bien j’ai deux méthodes de travail : une pour mon blog (mes carnets) et une pour mes « vraies » planches.

 

Pour mes carnets, je travaille dans un carnet de dessin à couverture rigide. Je crayonne directement, sans scénario et sans découpage. J’encre avec un petit crayon « cheap » (steadler pigmentliner) et je scanne le tout pour ensuite colorer avec photoshop. C’est d’ailleurs une méthode qui m’a causé bien des problèmes… Le papier de ces carnets à dessin et très poreux et toute la mine reste jammé dedans après l’effaçage. Ça fait des planches très sales au scan ! Ça allait pour internet, mais quand j’ai su que ça allait être publié, il a fallu que je m’applique beaucoup plus à nettoyer mes planches avec photoshop.

 

Pour mes « vraies » planches, je travaille d’une façon assez traditionnelle. Je commence par un scénario pas très détaillé, un petit paragraphe pour chaque scène. C’est au découpage que je fais le plus gros du travail : assez grand (pas des « thumbnails »), assez détaillé et c’est à ce moment que je décide des dialogues. Ensuite, je crayonne (12x17 po environ) sur du papier cheap d’imprimante. Je finis par encrer, à la table lumineuse, à la plume.

 

 

Le milieu de la bande dessinée est plus masculin que féminin, même si il y a d’excellentes choses créées par des femmes (on peut penser à Julie Doucet, Line Gamache, Claire Bretecher, pour ne citer que celles là). Pourquoi ?

 

Je ne crois pas que c’est spécifique à la bande dessinée… C’est encore le cas pour la plupart des milieux. Et bien….historiquement, la sphère publique, entre autre l’expression artistique, était réservée aux hommes. C’est de moins en moins le cas, bien sûr, mais selon moi, ça reste encore profondément encré dans la culture.

 

Personnellement, et spécifiquement à la bande dessinée, je ne vois pas ça comme un obstacle parce que je ne crois pas que les femmes soient mal reçues en bande dessinée. En plus, si vous demandez aux profs du BAC en bande dessinée, ils vont diront qu’il y a beaucoup, beaucoup de filles qui s’inscrivent.

 

 

Est-ce que la BD au féminin est différente ?

 

Hahaha ! C’est difficile à dire ! Personnellement, je ne crois pas. On m’a déjà dit que je faisais de la BD « de fille » (ce n’était pas nécessairement péjoratif), et ça m’a surprise. Si on considère que la BD « de fille » est plus personnelle, plus introvertie, etc., alors il a beaucoup de gars qui font de la BD « de fille » ! Pour ma part je n’essaie pas de faire quelque chose qui s’identifie aux stéréotypes féminins, mais plutôt quelque chose qui me ressemble. Mais j’aurais de la difficulté à définir ce qu’est la BD « de fille ».

 

 

Si j’en juge par les Chroniques du festival que tu as publié sur ton blogue, tu sembles surprise que le monde s’intéresse à ton travail. Étais-tu tellement inquiète de sa réception ?

 

Je n’étais pas inquiète, mais je ne m’attendais pas à avoir un tel succès avec « Justine ». Sur internet, j’ai des bons feedback par rapport à mon blog, mais dans des commentaires de blog c’est facile de dire « Ha oui, j’aime ça… C’est beau ce que tu fais ! ». Ça m’étonne toujours de me faire dire en personne par des pros qu’ils aiment ce que je fais et qu’ils vont voir mon blog… (Évidemment, ça me fait plaisir…et ça me gêne aussi !!) Mais comme tout le monde (je crois), j’ai toujours des doutes sur ce que je fais et j’ai toujours peur de ne pas avoir assez de recul. J’ai peur d’être satisfaite d’un travail qui dans le fond, est vraiment poche !

 

 

Tu n’es pas la seule a m’avoir parlé des doutes ressentis au sujet du travail effectué. Penses tu que le doute chez les bédéistes corresponde au trac chez les artistes de scène (à la fois une peur et une motivation) ?

 

Hum…J’en sais rien ! Mais je crois que c’est normal et sain de douter (un peu) de ce qu’on fait. Je crois que quelqu’un l’a déjà dit dans une entrevue précédente, mais douter un peu et se poser des questions sur ce qu’on a fait, c’est une façon d’avancer…

 

 

Pourrais tu nous parler de tes projets ?

 

Présentement, je dois plancher sur mon récit pour « Le Scribe », collectif des éditions Premières Lignes. Une histoire de 16 pages que j’ai scénarisé avec Evlyn M.

 

J’ai aussi mon projet en duo avec Pascal Girard, qui avance assez bien et qui est très amusant à faire ! Je cherchais mon âme sœur de bande dessinée depuis longtemps, et voilà, je crois que j’en ai trouvée une !

 

D’ailleurs, à ce sujet, je vais peut-être en trouver d’autres puisque j’ai eu plusieurs autres propositions de collaborations très intéressantes : Sabine Allaire (membre du trio « Nom d’un chien », une personne dont j’admire énormément le travail), David Turgeon et Corriveau.

 

J’aime beaucoup faire des collaborations, c’est très motivant. On peut se renvoyer la balle en tant qu’auteurs et on a moins de chance de perdre le rythme.

 

Sinon, j’aimerais beaucoup continuer mon projet « Justine »…développer un peu plus les personnages secondaires. Peut-être en faire un projet d’une centaine de pages…

 

J’ai aussi dans l’idée quelques autre projets : adaptation de roman québécois, bd jeunesse et bd pour tous petits….Mais il faut que je trouve le temps !

 

 

Quand tu travailles en collaboration, comment s’effectue la collaboration d’un point de vue pratique ?

 

Pour ce qui est de la bande dessinée avec Evlyn (pour « Le Scribe »), on a tout simplement scénarisé ensemble en brainstormant sur msn. Mais pour le reste, c’est moi qui s’occupe du dessin, découpage,etc.

 

Avec pascal, on a discuté très brièvement du scénario (encore sur msn, c’est moins cher que les interurbains !) pour avoir une idée générale de l’histoire. Ensuite, on alterne pour le découpage. On scanne et on s’envoie ça par e-mail. C’est à ce moment qu’on ajuste si on est pas d’accord sur les dialogues ou sur des compositions d’image. C’est pas trop compliqué : on s’entend bien et pascal est vraiment sympathique. C’est lui qui fait les crayonnés, qu’il m’envoie aussi par e-mail. Je les imprime et les encre à la table lumineuse. Ensuite, je fais la coloration sur photoshop. Je lui renvoie le tout fini et il me demande quelque fois des petits ajustements.

 

 

Tu as participé au collectif « terriens ». Penses tu que la BD puisse être un bon médium social ?

 

Oui, dans certains cas, mais je crois que ça doit être fait avec justesse. Selon moi, il faut quand même être capable d’en faire quelque chose d’intéressant à lire et que le côté « j’essaie-de-passer-un-message » ne prenne pas toute la place. Les personnages et l’histoire doivent être intéressants et le tout doit être assez subtil et bien intégré.

 

Faire de la bande dessinée, c’est s’exposer au public (exposer notre façon de penser, nos opinions, puisque ça représente notre façon de voir le monde) donc, sans le vouloir, on passe toujours un message. Mais peut-être que je me trompe…

 

D’ailleurs, en parlant de ça, le collectif Terriens m’a beaucoup impressionné par son contenu. C’était un exercice vraiment pas facile, puisqu’il fallait faire UNE page seulement (ou deux), sur un sujet très « totché », sans tomber dans le cliché, etc. etc. D’ailleurs, j’ai vraiment sué sur la planche que j’ai faite et je n’en suis pas très satisfaite…mais bon ça c’est une autre histoire. Mais il y avait vraiment des planches super qui ont été faites pour ce collectif !

 

 

Quelles sont les lectures que tu pourrais nous conseiller en attendant la sortie de ton livre ?

 

Ich….y’en a tellement ! Je vais essayer de faire ça court.

 

-Récemment je suis tombée en amour avec un auteur (ou plutôt avec ses livres): Jason. Je vous conseille « Attends… » publié chez Atrabile et aussi une de ses dernières : « Hemingway » aux éditions Carabas qui est une histoire qui se passe pendant les années folles et qui met en vedette Hemingway et ses amis, mais au lieu d’écrire des livres, ils dessinent des bandes dessinées ( !!!).

 

- J’ai eu pour Noël « American Elf » (chez Top Shelf Production) de James Kochalka une brique qui est constitué des carnets de l’auteurs (un strip par jour pendant 5 ans…et je crois qu’il continue !) L’auteur et chanteur dans un groupe et il se la joue un peu rockstar (d’ailleurs le groupe s’appelle « James Kochalka Superstar ») mais ça vaut vraiment la peine d’être lu.

 

- « Sunny moon tu es malade », « Le petit Christian » (tous deux chez l’Asso) et « Vitesse moderne » (Dupuis) parce que Blutch est un dieu du dessin et que ses histoires sont flyées.

 

- Je vous conseille aussi fortement d’aller visiter www.nomdunchien.com . Ils vont être publiés chez Mécanique Générale bientôt, et ce qu’ils font m’a toujours jetée à terre ! Je crois que dans ce qui ce fait au Québec, c’est ce que je préfère.

 

- Une qui fait partie de mon top 5 aussi : « Like a velvet glove cast in iron » (chez Fantagraphics) de Clowes qui est, selon moi, un incontournable.

 

Sinon, comme ça, garroché, vous ne pouvez pas passer à côté de Goossens, Lauzier, Thiriet, Rabagliati, Crumb & Pekar, etc. etc. etc.

 

 

Merci Iris d’avoir si gentiment accepté de nous répondre. Nous te souhaitons beaucoup de succès avec la sortie de ton album, et beaucoup de plaisir dans tes nombreux projets. Pour plus d’informations, le blogue d’Iris :  http://www.20six.fr/monsieurleblog2, et les éditions Mécanique Générale : http://www.pastis.org/mg/accueil.html

 

Merci à vous !

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Vendredi 21 janvier 2011 5 21 /01 /Jan /2011 01:00

Publié le 20-07-2006

 

 

Le tome 5 de Vaistron, comic book scénarisé par Andrew Dabb et dessiné par Boussourir, vient de paraître. Bedeka.org a demandé à ce dernier de nous en parler, et de nous parler aussi de ses autres projets.

 

 

Le tome 5 de « Vaistron », scénarisé par Andrew Dabb est sorti fin mai. Pourrais tu nous parler de cette série ?

 

Vaistron est un comic book qui traite des choses agréables de la vie telles que le felching, fisting, robot sex, le kidnapping et le meurtre. Il y a 5 numéros de 32 pages.

 

 

Comment se passe la collaboration avec le scénariste ?

 

Je contactais Andrew via le net. Il scriptait une histoire dont j’avais mis les assises auparavant avec des ajouts personnels un peu partout. Par la suite je dessinais les pages en modifiant certains trucs, ce qui n’était pas grand chose, Andrew étant un scénariste hors du commun.

 

 

Quelle est ta méthode de travail ?

 

Je fais le comic. J’essayais de faire une page par deux jours quand je travaillais a plein temps. J’ai eu une petite période creuse dans mon travail (mon vrai) alors je pouvais faire une page par jour.

 

Il n’y a rien de dur à faire une bd, il faut simplement la faire.

 

Le style de Vaistron est simplement une tentative d’allier rapidité avec quelque chose qui look décemment car le meilleur moyen de ne pas finir quelque chose est que ça prenne une éternité.

 

 

Quand tu dis qu’il n’y a rien de dur a faire une bande dessinée, je trouve que tu tes sous-estime, non ?

 

Comparé à l’animation, au 3d et au jeu vidéo c’est facile.

 

 

Sur ton site, tu présente de nombreux projets de bande dessinée. Pourrais tu nous les décrire ?

 

Ce sont des projets qui ne verront probablement pas le jour. D’ailleurs mon site est probablement vieux d’un an avec peu de rajouts.

 

 

Pourrais tu nous expliquer comment tu es arrivé à la bande dessinée ?

 

La bande dessinée est un moyen facile de pondre une histoire, ni plus ni moins.

 

 

Tu fais également de l’animation 3D. Est-ce que ces deux activités s’influencent mutuellement ?

 

Pour faire une BD je dois vivre, pour vivre je dois manger, pour manger je dois faire du 3D.

 

Dernièrement j’expérimente pour allier 3D et 2D en bande dessinée et malheureusement ça ne donne pas grand chose de très concluant. Le seul moyen pour un look décent ça serait de redessiner par dessus, c’est déjà plus de temps que je peux consacrer. Un bon truc que je dois essayer cependant serait de me faire une sorte de pantin universel avec des scripts pour faire varier les proportions afin qu’un seul modèle puisse servir de guide pour plusieurs personnages BD. Ca reste hypothétique et complexe a réaliser.

 

 

Aimerais tu pouvoir ne faire que de la bande dessinée ?

 

Peut-être, je l’ignore. Je préférerais faire un film d’animation je crois.

 

 

Comment trouves tu tes idées ?

 

Je l’ignore. Ca vient comme ça. Souvent en faisant de quoi qui ne demande pas beaucoup d’attention, comme faire la vaisselle ou marcher.

 

 

Entre « Kuslac », « Aile 400 » et « Vaistron », ton style graphique est très différent. Comment choisis tu le style graphique de chaque série ?

 

Il faut que le dessin se fasse rapidement. Le look graphique doit supporter l’histoire et le contexte. Kuslak avait pour but de ressembler a un livre pour enfants alors j’ai utilisé un trait très simple. Aile 400 c’était suppose être un truc qui se passe en psychiatrie alors le look devait être assez « crad ».

 

 

Ou peut on se procurer les différentes bandes dessinées que tu présentes sur ton site internet ?

 

Comme j’ai mentionné plus haut, mon site n’est pas a jour et la plupart des projets ne verront probablement pas le jour ailleurs que sur internet. Vaistron peut se trouver dans les comic shops à cote des autres comics de SLG. Smokmiit et Kuslak j’ignore vraiment ou vous pouvez dénicher ça, j’en ai une caisse pleine ici mais je ne distribue plus.

 

Vous pouvez lire Kuslak dans des vieux numéros de la pitoyablement monstrueuse revue Safarir.

 

 

As tu d’autres projets BD en cours que ceux là ?

 

Oui, probablement une autre collaboration avec Andrew Dabb qui se nommera WEIGHT.

 

 

En attendant tes prochaines publications, que pourrais tu nous conseiller comme lecture ?

 

Je ne lis pas vraiment beaucoup de bande dessinée mais je conseille fortement Le Garage Hermétique, Lobo’s back, Maus et Akira. (c’est vraiment original ces titres, tout le monde les ont lus probablement)

 

 

Ces titres restent des incontournables de la bande dessinée, aimerais tu qu’un jour, Vaistron soit cité dans une liste telle que celle ci ?

 

Qui n’aimerait pas ?

 

 

 

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous accorder cette entrevue. Même si ça n’est pas tout a fait à jour, ceux qui veulent en savoir plus peuvent visiter http://www.ouikouine.com/boussourir/

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 01:00

Publiée le 19-06-2006

 

 

 

 

Le cinquième tome de Paul (Paul à la pêche), de Michel Rabagliati, va paraître cet automne. Pour préparer cette sortie et nous mettre l'eau à la bouche, Bedeka.org a interrogé Michel Rabagliati au sujet de cet album, de son travail, et de la bande dessinée en général.

 

 

Le nouveau Paul va sortir cet automne, pourriez vous nous en parler ?

 

Cette nouvelle histoire est ma plus longue jusqu'à maintenant. Paul à la pêche a demandé deux années de travail (187 planches). Le ton général est celui de mes livres précédents, c'est-à-dire une histoire inspirée de faits réels et mettant en scène des personnages forgés à partir de gens mon entourage. En gros, l'histoire se passe au début des années 90 dans une pourvoirie de Lanaudière où Paul et Lucie vont passer deux semaines de vacances avec Clément et Monique, la soeur de Lucie. Cependant le récit n'est pas rectiligne et bien d'autres sujets sont greffés à l'histoire outre la pêche. D'ailleurs, il est  assez peu question de pêche dans ce livre.

 

 

Pourriez vous nous parler de vos autres projets (si autres projets il y a) ?

 

Oui je voudrais mettre de nouvelles dalles dans mon jardin et finir le dessous du balcon arrière. À vrai dire, je viens juste de terminer ce long livre et je suis un peu crevé. Je vais me concentrer sur mon autre passion pour cet été : le chant choral. Je fais partie du choeur de l'orchestre métropolitain et nous avons des spectacles à préparer. Ce qui est bien car j'ai beaucoup besoin de me changer les idées.

 

 

Faites vous encore de l’illustration ?

 

Pour quelques clients que j'aime bien, c'est tout, et  je ne travaille plus à l'ordinateur.

 

 

Vous avez publié quelques pages dans l’actualité pour un dossier finances personnelles, comment s’est passé cette commande ?

 

J'ai trouvé le magazine l'Actualité assez audacieux de traiter une partie de son très sérieux dossier finances personnelles en bd. J'ai été flatté et honoré de cette demande, cela va de soit. Cette commande était différente et surtout beaucoup moins libre que mes bd habituelles de Paul. Il a fallut faire approuver mes scénarios par toute l'équipe de rédaction et le spécialiste des finances personnelles etc, mais je crois que je me suis assez bien débrouillé avec les contraintes imposées. Finalement j'ai eu beaucoup de plaisir à faire ça. Je ne crois pas cependant que j'aimerais produire des bd de commande régulièrement, je suis trop heureux de la liberté totale d'expression que j'ai acquise avec mes albums.

 

 

Vous allez faire partie du spécial Québec de Spirou. Paul distribué en Europe, un rêve ?

 

Paul est depuis le début (1999)  distribué en Europe par le comptoir des indépendants qui distribuent également les livres de l'Association et ce genre de publications.

 

Il y a 20 ans je serais probablement tombé dans les pommes en apprenant que je passerais dans Spirou, car j'ai été un abonné et fan fini de Spirou durant toute ma jeunesse. Mon rêve était de dessiner comme Franquin  et d'un jour faire des histoires comme lui. L'autre jour j'ai feuilleté un nouveau Spirou et j'ai trouvé ça assez quelconque. Sans doute parce que je suis devenu vieux et que cela ne me parle plus. Cette revue est faite pour les enfants d'aujourd'hui. La preuve: Je trouve Kid Paddle insupportable, mais mon neveu de 10 ans adore ça. Conclusion, je suis un croûton!

 

 

Paul est publié aussi en anglais (chez Drawn & Quaterly), faites vous la traduction, et la réception par le lectorat anglophone est elle différente de celle du lectorat francophone ?

 

La traduction est faite à Montréal par Helge Dasher, une excellente traductrice qui travaille également sur tous les titres francophones que D&Q traduit et publie. La réception est je dois dire assez semblable. Les tirages sont aussi les mêmes. Je crois que mes histoires, étant assez universelles peuvent rejoindre autant les anglophones que les francophones. D'ailleurs, Paul a un travail d'été est traduit en anglais, italien, espagnol, néerlandais et bientôt en polonais.

 

 

Comment est la réception de Paul à l'étranger, en avez vous des échos?

 

Je n'ai pas eu vraiment d'échos de lecteurs étrangers mais le fait que des éditeurs d'autres pays me contactent pour traduire et publier mes titres est un bon signe pour moi. Bien sûr les tirages dans les langues autres que le français et l'anglais sont assez faibles, 1000 ou 1500 exemplaires pour l'instant. Mais ceci vaut même pour les titres vedettes comme Lucky Luke ou Astérix. Le français et l'anglais dominent en bd. Excluant le japonais bien entendu, mais ça c'est une autre histoire.

 

 

Pourriez vous nous parler un peu de votre parcours ?

 

J'en ai un peu honte, car je n'ai pas beaucoup de scolarité. Je ne voudrais pas que cela donne l'idée à des jeunes qui me lisent ici de suivre la même route que moi! Disons que je suis graphiste de formation et que j'ai toujours travaillé à mon compte depuis le début des années 80. À partir de 87 je commence à développer un style d'illustration à l'ordinateur qui m'apportera un certain succès. J'ai beaucoup produit jusqu'à 2002 jusqu'à m'écoeurer totalement de l'ordinateur. En 98, pour passer le temps entre deux commandes et pour m'affranchir de l'ordi, je reviens à ma passion de jeunesse, la bd. Ayant lu quelques auteurs comme Chester Brown, Joe Matt et Seth, je décide d'aller dans une direction semblable avec une première histoire. Un récit de confidence très simple et sans artifices. Cela donnera Paul à la campagne. Ce livre a eu assez de succès pour me donner envie de continuer et je dois dire que j'ai eu la piqûre assez vite. Quelle fantastique liberté! Pas de commande, pas de client et pas de deadlines. Pour moi qui avais travaillé au chronomètre toute ma vie, ce fut une complète révélation et une totale délivrance. Jamais plus je ne voudrai travailler avec des échéanciers délirants, des pitchs et des overnighters. Gardez les, vos projets de pub, j'ai assez donné.

 

 

Pourriez vous nous décrire votre méthode de travail ?

 

Méthode très classique et conservatrice j'en ai peur: Je fais un synopsis écrit pour placer l'action. Puis un premier découpage avec bonhommes allumettes où j'invente au fur et à mesure la narration et les dialogues (je dois dire que c'est vraiment ce stade qui est le plus créatif et excitant) ensuite, crayonné sur carton pas trop épais d'après le premier découpage sur table lumineuse et ensuite l'interminable encrage. Rendu là , j'ai la tête ailleurs et j'écoute beaucoup de CDs pour passer le temps car pour moi l'encrage n'est que technique et représente une étape un peu ennuyante.

 

 

Qu'est-ce que vous aimez écouter pour vous motiver?

 

Surtout des auteurs interprètes comme Richard Desjardins, Marie-Jo Thériault, Brassens, Brel, Cohen et de la musique pour piano. Rien de trop énervant comme vous voyez, car je dois quand même travailler. J'écoute aussi beaucoup les oeuvres chorales dans lesquelles je dois chanter.

 

 

Paul est en partie autobiographique, est-ce facile de parler de soi et des gens qui vous entourent ?

 

Non et cela peut devenir un piège à la longue, je m'en rends compte. Il y a beaucoup de choses que je voudrais faire dire et faire faire à mes personnages mais je dois me restreindre. Je sais que mes amis et ma famille vont lire mes histoires, et que même si je change les noms de tout le monde il reste que je dois rester prudent en ce qui concerne la vie privée de mes proches, par pudeur et par respect. Mine de rien j'ajoute de plus en plus de fiction dans mes histoires pour être certain de bien brouiller les cartes.

 

 

Pensez vous un jour faire une bande dessinée complètement "fiction" ?

 

Oui j'y pense quelquefois. Je crois que ça pourrait être assez amusant. Mais je crois que ça resterait quand même très plausible. Je n'aurais pas envie de faire un truc moyen-âgeux ou intergalactique. Paul serait-il présent? peut-être pas. Une chose est certaine une fiction pure me délivrerait sans doute de mes scrupules à mettre mes proches en scène.

 

 

Quels sont vos coups de cœurs (tous domaines confondus) ?

 

J'achète peu de bd car premièrement je suis très sélectif et deuxièmement je n'ai pas tellement d'argent! En BD européenne j'aime bien entre autres: Bruno Heitz, Blutch, Christophe Blain, David B, Tardi. Chez les anglos: Dan Clowes, Charles Burns, Chester Brown, Chris Ware même si c'est épuisant à lire. Et certainement quelques autres que j'oublie car j'ai la mémoire d'un caniche.

 

 

Que pensez vous de la bande dessinée québécoise actuelle ?

 

Il me semble que notre petit monde des auteurs (et dessinateurs) québécois, sans doute à cause des moyens de communication actuels, se scinde de plus en plus en deux: D'un coté il y a ceux qui veulent faire de la bd grand public à fort tirage, (Heroic fantasy, humour, aventure) souvent des dessinateurs très habiles. Ceux là vont directement cogner chez les éditeurs spécialisés en Europe ou aux USA et ils font bien. Ici, il n'y a pas pour l'instant ce genre de gros éditeur bd bien installé et organisé pour faire s'épanouir une série comme Moréa par exemple.

 

De l'autre coté il y ceux qui aspirent à faire de la bd plus personnelle et intimiste sans contrainte de marché cible, de genre, de langage ou d'échéancier. Qui ne veulent pas nécessairement faire de la série. Souvent en noir et blanc, pour un public plus âgé et d'une facture plus près de l'écriture, comme le travail de Jimmy Beaulieu par exemple, bénéficiant de tirages proches de ceux des romans québécois. Pour moi, c'est très bien comme ça. (même si j'aimerais bien un jour pouvoir vivre plus confortablement de mes ventes). L'important pour moi n'est pas d'ajouter un titre sur la pile des 6000 nouveautés qui sortent chaque année seulement pour en ajouter un, il faut avoir quelque chose à dire. Quelque chose de profond, de personnel et de senti.

 

 

Y a t'il une question que je n'aurais pas posée et à laquelle vous aimeriez répondre?

 

Quel date suis-je né? Le 28 février 1961. Exactement le même jour que René Simard.

Insolite et énigmatique....

 

 

Merci beaucoup de nous avoir accordé cette entrevue. Nous vous souhaitons encore d'heureuse années avec Paul. Pour d'autres informations, vous pouvez consulter le site des éditions "La Pastèque": http://www.lapasteque.com/Accueil.html

 

 

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Mercredi 19 janvier 2011 3 19 /01 /Jan /2011 01:00

Publiée le 24-10-2006

 

 

 

 

Le fanzine est une aventure littéraire à part entière. Dans l'univers de la bande dessinée, ce vecteur d'expression prends de multiples formes. Bedeka.org a organisé avec quelques acteurs du fanzine BD du Québec une mini table ronde pour approfondir ce sujet. Pierre Bouchard (Petr, fanzine Bidon), Joel Sim et Karlos (Le Bob), Léon Leclerc (Surprizcomix) et Francis Hervieux (MensuHell) ont gentiment accepté de participer à cet exercice.

 

Pourriez vous nous présenter vos fanzines ?

 

Petr: Le Fanzine Bidon est un petit format avec une couverture couleur, parfois sérigraphiée, c'est un fanzine à thème ouvert à un large éventail d'Artistes du dessin.

 

Joel : Le Bob est un périodique (presque mensuel) de bande dessinée collectif. Les thèmes sont l’humour, l’absurde et l’aventure, mais nous n’hésitons pas a sortir de ce cadre, le seule vrai contrainte que nous donnons au auteurs est l’intemporalité (aucune actualité, parodie, caricature).

Karlos : Le BOB est imprimé en noir et blanc et contient 40 pages par numéro (pour l’instant) avec un format typique de revue qui est le 8.5 X 11.

Joel : Et aussi j’aimerais préciser dans la joie que ça ne contient aucune pub !

 

Léon Leclerc: Notre fanzine se situe actuellement entre un fanzine et un recueil-magazine concept de format manga/ livre jeunesse. Présenté sous forme d'un horaire (on s'est basé beaucoup sur la télé !), nous voulons offrir des histoires qui s'adressent à un grand public, avec de tout pour les différentes strates d'âge.

Nous sortons du cadre de la blague pour davantage travailler tous les genre : l'anecdote, l'humour, l'action, l'aventure, etc.

 

Francis Hervieux : MensuHell est une publication photocopiée de format 8½x11 qui sort à chaque mois, et dont le contenu est consacré à 100% à la bande dessinée.  L’essentiel du contenu est d’origine québécoise, même si certains auteurs étrangers ont collaboré par le passé. On peut donc y lire autant des histoires en bandes dessinées que les articles sur la bd, ou des critiques d’albums.  La très grande majorité du matériel publié est tout de même inédit.  Le matériel est essentiellement francophone, mais il arrive encore que je publie des bds en anglais.

 

 

Qu’est-ce qui vous a amené à l’idée de réaliser un fanzine ?

 

Joel : Depuis que je suis petit que je rêve d’avoir ma revue de BD ! Et aussi et surtout , je crois que le public québécois est de plus en plus mur pour avoir son mensuel de bd, alors nous tentons l’expérience.

 

Francis Hervieux : J’ai tout simplement récupéré le projet initialement créé par Steve Requin, abandonné au printemps 2002.  D’un fanzine au contenu très varié (photo-romans, anecdotes personnelles, romans-feuilletons, parodies, etc ), je lui ai donné sa vocation 100% bd. Le premier numéro sous ma direction fut le #35 (octobre 2002), et j’ai assuré la sortie mensuelle depuis, pour en arriver bientôt au #84 (le numéro 83 vient de sortir).  À l’époque, il ne me serait pas venu à l’idée de partir quelque chose de totalement nouveau à partir de zéro.

 

Léon Leclerc: Après quelques années de 48hBD!, certains participants souhaitaient se rencontrer plus souvent.

Devant la quantité et la qualité des projets personnels, les plus mordus ont formé un groupe informel qui est devenu Les Surpriz Comix.

 

Petr: Je connaissais depuis longtemps l'existence de ce type de publication, pour le bidon, c'était pour le festival de la bd de Québec en 2004, nous avons édité rapidement un petit fanzine que nous avons présenté au festival.

 

 

Comment choisissez vous ce qui va rentrer dans chaque numéro ?

 

Léon Leclerc: D'abord, les projets proposés doivent être acceptables d'un grand public. Tous les sujets, styles et genres sont acceptés. Les têtes décapités, le morbide gratuit, les scènes avec du sang, les pitounes, etc. sont proscrits.

L'auteur est donc libre de raconter ce qu'il lui plaît dans ces conditions. On fait aussi de l'accompagnement quand un passage est plus faible ou a besoin d'être remanié.

Ensuite, ben, on essaie de tout entrer dans le numéro selon une logique d'horaire.

 

Petr: Nous avons des amis qui dessinent autour de nous et d'autres se sont ajoutés avec le temps. Nous envoyons le thème et puis nous recevons les dessins ou bd, il n'y a pas beaucoup de discussions sur le contenu.

 

Francis Hervieux : Premièrement, ça dépend toujours de ce qu’on me fournit, de ce qui est disponible à la date de tombée.  Ensuite, je fais le choix là-dedans en tenant compte de mes goûts personnels en premier lieu, et des qualités au niveau dessin/scénario du matériel.  Certaines choses que je publie me plaisent plus que d’autres, mais je sais reconnaître la pertinence de certains auteurs ou histoires par-dessus mon seul jugement.  J’accorde une préférence marquée pour du matériel inédit.  Mais il est possible de passer outre cette directive si la première publication est ancienne (plusieurs années), ou si le tirage original était confidentiel ou non-disponible dans le rayon de distribution de MensuHell (la grande région de Montréal).  La question de la langue est importante aussi : je peux accepter de publier une traduction en anglais ou en français si le matériel a été publié dans l’autre langue auparavant.  Finalement, j’aime bien découvrir de nouveaux talents, ou donner la chance à des jeunes artistes prometteurs d’obtenir une certaine visibilité.  Il n’est donc pas nécessaire d’avoir publié ailleurs pour avoir une chance d’être recruté par MensuHell !  Il suffit de me contacter pour me soumettre du matériel.

 

Joel : Le Bob est constitué d’un comité rédactionnel ou plusieurs décisions sont prises en totale démocratie. Le groupe est constitué de Karlos, Gugu, Charles et moi-même. Les bandes dessinées sont choisies selon les thèmes du Bob, même si la plupart du temps on prend ce qu’on a, nous sommes toujours a la recherche d’une plus grande équipes de bédéistes pour, entre autre, augmenter notre nombre de pages.

Karlos : De plus, la majorité du temps nous créons le contenu spécialement pour Le BOB par le biais de rencontre scénaristique et autres patentas.

 

 

Comment avez vous organisé votre circuit de distribution ?

 

Petr: Tout d'abord nous avons commencé par Québec, nous savions que la librairie Pantoute acceptait ce type de parutions alors on y est allé. Et puis fichtre à Montréal, et il ne faut pas oublier les disquaires indépendants, pensez indépendant.

 

Karlos : En fait le circuit c’est organisé petit à petit… Je suis tout simplement allé dans différents  commerces susceptibles d’apprécier  la revue et ai demandé pour placer Le BOB dans ces endroits.  Certains on refusé, mais la plupart on accepté avec joie. Le concept étant que nous laissons la revue en consigne au commerçant (d’où l’importance d’avoir de l’ordre dans les papiers, pour tenir le compte des quantités) avec une entente relative à la consigne, par ex. certain commerçants nous demandent 25 % de consigne tandis que d’autres simplement 10 % (0.50 $). Donc à chaque nouveau numéro je fais la tournée des commerces, un par un, pour prendre les anciens et laisser les nouveaux et aussi pour récolter l’argent des ventes.

De plus, nous avons des « camelots » qui vendent par eux même des copies et d’autres collaborateurs dans quelque autres villes du Québec qui ont été voir les commerçants pour placer des Le BOB là-bas, cependant cette technique est parfois relativement compliquée étant donné l’éloignement et les prix de la poste…. 

 

Léon Leclerc: Nous ne sommes pas encore organisé sur ce point. Nous tenons surtout à nous faire connaître pour l'instant du public par le contact direct.

Ça permet d'évaluer les réactions de la foule sur notre type de contenu proposé.

 

Francis Hervieux : C’est moi qui s’en occupe tout seul.  Je fais la tournée des points de vente en voiture, souvent au courant de la même journée pour qu’il n’y ait pas trop d’inégalité dans la disponibilité des copies.  Je n’ai des points de ventes qu’à Montréal, puisque mes expériences passées dans la ville de Québec n’ont pas été concluantes.  Et la poste n’étant pas bon marché pour le volume de mes envois, envoyer des copies à d’autres points de ventes de cette manière est équivalent à une perte…

 

 

Pourriez vous nous décrire ce que vous pensez de la place du fanzine dans le monde de la bande dessinée ?

 

Karlos : Je crois que la place des fanzines est juste à côté des bandes dessinées… à gauche probablement.

Joel : Oui, le fanzine étant plus près du peuple, ont peut dire qu’il a un penchant vers la gauche.

Karlos : Non sans blague je crois que le fanzine est une bonne manière de commencer dans le monde de la bande dessinée, il apporte l’expérience et une belle façon de se faire connaître un peu, il est sûr que ce n’est pas comme si un gros éditeur te lancerait à grandeur du monde, mais localement parlant c’est très profitable.

 

Francis Hervieux : C’est une école, un essai, un défouloir…  Autant pour des petits nouveaux que pour des pros.  C’est une manière de s’affirmer : je fais de la bande dessinée !  C’est une façon de se pratiquer, de découvrir ses possibilités, et de mettre son talent en commun avec d’autres artistes.  Voir son matériel publié en compagnie d’autres personnes aide à se perfectionner et à se dépasser.  C’est un peu là que se décide la vocation : ceux qui persiste ont les tripes qu’il faut, alors que les autres ne sont peut-être juste pas assez intéressés dans le médium pour continuer (en dehors de leur plaisir personnel).  Mais le fanzine n’est pas une étape obligatoire : certains passent par le graphisme ou le dessin animé, et peuvent très bien en arriver à un niveau professionnel sans l’expérience du fanzinat.

 

Léon Leclerc: Le fanzine reste un lieu d'exploration. Donc la place qu'il occupe reste celle d'un art marginal, comme tout ce qui touche l'exploration.

Le problème, c'est quand nous voulons offrir de la bédé grand public. Au Québec, la compétence des éditeurs est presque nulle et le circuit Édition/Distribution reste frileux à l'idée de développer ce créneau.

Dans les faits, nous restons condamnés au fanzinat, ce qui est ridicule car ce n'est pas du tout le même genre de public.

 

Petr: Le fanzine pour moi est un passage vers autre chose, je ne désire pas ardemment vendre pas plus que 100 exemplaires, tsé je voudrais en vendre un million. A savoir si un objet comme ça peut intéresser les gens, donnez-moi 1 million, on fait des campagnes de pub cool a la tv et dans un an, tous les ados du Québec vont lire le fanzine bidon. J'ai pas répondu a ta question hein?

 

 

Lors du festival de la bande dessinée francophone de Québec, il y avait un espace dédié aux fanzines. Comment avez vous trouvé cette expérience ?

 

Francis Hervieux : Ce fut une très bonne initiative du festival.  Il faudrait que ça soit pareil partout.  Personnellement, je ne peux pas dire que les ventes ont été incroyables (ils y a plusieurs facteurs à étudier), mais au moins les fanzines étaient présents sur place, et accessible au public.

 

Joel : Vraiment enrichissante ! En partant, c’était la première fois que j’allais à ce genre d’événement… J’ai découvert que les enfants aimaient certain de mes personnages. Et aussi c’est toujours bien de pouvoir rencontrer d’autres bédéistes ! En plus les ventes ont bien été.

Karlos : Personnellement j’ai adoré l’expérience, cela permet de voir un peu plus les « réactions » du grand public face à son produit et comme le disait Joel de rencontrer les autres créateurs du milieu… Je recommencerais sans hésitation.

 

Petr: C'était bien, il aurait fallu que ce soit l'espace Fanzine Bidon, ça aurait levé. Le dessin c'est la vie, c'est magique, souvent je trouve les salons très austères, tu attends que les gens daignent venir te voir, il faut faire des happenings. Mais je remercie ardemment les organisateurs qui nous ont invité. Bravo à la relève.

 

Léon Leclerc: Nous avons vraiment apprécié. Nous étions à l'autre bout, entre Bayard et DLM. Comme nous nous étions donnés un look plus punché avec des animations intéressantes, nous avons retenu l'attention de la foule. Et le public que nous visions s'est présenté.

 

 

Fort de vos expériences respectives, quel conseils donneriez vous à ceux qui voudraient créer leur propres fanzines ?

 

Petr: Inventez, créez des objets intéressants, le format noir et blanc couverture inclus c'est pas super winner, mettez de la couleur, insérez des échantillons gratuits de savon à vaisselle. Servez-vous de ça pour explorer le dessin, les styles et vous allez finir par trouver votre trail.

 

Léon Leclerc: De se laisser simplement guider par la passion sans rien attendre en reconnaissance ou en retombées économiques.

Bref, s'amuser/ tripper sans rêver en couleurs.

 

Joel : D’oublier ça ! Ils peuvent rentrer dans Le Bob à la place ! hahaha!

Karlos : Premièrement : Lâche pas la patate.

Tout dépendant du genre de fanzine que nous voulons créer il faut être prêt à travailler fort car ce n’est pas tout de produire le fanzine à proprement parler, il faut aussi l’imprimer ($$$), le distribuer (soit prêt à marcher un  bon coup) et le vendre (par l’intermédiaire de publicité, lancement et autre techniques de marketing). Avoir une bonne équipe est un point indispensable je crois.

 

Francis Hervieux : Le faire pour le plaisir en premier lieu.  Ne pas avoir de plaisir en faisant des fanzines, c’est partir à reculons.  Il y a moyen de s’améliorer et de profiter de l’expérience sans se casser la tête !  C’est facile, ça ne coûte pas trop cher si on fait attention, alors pourquoi pas essayer ?

 

 

Quelle est la place d’internet dans le monde des fanzines, et est-ce que, selon vous, ça va se développer ?

 

Petr: Il y a beaucoup de gens qui publient sur des blogs, ça a le même effet que les fanzines, de montrer ton travail mais il n'y a pas l'objet ni la possibilité de faire une piastre ou deux, ça peut compléter ton fanzine, y mettre de la vidéo, des dessins animés.

 

Francis Hervieux : En dehors d’assister la promotion du fanzine en guise de complément, je ne crois pas à la panacée internet.  Mais c’est mon opinion personnelle, et elle n’est pas partagée par plusieurs…  Mon expertise se trouve dans les fanzines photocopiés, et on peut dire qu’elle s’arrête là.  N’importe qui peut placer des dessins sur internet.  Mais travailler sur du papier exige un engagement supplémentaire, et c’est dans cette différence que je vois une supériorité du fanzine papier sur le support internet.  Même si cela diminue de beaucoup le lectorat potentiel.  Un fanzine n’est pas destinée à être lu par des milliers de gens non plus !

 

Karlos : L’Internet, selon moi, permet d’offrir une meilleure visibilité au fanzine et permet de « réunir »  les gens…

Joel : Ouais, réunir,.Je cherchais le mot.

 

Léon Leclerc: Internet peut faire un excellent travail. Le problème actuellement, c'est que le public qui a rendu populaire certaines bédés et mangas via le web reste le fait d'un public pointu. Ça ne développe pas de nouveaux lecteurs, ça.

Pour viser le grand public, il faut sortir du monde de la bédé et chercher à le joindre. Là-dessus, nous sommes dans l'inconnu et devons sortir... de notre bulle. C'est la raison pour laquelle nous investissons en personne dans des festivals populaires, sans lien direct avec la bédé.

 

 

Quelle est la question que je n’ai pas posée sur le fanzine et à laquelle vous mourrez d’envie de répondre (avec votre réponse, bien sur) ?

 

Petr: Est-ce que tu pogne plus avec les filles depuis qu'on parle du fanzine bidon dans les médias? Mettons qu'un gars qui serait célibataire (pas mon cas) pourrait y trouver son profit.

 

Joel : Quelle est la question que vous pensez que je n’aurais jamais osé poser sur votre fanzine ? et ma réponse est ‘’ aucune’’.

 

Léon Leclerc: La question : comment pourrions-nous joindre un grand public hors des sentiers déjà battus afin d'imposer la vision québécoise dans le monde de la bande dessinée ?

Réponse : Excellente question à laquelle j'aimerais connaître la réponse.

 

Francis Hervieux : Ça rapporte quoi d’être publié dans MensuHell ?
MensuHell est un fanzine bd, et non une revue professionnelle : les collaborateurs y participent bénévolement, et ne reçoivent pas de rémunération.  C’est une expérience de travail, et une communauté d’artistes de bd.  Cependant, pour les remercier de leur appui, je procède au tirage de bourses à la fin de l’année parmi les collaborateurs réguliers.  Et comme je suis aussi présent à plusieurs autres niveaux dans le milieu de la bd au Québec (le site BD Québec en est un bon exemple), je suis toujours prêt à donner un coup de main supplémentaire aux collaborateurs de MensuHell lorsqu’ils ont besoin d’aide ou de support.

 

 

Merci beaucoup à vous tous d'avoir participé à cette mini table ronde virtuelle, et surtout de votre implication dans le monde de la bande dessinée, et nous souhaitons longue vie à vos fanzines respectifs.

Pour plus d'information:

Le Bob: http://www.lebob.info/

Surprizcomix: http://www.surprizcomix.com/

MensuHell: http://www.mensuhell.ciboire.com/

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Mardi 18 janvier 2011 2 18 /01 /Jan /2011 01:00

Publiée le 26-06-2006

 

 

 

Depuis la parution de la nouvelle d’un Spirou spécial Québec, les spéculations vont bon train sur le site Bedeka.org. Maryse Dubuc, alors en entrevue pour les nombrils, a bien voulu faire le point avec nous sur cette aventure et son implication.

 

Vue l'intérêt soulevé par le Spirou spécial Québec sur Bedeka.org, je me permet de rajouter ces quelques questions, si tu veux bien.

Ok, c'est parti !

Comment s'est engagé ce projet au niveau de la rédaction, et comment y a tu été impliquée?

 

Quand nous sommes passés aux bureaux de Marcinelle, pas longtemps après Angoulême, il y a eu une réunion sur les spéciaux d'été.  L'Idée était de charger des auteurs réguliers du journal de faire réaliser des Spirou de 24 pages par les auteurs de leur pays, ou d'un pays qu'ils connaissent bien.  Il y avait 11 pays en lice, et seulement 8 Spirou spéciaux à faire réaliser.  C'était une chance à ne pas manquer de faire découvrir sinon tous, à tout le moins quelques auteurs québécois.  Nos délais pour le tome deux des Nombrils étant plutôt serrés, Marc ne voulait pas trop s'impliquer dans le projet au début, mais finalement il est bien forcé de contribuer : je n'arrête pas de lui demander son avis !  J'ai accepté ce mandat en me disant que ce que je pourrais faire de ce Spirou serait tout de même mieux que pas de Spirou du tout. 

20 pages sur la bande dessinée du Québec, est-ce suffisant?

 

Non !  Mais la prétention n'est pas de présenter la bande dessinée québécoise dans son ensemble.  L'idée, c'est de faire comme si Spirou était un magazine québécois.  Si les bureaux de la rédac étaient au Québec, tous les auteurs ne se précipiteraient pas nécessairement pour y travailler. 

Quels vont être les autres pays de ces numéros "spéciaux"?


3560  Espagne(daté 5/07)
3561 Vietnam
3562 Argentine
3563 Cameroun
3564 Québec
3565 Italie
3566 Pologne
3567 Flandre


Quel vont être le format et la présentation?

 

Le format sera identique à celui du Spirou, encarté au milieu.  Un peu comme le Saf bd l'était un certain temps, c'est un magazine dans le magazine.   Le titre sera 'Snoreau', la meilleur traduction québécoise que j'aie pu trouver de 'Spirou', qui signifie : petit garçon espiègle mais néanmoins sympa.

Quelles sont les limites imposées par l'éditeur?

 

Il n'y en a pas vraiment.  Juste respecter un certain standard de qualité, et aussi tenir compte du fait que c'est un magazine tout public. 


Est-ce juste de la bande dessinée, ou va t'il y avoir du texte?

 

Surtout bd, comme dans un Spirou régulier.

Le choix des auteurs a du être déchirant, comment ça s'est passé au niveau pratique?

 

Ah oui, terrible !  Il n'y a que quinze pages de bande dessinée, dans ce numéro, et j'aurais tellement aimé que tout le monde puisse y apporter sa contribution ! 
J'ai commencé par mettre de côté la partie historique, c'était une évidence : la scène actuelle est déjà tellement active, inutile de regarder en arrière. Ensuite, j'ai pris la décision de miser surtout sur des auteurs bien établis ici mais peu ou pas connus outre-Atlantique, quoiqu'il y ait quelques exceptions.  Finalement, pour arriver à faire participer plus de monde, j'ai demandé à la majorité des auteurs de se restreindre à une page, un strip, parfois même une illustration.  Il y en a plusieurs qui ont trouvé l'exercice difficile mais tout le monde a joué le jeu !

As tu eu des refus?

 

Un seul !   Mais c'était un refus sympathique.  Je me suis essayée !

Pourra tu proposer, par exemple, des liens vers les éditeurs d'ici?

 

J'ai déjà demandé le logo de La Pastèque et de MG, avec leur adresse web.  J'espère que plein de petits lecteurs spiruviens iront visiter leurs sites et acheter plein d'albums québécois !

Encore merci de votre implication.

 

Ça me bouffe du temps, c'est dingue, mais ça me fait extrêmement plaisir !  En espérant ne pas trop me faire lyncher pour mes choix !

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 26-06-2006

 

 

 

 

Sorti chez Dupuis Cette année en album, après une pré-publication dans le journal de Spirou, « Les nombrils » connaissent actuellement une bonne réception tant en Europe qu’au Québec. Pour nous parler de cette Bande dessinée, Bedeka.org a interrogé ses auteurs, Maryse Dubuc et Marc Delafontaine, qui ont gentiment accepté de répondre a nos questions.

 

A quand le prochain "Nombrils"?

 

Maryse : Ouf !  On aimerait bien le savoir !  Pour bien démarrer la série, l’idéal serait de sortir un album par an, donc on vise une sortie pour Angoulême 2007.  Mais si on n’arrive pas à respecter les délais nécessaires, tant pis !  On ne sacrifiera pas la qualité pour la rapidité.

 

Qu'est-ce que vous pensez du succès des « Nombrils » ?

 

Maryse : Heu…  C’est encore un peu tôt pour utiliser ce mot !  Si ça fonctionne bien, tant mieux parce que franchement, on met tout ce qu’on a dans ces pages. 

Marc :  En tout cas, on pourra dire qu’on a bénéficié d’une couverture de presse extraordinaire.  En toute honnêteté, je m’étais imaginé que les médias ne s’intéresseraient pas à une BD d’humour faite par deux auteurs inconnus.  Je suis vraiment ravi de m’être trompé !  Mais bon, on est pas dupes non plus, les gens chez DLM ont fait un super boulot et le nom de Dupuis fait son petit effet…  Mais je constate que la BD a bonne presse depuis quelques années.  Les médias commencent tranquillement à sortir des clichés.  Il y a de l’espoir !

 

Lors des séances de dédicaces, en dehors des collectionneurs, quel est le public des « nombrils » qui passe vous voir, et quels sont leurs commentaires ?

 

Maryse : Le public est plutôt varié.  Le commentaire qui revient le plus souvent c’est que ‘C’est vrai.’  Ça nous a beaucoup étonnés les premières fois.  On a l’impression de faire une grosse caricature, mais apparemment les lecteurs s’y retrouvent…ou reconnaissent des gens qu’ils ont connus !

 

Est-ce que vous trouvez ça rassurant ou plutôt inquiétant ?

 

Maryse : Ça dépend de quel point de vue on se place !  Jenny et Vicky sont de telles caricatures de nombrilisme et de superficialité, si les lecteurs reconnaissent des gens qu’ils ont connu, c’est inquiétant pour notre société.  Mais pour ce qui est de la série, c’est plutôt rassurant parce que ça signifie qu’on a misé juste et que notre sujet est d’actualité.

 

Vous êtes édités par Dupuis. Comment ça se passe avec l'éditeur ?

 

Maryse : Ils nous laissent carte blanche et en même temps Benoît, le directeur de collection, est là pour nous rassurer lorsque nous nous posons des questions. On ne pouvait pas rêver mieux !  Dernièrement, il y a eu de nombreux bouleversements dans l’équipe directoriale, il reste maintenant à voir ce que ça aura comme conséquences. 

Marc : Nous leur avons proposé le projet en premier car on nous avait vanté leur côté humain et nous avions envie de travailler avec des gens qui allaient pouvoir nous accompagner sans nous imposer une façon de faire qui n’est pas la nôtre.  Et nous ne sommes pas déçus !  Nous avons le meilleur directeur de collection qu’on pouvait rêver d’avoir et nous partageons ensemble la même vision pour la série. 

 

Comment se fait le partage du travail entre vous ?

 

Maryse : Ah, on se le demande nous-mêmes !  Ce n’est jamais pareil.  Le plus simple c’est de dire qu’à nous deux, on est un auteur complet !  En gros, je fais le scénario et la couleur, et Marc se charge du dessin.  Mais la planche fait d’innombrables aller-retour, à chaque fois on fait une petite modification qui en entraîne une autre, et une autre…  On commente beaucoup le travail de l’autre, et on est sans pitié !

Marc : Ça pour être sans pitié, on l’est !  Être deux têtes à penser à un gag c’est un atout, mais c’est faux de croire que ça nous sauve du temps !

 

Pouvez vous nous dire quel est votre parcours avant d'en arriver aux « nombrils » ?

 

Maryse : J’ai publié des romans jeunesse chez Vents d’Ouest (rien à voir avec l’éditeur de bande dessinée) et Pierre Tisseyre, ainsi que des livres illustrés chez Bayard.  J’ai été coloriste pour le mensuel Pignouf et pour quelques albums.

Marc : J’ai travaillé quelques années dans le dessin animé, puis dans l’illustration pour la jeunesse.  Juste avant Les Nombrils, j’ai illustré un album chez Vents d’Ouest (l’éditeur de bande dessinée, cette fois !): Le Guide Junior pour bien élever les parents sur un scénario de Goupil et Douyé.  Et je suis bien fier de dire que cet album a remporté le Grand prix des lecteurs du journal de Mickey même si dans son catalogue, l’éditeur attribue ce prix à l’ensemble de la série.

 

Vous avez donc tous les deux travaillé en collaboration avec d’autres. Comment vivez vous maintenant le fait de travailler sur vos propres projets?

 

Maryse : C’est une liberté à la fois grisante et angoissante.  Enfin, faire ce que l’on veut !  D’un autre côté, quand on a carte blanche, on est face à soi-même, entièrement responsables de ce qu’on met sur le papier.

Marc : En tant que dessinateur, j’apprécie de pouvoir apporter quelques modifications ou ajouts au scénario.  Après tout, on passe tellement d’heures sur la table à dessin, c’est normal de vouloir mettre un peu du sien dans ce qu’on raconte.

 

Ou trouvez vous vos idées ?

 

Maryse : En discutant, la plupart du temps.  Les situations sont rarement inspirées de faits vécus, la mécanique du gag est tellement particulière !  Généralement, le gag part d’une envie: envoyer les personnages dans tel lieu, faire dire telle réplique à tel personnage, faire évoluer l’histoire.

Marc : Pour chaque idée envisagée, nous nous posons les questions suivantes :  est-ce que c’est drôle ?  est-ce que ça rend les personnages plus attachants ?  est-ce que ça fait avancer l’histoire ? est-ce que ça élargit l’univers de la série ?  On essaie de faire des gags qui nous permettent de répondre ‘oui’ à au moins quelques unes de ces questions.

 

De Safarir au Journal de Spirou, avez vous du faire des adaptations?

 

Maryse : Très peu.  C’est évident qu’on évite les gros québécismes, à la fois pour ne pas nuire à la compréhension, mais aussi parce qu’on ne veut pas figer nos personnages dans un univers québécois : l’égocentrisme, il y en a partout, pas rien qu’ici !

Marc : Au début, on faisait un peu attention au choix de thèmes parce que Spirou est lu dès huit ans.  Mais pour le tome 2, on a décidé de traiter de suicide d’une façon très directe, et c’est passé.  On essaie des choses, on voit si ça passe.  Et à date, ça passe !

 

Les « Nombrils », c'est par page mais il y a une continuation dans l'histoire tout au long de l'album. Est-ce que vous comptez faire évoluer vos personnages ou aller plus loin dans le suivi narratif ?

 

Maryse : Maintenant qu’on a commencé, impossible de s’arrêter !  On a du mal à faire un gag qui n’a de valeur que par lui-même, on préfère qu’il enrichisse l’univers ou fasse évoluer soit la situation, soit un personnage.  Parce que le punch à la fin de la page, on s’y attend de toute manière, alors impossible de surprendre le lecteur.  Par contre, découvrir ce qui se cache sous le casque de John John, ça ça peut être étonnant !  On ne s’interdit rien : tout peut changer, n’importe quand.

 

Est-ce que vous pouvez vous servir de cette évolution pour prévoir un gag quelques pages plus loin?

 

Maryse : C’est une improvisation contrôlée.  On a déjà une idée de la fin du tome deux, alors qu’on n’est rendus qu’au tiers, mais ça peut complètement changer d’ici là.  On ouvre des portes, on crée des situations.  Parfois, un gag qui devait être sans conséquence en entraîne un autre.  C’est une des particularités des Nombrils : on ne peut jamais savoir si la situation présentée dans un gag se poursuivra dans le suivant, ou si au contraire on partira sur une autre ligne narrative. 

 

Est-ce que vos lecteurs vous écrivent pour vous suggérer des idées ?

 

Maryse : Non, vraiment pas.  De toute manière, la mécanique du gag est tellement particulière : ce qui est drôle raconté dans un e-mail ne l’est pas nécessairement mis en page dans des cases et des bulles. 

Marc : Souvent, des gens de notre entourage nous racontent des choses qui leur sont arrivées en nous disant : «mettez ça dans votre BD, ça va être drôle».  C’est bien gentil, mais en fait, il n’est jamais arrivé qu’une de ces idées puisse être compatible avec l’univers des Nombrils.  Un gag en une planche, c’est un véritable petit scénario : on doit amener une situation, la développer et la conclure autant que possible de façon surprenante et tout ça, en tenant compte de la spécificité des personnages et en évitant de se répéter, ce qui implique de les faire évoluer.  Ça paraît bête, mais il faut s’y coller pour réaliser ce que c’est !

 

Quelle est la réception des « Nombrils » au Québec ?

 

Maryse : Pour ce qu’on en sait, elle est généralement très bonne.  Mais évidemment, ceux qui n’aiment pas ne viendront pas nous le dire en face !  En tout cas, on a fait notre possible pour produire un album d’humour de qualité.

Marc :  Personnellement, j’avais quelques craintes sur l’accueil qu’on allait réserver aux Nombrils ici, au Québec.  Il faut dire que le 44 CC n’a pas tellement la cote avec les libraires et les critiques. Je suis agréablement surpris de constater que l’album semble avoir franchi cette barrière de préjugés. 

 

Qu'est-ce que vous nous conseilleriez de lire, d'écouter ou de voir en attendant la sortie du prochain tome ?

 

Maryse : J’ai adoré Retour au Collège de Riad Sattouf.  Ça traite d’adolescence sans tout rendre gentil-gentil, parce que c’est dur l’adolescence, après tout !  Il y a aussi Pipit Farlouse ainsi que Laura et Patrick, du même auteur et pour la même raison.  Lupus 4 vient de sortir, j’ai très hâte de m’y attaquer.  Le cinéma, on est un peu moins accros ces derniers temps, je rejoins Sfar qui dit que le XXI e siècle est l’ère des séries télé de qualité.  On s’est régalés des Sex and the City et des Six feet under.  Quand c’est bien fait, c’est un réel plaisir de suivre des personnages aussi longtemps !

Marc : Côté BD, mes derniers coups de coeur vont à Salvatore, de De Crécy, au Combat ordinaire de Larcenet, et au fameux Blog de Frantico (dont j'ai su qui en était l'auteur quelques jours après l'avoir lu, le choc !).  Plus récemment, je suis tombé sous le charme de Mertownville, de Michel Falardeau.  Le tome 2 m'a particulièrement plu.  Et je m'en voudrais de ne pas mentionner l'INCONTOURNABLE Plan Cartésien, chez Mécanique générale. Pour ce qui est des séries télé, je rejoins Maryse avec qui je partage le même bol de pop-corn. 

Maryse : Mais aussi, ne ratez pas le Spirou #3564, qui sortira en kiosque la première semaine d’août.  La rédaction s’en est remise à nous pour concocter un numéro spécial Québec de 24 pages intitulé Snoreau (traduction québécoise de Spirou  : petit enfant espiègle).  Vous y retrouverez le maximum d’auteurs québécois que nous ayons été capables d’y faire entrer (quitte à demander à des auteurs comme Jimmy Beaulieu de se contenter d’une seule page: sacrilège ! ).  On ne sait pas encore si le magazine sera distribué en kiosque ici, mais sinon soudoyez quelqu’un outre-atlantique pour qu’il vous l’envoie !

 

Est-ce que j’ai oublié une question a laquelle vous aimeriez répondre ?

 

Ça fait le tour, je crois !

 

Encore merci d’avoir répondu à nos questions, et bonne chance pour les prochaines aventures des nombrils. Pour plus d’informations : http://www.spirou.com/index.php et http://www.dupuis.com/servlet/jpecat?pgm=VIEW_ALBUM&lang=FR&OUVRAGE_ID=8239

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 02-10-2006

 

 

 

Électron libre dans le monde de la bande dessinée, Leif Tande nous propose souvent des créations originales. Avant la parution de son nouvel album, « William », chez Mécanique Générale, Leif Tande a bien voulu accepter de nous parler de son travail.

 

 

Tu va bientôt sortir un livre intitulé "William", peux tu nous en parler?
J'ai écrit le scénario de "William" en une nuit, d'une traite, d'un bout à l'autre.

Quand j'ai commencé à faire les planches de "William" je travaillais sur Morlac, c'était
un gros trip créatif très fort, mais en même temps une improvisation alors, de temps en
temps, je faisais quelques pages de "William" et c'était reposant car l'histoire était toute faite. J'en ai fait la moitié ainsi. J'ai fait la seconde moitié quelques mois plus tard.

En gros, c'est l'histoire d'un garçon qui va à l'école et qui va vivre une mauvaise journée. Tout va mal. La loi de Murphy, quoi! Mais, heureusement, le jeune est débrouillard et... un peu menteur. Alors il s'en sort par des pirouettes pas toujours honnêtes, tout en s'embourbant un peu plus à chaque fois.


Tu as gagné un prix Bedeis Causa au festival de la BD francophone de Québec pour « Morlac ». Quel effet est-ce que ça te fait ?
C'est toujours un peu étrange ce genre de chose. C'est sûr qu'au premier degré ça motive et ça fait plaisir. En fait, c'est  une reconnaissance de la part de gens  qui connaissent bien et aiment la bande dessinée. C'est donc tout un honneur.

En même temps, ma vraie récompense c'est de voir l'album imprimé, pour la première fois. De sentir l'encre dedans. De recevoir un ou deux commentaires positifs d'amis ou d'inconnus. De savoir qu'à quelque part je laisse ma petite trace de break sur le papier hygiénique qu'est la vie, avant d'en être chassé.

 

 

Penses tu que ça soit important de laisser une trace quelque part pendant sa vie ?
Primordial.

 

Je peux facilement comprendre que ça ait l’air d’un trip d’égo pour certains. Que ceux qui travaillent le plus fort sont jamais ceux dont on se souvient le plus. Et qu’on laisse plus souvent et facilement une trace indélébile sur l’histoire de l’humanité à faire le mal plutôt que le bien.

 

Cependant, là n’est pas la question. La vie est courte. L’époque actuelle qui est la nôtre s’achèvera bientôt et nous sombrerons tous dans l’oubli très rapidement. Juste de savoir que, sans devenir des « Best Sellers », mes livres resteront un certain temps disponible, c’est comme si je prolongeais un peu ma vie.

 

De toute façon, la trace la plus importante qui, j’ose espérer, me survivra longtemps, et dont je suis de loin le plus fier, c’est mes deux petits bambins d’amour. Mes deux garçons. C’est ÇA l’avenir. Les livres, c’est du papier.

 


Comment est né l'idée de « Morlac », et plus généralement, ou trouves tu tes sources d'inspiration ?
Je revenais de France quand, dans l'avion, le film "Sliding Doors" a été présenté. J'ai écouté cette double histoire et je me suis dit qu'en bande dessinée il y avait sûrement moyen de raconter simultanément encore plus d'histoires puisque, comme le médium le permet, il est possible de revenir en arrière, de sauter des pages, de déposer le bouquin et de le reprendre plus tard. Au cinéma, à moins d'être un fan de la manette, on passe rarement notre temps à reculer et avancer le film. Alors j'ai gribouillé une ébauche du concept de ramifications potentielles.

Le jour où j'ai commencé à travailler sur les planches de l'album, j'étais bien imprégné du  concept mais je ne suis pas revenu à cet embryon d'histoire. Au contraire, j'ai tout abandonné de cette ébauche de scénarisation (trop calculée) et j'ai laissé le plaisir me guider.

Morlac est donc une énorme improvisation. Je ne savais pas du tout où m’emmèneraient  ces histoires simultanées. Ce qui m'importait le plus était de rester fidèle au concept, comme une contrainte de base, de me donner aucune limite quant à ce qui pourrait survenir, tant scéniquement que visuellement, et de trouver, chemin faisant, des moyens de contourner ou de détourner le concept global.

En plus, je me lançais des défis: à la page 43 il faudrait que toutes les cases soient remplies, à la page 54 il devra en rester le moins possible, à la page 66 y'aura que des gros plans et tout le monde y sera surpris, etc. Et, évidemment, des trente histoires qui s'enchevêtrent tout au long de l'album, une seule trouve son chemin jusqu'à la fin.

On m'a reproché la "légèreté" du contenu de l'histoire. Bin voilà pourquoi. Comme c'est déjà tout un défi à suivre, s'il fallait en plus  que ce soit une thèse obscure sur l'état du surmoi métaphysique en relation intrinsèque avec l'interpersonalité socio-affective de la quête spirituelle judéo-islamiste d'un jeune éphèbe prépubert au Turmékistan boréal, on se serait emmerdé à essayer de lire ça. Alors y'a des ninjas, des extra-terrestres, des robots, de la copulation et beaucoup de sang. Et j'ai trouvé le moyen de faire périr mon héros une bonne trentaine de fois.
Ce fut très amusant à faire.


Comment pourrais tu décrire ton travail ?
Aucune idée. J'essaie des affaires. Je me permet d'expérimenter, de jouer avec le médium, de voir quelles sont les possibilités que je n'ai pas encore essayées et tenter d'en faire quelque chose.

Des fois ça marche, d'autres fois pas.

Je suis incapable de suivre une recette. Un album muet (Motus!) est suivi par une adaptation de livre trop verbeuse et très scénarisé (Le Poulpe) qui lui est immédiatement suivi  par une improvisation (Morlac), etc.

Mon processus créatif aussi est incohérent. Des fois j'aurais des idées pour 5 histoires et plein de concepts différents (et pas de temps pour tout faire, évidemment) quand d'autres fois rien ne me vient.

 

 

Pour « le Poulpe », pourrais-tu nous dire comment s’est réalisé ce projet ?
En fait, ce fut une très longue gestation pour un sprint final inspiré. Le projet m’a été proposé en janvier 2002 par les éditions 6 Pieds Sous Terre. J’avais jusqu’en décembre pour le faire. J’ai lu et relu le livre de Michel Dolbec. J’en ai surligné les bouts pouvant être omis sans que l’histoire n’en souffre trop et j’ai fait (chose que je ne fais jamais, d’habitude) une mise en page sketchée complète de l’album, pour savoir combien de pages compterait en tout l’ouvrage. 6 Pieds m’allouaient de 60 à 80 pages. Mon sketchbook en comptait 116 à la fin de l’exercice! Alors j’ai discuté avec les éditeurs et j’ai réussi à obtenir un livre de 96 pages dont 90 de BD. Le plus gros Poulpe à date. Et mon plus gros livre! 

 

Mais c’est pas tout ça, maintenant, il fallait le faire!

 

Évidemment, j’ai rien foutu du printemps 2002. Ni de l’été. Ma copine était enceinte de notre premier petit monstre et je travaillais à temps plein. À l’automne toutefois, lors de la venue de notre petit garçon, j’ai pris un congé de paternité d’un mois et demi et ma copine et moi avons décidé de se diviser le travail : elle s’occupait de nourrir le petit pendant la journée et moi je m’occupais de faire dormir le bébé pendant la nuit. À chaque fois que le bambin se tapait deux ou trois heures de dodo, je planchais sur l’album Palet Dégueulasse. Quand il s’éveillait en braillant, je berçais doucement le siège de bébé que j’avais mis sur ma table à dessin, ou le berceau, sis juste à côté, et je continuais dès qu’il s’endormait enfin.

En deux mois j’ai terminé l’album.

 


Comment se passe une journée de travail de Leif Tande ?
C'est trois heures de travail. Rarement plus: Leif se couche vers 1 heure du matin. Parfois 2. Éric se lève à 7 heure. Déjeune avec ses enfants et va les porter à la garderie. Se rend au bureau, chez Sarbakan. Passe la journée à trouver des idées de jeu pour Internet. Revient souper avec  la famille.  Couche les 2 garçons. Écoute un peu la télé. Attends que sa conjointe se couche, vers 22-23 heures. C'est là que Leif réapparaît. Il s'installe à sa table à dessin et il gribouille jusqu'à 1 ou 2 heure du matin. Voilà.

 

 

Est-ce que ton travail sur les jeux et tes créations de bandes dessinées s’influencent l’une l’autre (Pourrais t’on voir un jour un « jeu dont vous êtes le héros » basé sur Morlac, par exemple) ?
Hum… Il est évident que le plaisir recherché avec Morlac découle directement de l’univers des jeux vidéos : le pouvoir de diriger l’action, de décider du déroulement de l’histoire, de n’être pas que spectateur, mais aussi un peu un acteur dans l’histoire. J’ai pas encore songé aux autres possibilités de liens entre ces deux médiums. L’inverse est sûrement possible.

 

Je crois, comme Scott McCloud le démontre dans Reinventing comics : How Imagination and Technology Are Revolutionizing an Artform, que c’est la technologie derrière les jeux qui est ou sera bientôt utilisée, par les créateurs, pour raconter des histoires.

 

Il y a même certains jeux (comme un récent SpiderMan, entre autres) qui sont de plus en plus poussés au niveau des plans de vues et du « storytelling ». C’est très cinématographique et comic book comme résultat.

 

Et il y a « Spores » aussi, et toute l’application que son créateur a mis à créer un univers cohérent, totalement évolutif et scénarisé tout en demeurant extrêmement altérable et manipulable. Ce qui s’en vient est très excitant!

 


Tes ouvrages sortent chez La Pastèque et Mécanique Générale. Comment se fait la sélection de l'éditeur ?
À pile ou face.
Non, je déconne. Mais c'est deux maisons d'éditions avec leurs particularités. Et puis j'essaie d'alterner entre les deux. Moi, tant qu'on veut encore me publier, j'en profite!

La seule limite que je me suis imposé est de réaliser au moins un album par année. Si j'essaie d'en fais plus, je vais devoir couper ailleurs (famille, loisirs, travail) et ça me tente pas.


J'ai prêté « Morlac » à des amis, habitués à de la bande dessinée linéaire classique. Certains ont trouvé ça trop « fatiguant ». Que penses tu de ce commentaire, et peut-on aujourd'hui avoir du succès avec de la bande dessinée qui fait « travailler » un peu le lecteur ?
Tout dépends ce que l'on entends par succès. Le livre est imprimé et distribué. Si c'était là mon but, il est atteint. J'ai jamais eu l'ambition de faire un album à succès. Si ça arrive, bin tant mieux.

Quand j'ai une idée de scénario ou un concept particulier, je me pose jamais la question "qui va lire ça?" ou "qui va bien vouloir éditer ça?".

Un livre comme Pando le Panda est un non-sens total côté marketing. Un livre comme Morlac est un peu hermétique pour qui n'a pas envie de jouer et désire uniquement être nourri. Un livre comme Motus! est cruel et méchant. Qui va aimer ça? Je ne sais pas. Tout ce que je sais c'est qu'il faut que je les fasses. J'ai d'ailleurs plusieurs albums de terminés qui ne trouveront jamais d'éditeur parce que ce sont des projets suicides. Tant pis, au moins j'aurai eu du plaisir à les faire.


Comment es tu arrivé à la bande dessinée ?
Ce fut une longue déchéance. À l'école, je démontrai assez tôt certaines aptitudes au dessin. Simultanément, dans mes cours de français, mon imagination et ma prose soulevait l'admiration de mes pairs. Souvent on me promît un avenir grandiose en tant que peintre reconnu ou écrivain célèbre. Toutefois, ne sachant trop quel chemin choisir, j'ai opté pour les deux. La bande dessinée. Le mariage du texte et du dessin.

C'est drôle...
Peintre, tu meurs riche et adulé, entouré de muses et de femmes nues. Écrivain, tu te suicide en pleine gloire, riche et célèbre, à cause de ton alcoolisme. Bédéiste, t'es un osti de nobody qui fait pas une cenne.

Mon professeur d'orientation était un méchant nono!


Qu'est-ce que tu conseillerais à un jeune bédéiste qui souhaite faire
carrière dans ce domaine ?
"Adresse-toi à quelqu'un d'autre mec!"

C'est bin platte, mais je veux pas en faire une carrière. C'est une passion, un passe-temps. J'veux juste avoir du plaisir, du fun. Le jour où je sentirai une pression de devoir faire un album à succès ou de suivre une recette toute préparée, je crisse tout ça là et je me recycle dans le macramé ou une autre patente insignifiant du genre.

Pour l'instant, je me permets pas mal de réaliser toutes les fantaisies et les idées saugrenues qui me viennent à l'esprit et il y a souvent un éditeur qui est prêt à le publier. Je me sens libre et ne ressent aucune pression. C'est le bonheur quoi. Touchons du bois.

"Quant à toi, jeune freluquet, tu veux faire une carrière en bande dessinée? Bin apprends à t'amuser, pis prends-toi pas trop au sérieux!"


Quels sont tes coups de cœurs ?
Rien d'original ou de vraiment underground-cool, j'ai bien peur:

"Le combat ordinaire" de Larcenet. Ça m'a ému.

"Pillules Bleues" de Peeters aussi (d’ailleurs, l’individu à qui j’ai prêté mon exemplaire de Pillules Bleues, il y a bientôt deux ans, est priée de me le remettre!).

Le tout Marc-Antoine Mathieu, pour ses concepts originaux.

Trondheim. Pas tout... mais presque.

Et "Safari Monseigneur" de Florent Ruppert et Jérôme Mulot.
(Bon... c'est pas vrai. J'ai pas lu Safari Monseigneur mais ça a l'air pas mal "in" de lire ça. Moi je peux pas savoir, on trouve plus les livres de L'Association nulle part!)

 

 

Quelle est la question que je n’ai pas posée et à laquelle tu aimerais répondre, et qu’y répondrais tu ?

 

Pourquoi ?

Vert et/ou 42.

 

Encore merci pour cette entrevue. Pour informations complémentaires : Blogue de Leif Tande : http://leiftande.blogspot.com/, Mécanique Générale : http://www.pastis.org/mg/

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 16-08-2006

 

 

 

 

Le programme universitaire de Baccalauréat en arts, Design et bande dessinée est l'un des très rares programmes universitaire qui offre une spécialisation tournée vers la bande dessinée. Ce programme original, offert à l'Université du Québec en Outaouais mérite qu'on s'y intéresse. Pour en savoir plus, nous avons demandé à Sylvain Lemay, directeur du programme et maintenant du département, de nous en parler.

 

 

Pourriez vous nous décrire le programme de Baccalauréat en arts, design et bande dessinée ?

 

Le programme est constitué d'une année de tronc commun (des cours de dessin ainsi que des cours de base du langage plastique et du domaine de l'image), puis les étudiants choisissent une concentration : arts visuels, bande dessinée ou design graphique. La deuxième année est surtout consacrée à l'acquisition des éléments disciplinaires. Par exemple, pour la bande dessinée, ce sont les cours de structure narrative, de découpage graphique, d'encrage et de couleurs, etc. La troisième année est consacrée à la synthèse de ces acquis, notamment par la réalisation d'un projet de bande dessinée.

 

Le programme est maintenant en cours de modification et la nouvelle version ouvrira ses portes à l'automne 2007. Cela constitue la procédure normale. Tous les programmes universitaires sont évalués et modifiés à tous les 8 ou 10 ans et le programme en arts et design existe depuis 1993 (la concentration en bande dessinée a été rajoutée en 1999). Mais la philosophie reste la même. Voici les objectifs, tels qu'ils apparaîtront dans le prochain Guide des études :

 

«La formation en bande dessinée est celle d’un auteur complet, maîtrisant les multiples aspects de la narration graphique. Elle permet donc aux étudiants d’approfondir tous les aspects de la création d’une bande dessinée, de la première idée à la réalisation d’une publication, de développer une réflexion sur le médium ainsi qu’un esprit critique sur la production contemporaine tout en explorant ses différents axes de développements (dont les créneaux récents de l’autobiographie, du récit intime, de la création par ordinateur, de la diffusion par Internet, etc.). Elle favorise le développement d’une écriture personnelle et originale, tout en identifiant et en se confrontant aux grands courants de la bande dessinée contemporaine. L’accent est ainsi mis dans cette spécialisation sur la narration en images. L’aspect multidisciplinaire du programme permet également aux étudiants de confronter la bande dessinée à d’autres formes artistiques et de reconnaître sa spécificité en tant que médium narratif capable de se nourrir des autres arts.»

 

Pour plus de détails sur la nouvelle version, je vous invite à consulter le site web de l'ÉMI (École multidisciplinaire de l’image) qui devrait être en ligne en septembre prochain. Vous pourrez y accéder par le site de l’Uqo (www.uqo.ca)

 

D’où est partie l’idée d’offrir une formation universitaire orientée vers la bande dessinée ?

 

Afin d’attirer une nouvelle clientèle, Ginette Daigneault, alors professeure en art a exploré cette possibilité. Pendant deux ans, elle a consulté des gens du milieu ainsi que des universitaires et elle a mis sur pied le programme qui a débuté à l’automne 1999. J’ai alors été engagé pour le démarrage de cette concentration.

 

Avez vous des professeurs qui viennent de ce milieu ?

 

Mario Beaulac et moi,sommes les deux professeurs réguliers rattachés à la bande dessinée. Nous sommes des universitaires (moi en études littéraires, Mario en communication). Mario a aussi travaillé pour «Croc» et «Anormal» notamment. Nous avons reçu deux professeurs invités : Edmond Baudoin (1999-2002) et Jean-Louis Tripp (2002-2004) qui, je crois, n’ont pas besoin de présentations. Notre équipe de chargés de cours est constituée des personnes suivantes : Réal Godbout, Paul Roux, Sébastien Trahan (Mécanique générale) et Frédéric Gauthier (La Pastèque). Ont déjà enseigné également chez nous au fil des années : Jean-Paul Eid, Jacques Samson, et Catherine Saouter. Pour les jurys de fin de bac, nous avons eu : Régis Loisel, Thierry Labrosse, Michel Rabagliati, Jimmy Beaulieu, Pierre Fournier et Christian Quesnel. Nous recevons également des conférenciers : Thierry Groensteen, Daniel Shelton, Gilles Chaillet, Chantal Montellier ont tous été présents à l’université. Nous avons également des liens avec le Rendez-vous international de la bande dessinée de Gatineau et le Salon du livre de l’Outaouais. Des ateliers-rencontres sont alors offerts aux étudiants par les auteurs invités. Il y a eu, notamment Jacamon et Janry dernièrement. Voilà, j’espère que je n’oublie personne.

 

Parmi vos étudiants, combien vont s’orienter vraiment vers la bande dessinée ?

Cela demeure un programme universitaire de premier cycle. En ce sens, la proportion d’étudiants qui vont réellement travailler dans le milieu de la bande dessinée est sensiblement le même que pour les programmes de théâtre et de littérature, par exemple. Nous n’avons des diplômés que depuis quatre ans et nous commençons à voir émerger des projets de nos anciens étudiants. Il y a d’abord les éditions Premières lignes qui ont été créées par d’anciens étudiants et qui publient des ouvrages d’auteurs qui ont étudié chez nous : Yan Mongrain, André St-Georges, Jérôme Mercier et d’autres à venir. Ils ont maintenant 13 livres à leur actif. Jérôme Mercier et Victor Brideau sont régulièrement présents dans Safarir depuis quelques années (illustrations et bandes dessinées). Il y a cinq de nos anciens étudiants dans Plan cartésien (Iris, Evlyn, Frédéric-Jean Gosselin, Marc et Daniel Michaud). Iris va sortir son premier livre chez Mécanique générale cette année et elle a des projets avec La Pastèque (Et vlan !) ainsi qu’avec Atrabile. Hugues Tremblay a également signé un contrat, mais je ne sais pas où en est le projet. Jean-Sébastien Bérubé, Stéphanie Leduc et Jérôme Mercier lorgnent du côté de l’Europe et des développements sont à prévoir pour les prochains mois (Stéphanie a déjà publié une histoire dans Lanfeust Mag). Alustriel publie son fanzine (Le corbeau et le renard) et tient un blog.Voilà, cela n’a rien d’exhaustif et beaucoup d’autres travaillent sur des projets, mais je n’ai énuméré que les plus concrets. Mais cela devient exponentiel à chaque année (nos premiers diplômés ne sont sortis que depuis quatre ans de l’université).

 

À l’intérieur de nos cours, nous expliquons la réalité du milieu professionnel et nous ne promettons à personne un contrat d’édition à la sortie de l’université. Nous faisons la même chose avec nos étudiants en arts visuels. Mais nous essayons de leur donner une meilleure connaissance du médium et du milieu. Par la suite, les plus persévérants et les plus passionnés réussiront sans doute à tirer leur épingle du jeu.

 

Je terminerai par une citation sur les objectifs de l’enseignement universitaire qui me semble très proche de ce que nous essayons d’accomplir, c’est-à-dire, cette idée de se consacrer entièrement à l’étude de la bande dessinée durant un certain nombre d’années  (je mettrais un bémol sur le côté optionnel de la présence en cours ;-). Notre but, c’est surtout de les outiller pour qu’ils puissent poursuivre leur apprentissage par la suite. Il y a des étudiants que nous avons amenés à un endroit X à la fin de leurs études, mais qui sont revenus nous voir, deux ans plus tard, et qui avaient encore plus progressé pendant ces deux années que durant leurs trois années au baccalauréat. C’est là notre plus grand cadeau.

 

«Enfin, le principe d’autonomie universitaire s’étendra aux étudiants. En effet, le but de l’enseignement universitaire est d’apprendre à apprendre; ainsi, le maître doit devenir progressivement superflu, sauf comme soutien et comme guide. Telle est la différence importante entre l’étudiant et l’écolier. L’étudiant doit apprendre par lui-même et participer à la recherche scientifique. Il peut suivre des cours s’il le juge à propos ; l’essentiel est qu’il se consacre pendant un certain nombre d’années exclusivement à l’activité intellectuelle, dans une communauté d’étudiants et de maîtres.»

Aline Giroux, Le pacte faustien de l’université, page 34

 

Quelles sont les carrières touchant la bande dessinée vers lesquelles vos étudiants vont pouvoir se diriger ?

Jusqu’à maintenant, nous en avons qui se dirigent vers une carrière d’auteur et d’éditeur, mais certains pourraient se consacrer plus particulièrement à celle de scénariste, d’encreurs, de coloriste ou de critiques. Mais pour cela, il faut souvent avoir une deuxième carrière. Certains enseignent la bande dessinée dans des écoles et/ou à la ville, d’autres ont réalisé plusieurs contrats d’illustration. Il n’est évident pas facile de vivre uniquement de la bande dessinée au Québec.

 

Conscientisez vous vos étudiants à cet état de fait, et comment est-ce qu'ils voient leur futur?

Nous avons un cours en troisième année qui s’intitule Milieux professionnels et qui confronte l’étudiant à la réalité du marché. De plus, nous avons intégré depuis trois ans une activité à l’intérieur du cours Introduction au programme où nous expliquons clairement la réalité (et ce pour toutes les concentrations) dès les premières semaines de cours. Nous n’avons encore eu aucun abandon suite à cela. Ils sont très conscients de ce qui les attend. Cela dit, nous recevons également des étudiants qui s’inscrivent chez nous par passion, mais qui n’ont aucunement l’intention de tenter de vivre de la bande dessinée.

 

Dans la bande dessinée européenne, on voit de plus en plus de travail de collaboration, avec un ou plusieurs scénaristes, un dessinateur, un encreur, un coloriste. Formez vous les étudiants au travail en collaboration?

Notre programme est axé sur le développement d’une écriture personnelle et originale. Mais il y a également des travaux qui se font en collaboration. À la fin de leurs études et après avoir expérimenté les différentes facettes du métier, certains décident de se consacrer uniquement à la scénarisation (en s’inscrivant à un certificat en scénarisation, par exemple) et d’autres qui excellent en dessin, mais qui n’ont pas aimé le côté écriture de la chose, se cherchent des collaborateurs pour l’écriture de scénarios, collaborateurs qui proviennent parfois d’amitiés développées durant les études.

 

Avez vous également des cours plus accès  vers le coté "marketing" (comment réaliser un et présenter un travail pour un éditeur)?

Oui cela se voit dans le cours Milieux professionnels déjà mentionné et se poursuit dans les cours de Synthèse en troisième année. Les étudiants ont des professeurs qui sont des professionnels et qui peuvent partager leurs expériences (Réal Godbout, Paul Roux, Sébastien Trahan, etc). Et quand nous le pouvons, nous invitons des éditeurs (Mécanique générale, La Pastèque et Premières lignes sont tous déjà venus à l’université. Grafiksismik devait venir l’année dernière, mais cela n’a pu se réaliser. Pour une prochaine année peut-être.). Plusieurs de nos étudiants suivent également des cours de marketing offerts par le département d’administration.

 

Que pensez vous de la bande dessinée Québécoise actuelle ?

Il est indéniable qu’elle connaît un essor sans précédent depuis le début du siècle. Il y a encore peu de temps, je pensais au titre d’un article de Jacques Samson : La bande dessinée québécoise : sempiternels recommencements. Depuis le «Printemps de la bande dessinée québécoise» (1968-1974) on avait souvent assisté à des périodes d’effervescence suivies de périodes plus tranquilles. Mais il semble que pour le moment, l’ancrage semble plus solide que par le passé. Je suis très heureux de voir autant d’auteurs publier et travailler pour des éditeurs européens et américains ; cela démontre que le talent est présent et permet à ces gens de voir leurs travaux circuler d’une façon professionnelle. Mais je suis encore plus heureux de voir des maisons d’édition exister dans la durée et posséder des catalogues de qualité. La Pastèque et Mécanique générale ont fait un énorme boulot ces dernières années et, pour la première fois, une grande quantité d’albums est disponible en librairie (et pas seulement dans les bacs à soldes des librairies de livres usagés). Le travail de réédition de La Pastèque mérite également d’être souligné. Il est primordial de donner accès à des ouvrages qui étaient un peu perdus. La mémoire collective se doit d’être préservée. Il reste énormément de choses à faire, mais, sans tomber dans un optimisme béat, je suis assez confiant pour les prochaines années.

 

Le marché de la bande dessinée à évolué rapidement ces dernières années, avec quelques consolidations chez les éditeurs, l’apparition d’un marketing BD assez agressif parfois, la renaissance de magazines consacrés à la bande dessinée, que pensez vous de cette évolution ?

Si on observe ce qui se passe du côté europeéen, il est clair que la bande dessinée est un «produit» et qu’elle est tributaire des lois du marché. Les grands éditeurs font maintenant partie de grands groupes financiers et les résultats doivent être rapides. Avec le nombre de nouveautés, la vie d’un album est de courte durée et les emplacements dans les librairies deviennent restreints. D’où le marketing agressif. C’est un peu malheureux de voir tout cela. J’ai l’impression que l’on va bientôt arriver à une certaine saturation et que le marché va devoir se redéfinir. C’est un peu ce qui s’est passé durant les années 1980 et qui a donné naissance aux indépendants par la suite. Mais une révolution ne peut se faire sans heurts et beaucoup d’acteurs du milieu pourraient écoper. Cela devrait être salutaire à long terme, mais je ne me considère pas comme un futurologue..

 

L’internet permet maintenant de diffuser rapidement ses créations, et certains auteurs de bande dessinée passent par ce médium. Pensez vous que ça soit une voie d’avenir ?

Auparavant les maisons d’édition possédaient leur propre organe de presse ce qui donnait la chance à des auteurs débutants de voir leurs planches publiées sans que l’éditeur ait à prendre de gros risques financiers. Cela permettait également à de jeunes auteurs d’affiner leur travail tout en le confrontant à des lecteurs. Cela a un peu disparu du paysage. Les blogues semblent vouloir jouer un peu ce rôle aujourd’hui. De plus, cela permet de recevoir des commentaires à chaud tout en créant des liens avec un lectorat. Reste à voir le passage de ces blogues au livre. Dans les nouveaux auteurs publiés par Mécanique générale cette année, certains ont été découverts sur des blogues (Jimmy pourrait me corriger là-dessus) : Iris, Pascal Girard, etc. Ce que je sais, c’est qu’il serait idiot de vouloir nier la réalité d’internet et de ne pas essayer de profiter au maximum de cette nouvelle forme de communication. Et le livre a encore de longues années devant lui avant d’être entièrement remplacé par le support informatique.

 

Pour vous, qu’est-ce qu’une bonne bande dessinée ?

Ce qui m’intéresse d’abord c’est le récit. Mes études doctorales ont été réalisées en études littéraires. Tout ce que je demande à l’auteur c’est de m’intéresser à son histoire ou à sa non-histoire, à la limite. J’aime que le dessin soit au service du récit. Je suis très peu intéressé par l’esbroufe graphique. Et l’important, ce sont les émotions que l’auteur réussit à transmettre au lecteur. Personnellement, je suis beaucoup plus touché par la simplicité de la vie quotidienne que par la grande aventure. Une histoire de panne de courant telle que décrite par Jimmy Beaulieu (Ma voisine en maillot) vient beaucoup plus me chercher qu’une saga politico-financière à la «Largo Winch».

 

Lisez vous de la bande dessinée, et si oui, quels sont les auteurs que vous nous conseilleriez ?

Je lis énormément : romans, nouvelles, essais, poésie, théâtre, bande dessinée. Il est toujours difficile de conseiller des auteurs et/ou des livres. Je répondrais par mon parcours personnel. Si je me suis intéressé à la bande dessinée quand j’étais jeune, c’est grâce (ou à cause) de Franquin et de Tillieux. Avant cela je lisais indifféremment des romans et de la bande dessinée. Mais à partir de ce moment, je me suis intéressé aux spécificités de la bande dessinée. À l’adolescence, ce fut Gotlib, Bilal et Bourgeon. Par la suite, j’ai complètement arrêté de lire de la bande dessinée durant presque 10 ans à partir du milieu des années 1980. J’y suis revenu lorsque je suis tombé sur les livres de De Crécy et de Prado au milieu des années 1990. Et j’y suis resté en découvrant Baudoin et Trondheim. Pour les ouvrages plus récents, disons que mes derniers coups de cœur ont été le «Hemingway» de Jason, «Le local» de Gippi, «De capes et de crocs» d’Ayroles et Masbou et «L’art selon madame Goldgruber» de Malher. Et comme il n’y a pas que la bande dessinée dans la vie, en ce moment, je lis «Nikolski» de Nicolas Dickner et il y a longtemps qu’un roman ne m’avait autant intéressé.

 

Pour quelqu’un qui voudrait faire une carrière dans la bande dessinée, quels sont les conseils que vous pourriez lui donner ?

Persévérer. Essayer de publier le plus possible (collectifs, fanzines, blogues, etc.). Essayer de trouver une originalité dans son style. Comprendre que la bande dessinée ne consiste pas simplement à enligner des dessins sur une page, mais qu’il faut savoir comment raconter. Accessoirement, s’inscrire chez nous ;-)

 

Y-a t'il quelque chose que vous voudriez ajouter?

 

Merci !

 

 

Merci Mr Lemay de nous avoir accordé de votre temps pour répondre à ces questions. Pour plus d'information, vous pouvez consulter le site http://www.uqo.ca/secteurs/emi/

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Éric Lamiot

 

Des entrevues réalisées avec les acteurs de la BD québécoise et des nouvelles de la BD d'ici 

 

Dans les liens ci-contres, le "+" représente une entrevue réalisée avec l'auteur. Pour les lire, allez voir dans la section "entrevues" des catégories.

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