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Qu'est-ce que ce Blogue?

 

Ça fait mantenant plus de 15 ans que je suis arrivé au québec, importé de France.  Je suis un passionné de BDs, j'aime la photographie, je dessine un peu. J'aime aussi voyager, la bonne bouffe, et la bonne bière. Ça, c'est pour moi.

 

Pouquoi ce blogue? Aprés avoir découvert la BD du Québec et avoir constaté son intérêt, j'ai décidé d'essayer de partager mes découvertes. Plutôt que de faire de la critique BD, je préfère discuter avec les auteurs. Alors je prépare des entrevues avec eux, avec les éditeurs et avec d'autres acteurs de la BD au Québec, et je les partage avec vous.

 

Alors... bonne lecture et à bientôt.

Éric

 

eric.lamiot@lycos.com

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Pour mes photos et chroniques de voyage:

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Vendredi 14 janvier 2011 5 14 /01 /Jan /2011 01:00

Publiée le 14-06-2006

 

 

 

 

A l’occasion de la sortie de « La Muse récursive », premier ouvrage des nouvelles éditions « Fichtre », Bedeka.org a demandé à David Turgeon, son auteur, de nous présenter son ouvrage, et de nous parler, de ses projets, et de la Bande Dessinée en général.

 

 

Pourrais tu nous décrire "la muse récursive"?

 

C'est une très longue histoire qui a commencé en voulant faire comme  "lapinot et les carottes de patagonie" de Lewis Trondheim, qui est  une bande dessinée improvisée de 500 pages que l'auteur a fait pour  "apprendre à dessiner".  Pour moi, c'est la même chose, je voulais  faire une longue histoire pour apprendre, ou en tout cas réapprendre  à dessiner après avoir délaissé le médium pendant plusieurs années.   Donc c'est une histoire assez échevelée et un peu expérimentale sur  les bords.

 

Pour ce qui est de l'histoire en tant que tel, c'est assez difficile  à décrire.  Ça commence avec un superhéros qui se retrouve dans un  petit village du fin fond de l'ouest canadien, il y a deux soeurs qui  cachent une invention révolutionnaire pouvant changer la face du  monde, un complot industrialo-politique pour s'approprier cette  technologie, des agents simples, doubles et triples, des personnages  qui sont là seulement parce que je les trouvais sympathiques,  plusieurs fausses pistes, des contradictions entre les personnages,  etc.  bref, c'est un peu le bordel et ça me plaît bien.

 

 

Tu indiques « Tome 1 » pour « la muse récursive », combien prévois  tu de tomes ?

 

Il y aura en tout 3 tomes d'environ 100 pages chacun.  Les deux  premiers sont terminés et j'en suis présentement au quart du 3e  tome.  Disons que c'est beaucoup moins improvisé maintenant que  c'était au début, parce qu'il faut bien que je noue un peu les  intrigues, malgré tout.

 

 

Quel est ton parcours ?

 

Je fais de la bande dessinée depuis que j'ai 6 ans, toujours de  manière autodidacte.  Pour moi la bande dessinée est la façon la plus  simple et la plus naturelle de raconter une histoire.  Par contre, vu  que mon dessin n'est pas exactement "standard", il m'a fallu  longtemps avant de trouver une façon d'articuler ce que je voulais  faire.  À l'époque (dans les années 1990), les débouchés éditoriaux  au Québec étaient très limités et au moment où j'ai commencé à  présenter mes dessins par ci par là, tous les magazines et fanzines  intéressants étaient en train de disparaître.  Ensuite, j'ai essayé  de faire quelque chose pour le marché américain mais encore là, je ne  voyais pas vraiment de débouchés.  De plus, je n'ai pas vraiment de  talent pour l'auto-édition; je suis un assez mauvais vendeur.  C'est  entre autres pour ça que j'ai lâché la bande dessinée après le cégep  et que je n'y suis revenu que dix ans plus tard, pour commencer "la  muse récursive".  J’ai eu la chance de rencontrer Yves Millet et  Jimmy Beaulieu qui, séparément, ont apprécié mon travail et m'ont  demandé de publier dans leurs collections respectives.

 

 

Tu travailles également en musique électronique, et tu t’occupes de la direction artistique de l’étiquette de disque « no type ». Pourrais tu nous en parler un peu, et est-ce que ces projets s’intègrent dans ton univers BD.

 

La musique électronique, c'est ce que j'ai fait quand je ne faisais pas de bande dessinée.  J'en fais encore, mais plus sporadiquement.  Je n'ai plus vraiment envie de jouer le «jeu» de la musique, c'est un univers social qui m'est parfaitement étranger et créativement, c'est quelque chose de moins naturel pour moi que la bande dessinée, même si c'est paradoxalement plus facile.  Mais bon, on fait ce qu'on peut et à une certaine époque, je faisais beaucoup de musique.

 

L'étiquette de disques, c'était pour publier les musiciens que j'aime, dont la musique sort des grands courants.  Bref, No Type s'intéresse aux musiques hybrides et parfois bizarres.  Nous sommes assez discrets, entre autres parce que l'industrie du disque est terriblement compétitive et qu'il est quasiment impossible de faire sa marque à moins de vouloir «jouer le jeu».  Je n'essaie pas d'en vivre, mais là, c'est un peu ridicule, tout le monde se prend pour un musicien et ça se marche sur les pieds comme c'est pas possible.  Enfin, on pourrait en parler longtemps.  Mais au cas où ça en intéresse certains, on organise un spectacle avec les groupes The Unireverse, The Eastern Stars (de New York) et The Perfect Dancers (du Japon), le 2 juin à la Casa del popolo, dans le cadre du Suoni per il popolo, un festival de musiques libres.  Nous serons en compagnie de Natacha's Recordings, une autre étiquette de disques montréalaise qui fait dans "la marge de la marge".

 

Je ne sais pas s'il y a vraiment de connections entre les deux univers, pour moi c'est un peu une vie parallèle, comme mon métier de programmeur.  Par contre, La muse récursive contient à certains endroits (notamment dans le tome 2) des paroles de chanson qui n'ont pas encore été enregistrées.  Et le fait que le village où se passe le début du tome 1 s'appelle Camp Canyon est une référence directe à mon projet musical personnel, qui s'appelle tout simplement Camp.  Mais en général, ben, c'est la même personne donc il y a une parenté, mais la musique et la bande dessinée sont des univers tellement éloignés...

 

 

Comment est-ce que tu travaille ?

 

Je prends du papier "lettre", je crayonne et je repasse à l'encre  après.  Je n'écris pas vraiment de "scénario", sauf que je fais  parfois un synopsys quand l'histoire est assez avancée, pour m'aider  à rassembler les fils.  Disons que généralement, je me laisse aller à  l'inspiration.

 

 

En parlant d’inspiration, quelles en sont tes sources ?

 

Je ne dévoile jamais mes sources!  Non, sérieusement, c'est une question trop vaste.  Je pense que j'ai une pratique un peu «bibliophile» de la bande dessinée: quand je lis un bon livre, j'ai envie d'y répondre d'une façon ou d'une autre.  Je pense que c'est une bonne chose de cultiver un certain culot, de se dire: «Ha!  Je vais lui montrer, à Blutch, ce que je sais faire!»  Ça n'empêche pas de se casser la gueule, mais au moins on le fait avec un certain panache...

 

Pour le dessin, mon influence principale, en ce sens que c'est cet auteur qui m'a convaincu que je n'étais pas à côté de la mappe, c'est George Herriman, qui est le plus grand d'entre tous.  J'ai bien l'intention de faire un livre à son sujet un de ces quatre mais ça, c'est top secret...

 

 

Pourrais tu nous parler de tes projets ?

 

Pour 2006, il y aura d'abord "la muse récursive" en juin chez  fichtre.  Et puis, probablement en septembre, "printemps lunaire"  chez mécanique générale, qui est la continuation de l'histoire courte  présentée dans "plan cartésien".  Viendront ensuite les deux tomes  subséquents de "la muse" et, en parallèle, d'autres projets que  j'annoncerai en temps et lieux.  J'ai plusieurs idées mais je ne sais  pas encore où je vais me lancer.  Éventuellement j'aimerais bien  aussi faire un petit livre de dessins abstraits.

 

 

Sur ton blogue, tu fais de la critique et de l'analyse BD. Qu'est- ce que t'apporte cet exercice ?

 

Au départ, c'est un prolongement des discussions que j'ai eues avec  d'autres amateurs sur divers forums de bande dessinée.  J'ai toujours  été un lecteur assez boulimique et je lis à peu près tout ce qui me  tombe sous la main, alors je peux oser prétendre une certaine  capacité d'analyse de la bande dessinée.  Le blogue me semble un  endroit plus approprié qu'un forum pour certaines analyses qui  demandent beaucoup de développement.  Il me sert aussi à défendre des  auteurs plus difficiles ou méconnus, par exemple Herriman, Macherot  ou Francis Masse.  Et en même temps je m'amuse à déboulonner un peu  certaines statues...

 

Au bout du compte, le blogue est surtout un espace pour parler de ce que j'aime, au rythme qui me plaît.  D'abord pour moi (ces travaux  enrichissent mon appréciation de certaines oeuvres) mais aussi pour  les autres, qui pourraient découvrir un auteur, ou approfondir leur  réflexion sur telle ou telle oeuvre.  Certains de ces textes ont été  assez appréciés, ce qui me réjouit.  D'un autre côté, je ne veux pas  non plus prétendre que ces billets soient équivalents à une critique  de type plus académique comme celles de Thierry Groensteen ou Harry  Morgan, pour ne nommer que deux auteurs que j'apprécie.

 

 

Comment est-ce que tu prends les critiques et analyses de ton  propre travail ?

 

Il y a critique et critique.  Quelqu'un qui me dit que mon dessin est  trop brouillon (ça arrive de temps en temps) ne m'apprend pas grand  chose: je sais très bien que mon dessin est brouillon, limite bâclé,  et je l'assume.  Personnellement, tant que l'histoire est bonne, je  ne fais pas de hiérarchie entre, mettons, le dessin de Paul Gllon et  celui de Luc Giard. Autant dire que ce genre de critiques m'indiffère  assez.

 

Lorsque je fais lire mes bandes dessinées à mes "premiers lecteurs",  je suis surtout intéressé à savoir si l'histoire est compréhensible,  crédible, lisible.  Pour moi, le manque de clarté est le premier  problème que doit affronter n'importe quelle oeuvre narrative, le  reste, c'est de l'emballage, plus une petite part de mystère.

 

 

Si je comprends bien, pour toi, la trame narrative est importante, et pourtant, tu passes rarement par un scénario construit. Est-ce que ça ne serais pourtant pas plus facile pour toi ?

 

Peut-être, mais pas forcément.  Raconter, c'est un plaisir en soi, et s'il faut tout planifier d'avance, on perd une partie de ce plaisir.  C'est exactement ce que je ressens alors que je dois terminer La muse récursive: toute la fin du livre est planifiée, il n'y a plus de surprises, seulement du travail, c'est un peu décourageant...  C'est toujours agréable quand l'histoire ne prend pas tout à fait la direction prévue.  Je suis un peu inconscient: quand je ne sais pas ce qui m'attend, je suis toujours prêt à m'embarquer dans des projets débiles, par exemple: une bande dessinée de 300 pages dont je ne connais pas la fin.  Mais quand je calcule trop, je vois les difficultés s'accumuler et ça me décourage!

 

 

Qu'est-ce que tu penses de la production actuelle de bande dessinée  Québécoise ?

 

Honnêtement, j'ai du rattrapage à faire, mais je suis assez content  de ce que publient nos éditeurs "alternatifs" montréalais: mécanique  générale et la pastèque en tête.  Ces deux éditeurs ont réussi à bien  établir leur créneau respectif, et je crois que l'arrivée des  éditions fichtre pourrait permettre l'expression d'une troisième voie  parallèle à celles-ci.  Entre autres, je suis particulièrement fier  de faire partie de "plan cartésien" car c'est un des rares collectifs  dont j'aime quasiment toutes les histoires!

 

C'est un goût personnel mais je suis assez content qu'il se fasse  autre chose au Québec que du franco-belge classique ou de la bande  dessinée strictement humoristique.  La pluralité des styles au Québec  est impressionnante et revigorante, surtout qu'il y a quand même moyen  de bâtir des ponts entre ces styles.  J'aimerais bien par exemple  faire un jour une bande dessinée avec un auteur au style complètement  opposé au mien.  Sinon, je l'ai dit, je suis un fan de Luc Giard, de  Sébastien Trahan, de toutes ces "pattes" personnelles qu'il faut  prendre le temps de décoder pour en apprécier la richesse.  Le fait  que ces auteurs puissent publier des livres au Québec en 2006 est un  signe de la vitalité mais aussi de l'intelligence de l'édition locale.

 

 

Quelles ont les lectures que tu pourrais nous conseiller en  attendant « la muse récursive » ?

 

Lisez "plan cartésien"!  ou bien lisez un bon Tezuka des années 1970  (par exemple "kirihito").  ou bien n'importe quoi de l'irremplaçable  Jean-Claude Forest ("la jonque fantôme, vue de l'orchestre").  Ou  bien lisez mon blogue.  ha!

 

 

Quelle est la question que tu souhaiterais qu’on te pose en entrevue et qu’y répondrais tu ?

 

Je ne sais pas, peut-être quelque chose sur l'existence d'un alter ego dans Krazy Kat, ou bien sur ma théorie du dessin (en cours).  Mais ça, ça prendrait une autre entrevue parce que je suis épouvantablement bavard quand on me lance sur des sujets qui m'allument!

 

 

Nous te souhaitons une bonne réussite pour « La Muse récursive » et tes autres projets, et nous vous invitons à aller sur le blogue de David Turgeon pour d’autres informations et découvertes : http://www.davidturgeon.net/ et pour ceux que la musique électronique intéressent : http://www.notype.com/.

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 01:00

Publiée le 21-06-2006

 

 

 

Fichtre, libraire spécialisé dans la bande dessinée, va maintenant se lancer dans l’édition, avec pour commencer « La Muse Récursive » de David Turgeon. Pour en savoir plus sur les intentions de cette nouvelle maison d’édition, Bedeka.org a demandé à Yves Millet, qui s’en occupe, de prendre un peu de son temps pour nous en parler, ce qu’il a gentiment accepté de faire.

 

 

Vous vous occupez d’une librairie spécialisée dans la bande dessinée, bien connue des amateurs, et vous vous lancez maintenant dans l’édition. Pourquoi ?

 

Je ne me lance pas dans l’édition, j’y suis depuis 1980 avec les éditions du Phylactère et la revue Cocktail (6 # parus). Puis, c’est Tchiize, fanzine et revue en 1985 et le début de la publication d’albums en 1987. J’ai bien publié au moins une vingtaine d’albums avec Phylactères. À l’ouverture de la librairie, il y a 10 ans, je démarre Zone convective et je joint les rangs des éd. les 400 coups quelques années plus tard. Aujourd’hui, si on veut c’est une suite à tout cela.

La librairie existe depuis 10 ans. J’ai le goût de développer de nouvelles activités liées à la librairie. Les projets d’édition en sont une.

 

 

Qu’est-ce qui vous a attiré vers la bande dessinée ?

 

L’image. Et une image qui raconte ça me plais beaucoup.

J’aime le dessin, la peinture, la sérigraphie…et le principe du tirage me plais aussi beaucoup. Mettre à la disposition du public une œuvre en assez d’exemplaires pour la rendre accessible au plus grand nombre de gens possible. Finalement, ça donne un livre en images qui raconte une histoire.

 

 

Quel vont être vos critères de choix au niveau éditorial ?

 

D’abord, des auteurs québécois. Ensuite, je n’ai pas de limite à part ce qui me plait. Il y aura 2 collections différentes Fichtre ! et Tchiize. Dans la première on devra retrouver des ouvrages plutôt d’exploration et dans la seconde des ouvrages plutôt du genre Franco-Belge et réaliste. De toute façon, rien n’est coulé dans le béton et tout peut évoluer.

Il y aura aussi des projets spéciaux, comme des éditions cartonnées d’ouvrages à tirage limité.

 

 

Comment allez vous vous différentier des éditeurs actuels (La pastèque, Mécanique Générale…) ?

Chacun fait ce qu’il a faire et chacun le fait différemment.

 

 

Qu’est-ce que vous pensez de la production de bande dessinée au Québec ?

 

J’ai toujours eu beaucoup d’intérêt pour la BD québécoise. Elle varie beaucoup en fonction des ouvertures, des possibilités de publication. Plus la possibilité de se faire publier existe, plus il y a d’effervescence et de créations diversifiées.

 

 

Comment voyez vous l’avenir de la bande dessinée Québécoise ?

 

Aucune idée. Elle avance, plusieurs personnes travaillent très fort pour la faire se développer. Mais où elle ira ?? La tendance, je crois, c’est plutôt d’être mondial et en même temps capable d’afficher ses couleurs locales.

Quand on regarde en arrière et que l’on voit les visions de l’avenir que l’on projetait, on se reconnaît rarement.

 

 

Qu’est-ce que vous pensez de la nouvelle que l’éditeur européen Glénat songe a s’installer au Québec ?

 

Je n’ai pas eu l’occasion d’en discuter avec M. Glénat. Mais ce ne serait pas le premier éditeur à le faire.

 

 

Quels sont vos « coups de cœurs » ?

 

J’aime particulièrement le travail des auteurs et des éditeurs qui sont en marge des courants commerciaux. J’aime l’exploration et la diversité.

 

 

En tant qu’amateur, commerçant et maintenant éditeur de bande dessinée, quels sont les conseils que vous pourriez donner aux jeunes talents qui souhaitent se lancer dans ce domaine ?

Pas de conseil à donner. Comme cela, c’est une question trop large. Il y a tellement de domaine différents en BD comme dans tous les domaines en art.  Il y donc des réponses différentes à donner à chacun en fonction de ce qu’il veut faire.

 

 

Bedeka.org vous remercie du temps que vous nous avez consacré, et nous souhaitons longue vie, et beaucoup « d’enfants » aux Éditions Fichtre. Pour plus d’information :  http://www.fichtre.qc.ca/index.asp

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 23-05-2006

 

 

 

 

 

L

es Editions Mécanique Générales fêtent cette année leur cinquième anniversaire. Bedeka.org à demandé à Jimmy Beaulieu, Directeur de collection et auteur, de partager avec nous son expérience et ses opinions de la bande dessinée en général, et québécoise en particulier.

Pourriez vous nous rappeler la genèse des éditions Mécanique Générale ?

 

Le logo mécanique générale est apparu pour la première fois sur la seconde édition de "Quelques pelures", en septembre 2000, si je me souviens bien. Je ne voulais pas créer ma propre maison d'édition, mais La pastèque n'en voulait pas tel quel, j'étais trop impatient pour l'envoyer en France, et je n'avais aucune envie d'y changer quoi que ce soit. J'ai donc mis ce logo sur le livre alors qu'il était déjà à l'imprimerie, et que le lancement arrivait à grands pas. Je ne pensais pas, alors, donner suite à ce projet éditorial. Puis, en janvier 2001, Leif Tande et Sébastien Trahan me tannaient les oreilles avec le festival d'Angoulême. ils voulaient que j'y aille avec eux, à nos frais (c'est le seul voyage que je me suis payé à vie). J'ai fini par dire : "D'accord, mais on fait un nouveau livre pour pouvoir montrer ce qu'on fait aux français." On a demandé à PhlppGrrd, alors inséparable comparse de Leif dans l'aventure "Tabasko", et à mes deux mentors : Benoît Joly et Luc Giard, de participer au projet. Deux semaines plus tard, "Avons-nous les bons pneus ?" existait. Il est amusant de souligner que c'est à cette date, le 22 janvier 2001, que ma copine et moi avons débuté notre relation. Quand on a vu le résultat de "Avons-nous les bons pneus ?", fait instinctivement, on a trouvé qu'on avait des styles complémentaires, qui créaient une cohérence. Alors on a eu envie de continuer à travailler ensemble.



 

Les éditions mécanique générale sont devenues un incontournable dans la production Québécoise. A quoi attribuez vous ce fait ?

 

Je suis heureux de l'entendre. Peut-être par la régularité et la qualité de nos publications. Par notre cohérence de ton. Par les sujets qu'on aborde. Qui sait. Peut-être parce que c'est pas de la marde, ce qu'on fait, finalement.

 

 

J’ai entendu des commentaires vous comparant à ce que fait « l’association » en France. Q’est-ce que vous en pensez ?

Houlà ! J’aime beaucoup ce qu’ils font, mais notre projet est assez différent. Nous ne sommes pas trash aux mêmes endroits, et pas littéraires aux mêmes endroits non plus. On n’a pas les mêmes pudeurs. Je ne voudrais pas qu’on fasse banalement partie des hordes de copieurs de l’asso. Nos anciennes couvertures et la régularité de nos formats favorisaient ce rapprochement, et le fait que nous sommes 6 fondateurs aussi… Mais on souhaiterait se démarquer le plus franchement possible dans l’avenir. Ne serait-ce que pour ne pas avoir l’air de suiveux. Et malgré qu’ils soient une marche d’une importante capitale dans l’évolution des choses, je refuse d’admettre qu’ils aient tout inventé.

 

 

Vous fêtez cette années vos 5 ans d'existence. Que retenez vous de ces 5 ans ?

 

Qu'il n'est pas nécessairement sot d'être optimiste à propos de la bande dessinée d'auteur au Québec. Et j'entends bien continuer à faire partie de ceux et celles qui en font la preuve.

 

 

Qu’est-ce que vous entendez par « bande dessinée d’auteur » et pensez vous vraiment qu’elle soit si différente ?


Bof. Je ne sais pas si ça signifie quelque chose, à part que c’est une bande dessinée qui n’est pas faite pour un public, ou encore pire, pour un marché. Et qu’il y a absence de « genre ». Mais il ne faut pas qu’on pense que je dis BD d’auteur = bons/ BD de genre = méchants. Je pense qu’au Québec on a davantage développé la bande dessinée « d’auteur » parce que les auteurs québécois qui peuvent bien faire le genre le font en publiant ailleurs. Et il y a si peu de perspectives mercantiles pour la bande dessinée, ici, que ça ne donne pas grand chose de faire la pute. Alors on se concentre les projets qu’on a le plus à cœur. Les projets qu’on a pas le choix de faire avant de mourir (ce qui peut aussi bien être un projet de science fiction, mais c’est plus rare, manifestement).

 

 

Qu'est-ce qui régie votre politique éditoriale ?

 

Mes envies obsessionnelles de faire exister des bons livres, empreints d'urgence, d'inventivité et de fraîcheur. Dans certains cas, je pense que personne d'autre n'aurait pu bien les faire, pour des raisons de chevauchement des rôles d'éditeur/auteur/traducteur. Je pense aux livres de Luc Giard, notamment. Et pour les collectifs, j'ai également fait de la traduction et du lettrage.



 

Vous êtes allé à Angoulême cette année. Que vous a apporté cette expérience ?

 

C'était la sixième fois que j'y allais, en plus d'avoir habité là-bas pendant 8 mois en 2004. mais c'était la première fois que j'étais invité par le festival, cette année. Il n'y a que 3% de ce festival qui m'intéresse, mais ce 3% vaut LARGEMENT la peine de se déplacer. C'est vraiment stimulant de voir des gens de partout dans le monde qui ont des projets similaires au nôtre. Des Finlandais, des Autrichiens, des Marocains, des Coréens... et c'est tout simplement très chouette de retrouver les amis qu'on s'est fait lors des autres festivals. Sur le plan plus pro, je pense que ce festival est un incontournable. Et y aller une seule fois ne donne pas nécessairement grand chose. Il faut y retourner. Durer.

 

 

Quel a été l’accueil du public en général face a vos productions ?

 

Très chaleureux. Je pensais avoir à me battre avec beaucoup plus d’hardiesse pour faire passer notre projet. Pis là… quess’tu veux… Ça a l’air que ça pogne.

 

 

En terme de retombées, est-ce qu’il y en a eu (ou en aura) pour Mécanique Générale ?


Tu parles de quel genre de retombées ? Économiques ? Oui, je pense que c’est envisageable. Ça dépend de l’échelle. Si on pense qu’on va s’acheter des bateaux avec nos droits d’auteurs, on a encore du chemin à faire. Des retombées de « stardom » ? J’y compte bien. Mes lunettes fumées sont achetées, toutt’…

 

 

Qu'est-ce qui vous motive dans la bande dessinée actuelle ?

 

Tout ce qui n'a pas encore été fait, et qu'il reste à faire.

 

 

Pensez vous que ça soit vaste ?

Oui. Bien sûr. En 100 ans, la bande dessinée a pas mal tourné autour des mêmes approches. Je ne parle pas de Georges Herrimann, Crumb, Fred, Benoît Joly ou Forest, mais la très grande majorité s’est contenté de ressasser ce qui avait déjà été fait. En poussant un peu plus loin, des fois, certains aspects, timidement… Depuis 15 ans, de plus en plus de portes s’ouvrent. C’est devenu plus valorisé de ne pas faire comme les autres. Et j’espère que notre génération va défricher un maximum de terrain de son vivant.

 

 

Vous publiez autant des collectifs que des albums d'auteurs, comment choisissez vous les thèmes des albums collectifs ?

 

Les thèmes des collectifs nous tombent toujours dessus par hasard. J'aimerais refaire un projet comme "Le pitcheur", un jour, des feux croisés sur un sujet précis sur lequel travaillerait l'équipe originale de l'écurie mécanique générale. Je sais pas, c'est drôle, les collectifs. C'est à la fois hyper-intéressant et hyper-vain.

 

 

Pourquoi « vain », c’est un exercice intéressant pour le lecteur en tous cas ?

Hmmm… le libraire d’expérience que je suis a entendu pas mal de tirades contre les collectifs. Ça m’a découragé, à la longue. Peut-être y a-t-il des lecteurs plus ouverts à ce genre d’initiative aujourd’hui qu’il y a cinq ans. En tout cas, je suis étonné de la réception de « Plan cartésien ». Fort agréablement surpris.

 

 

En parlant de collectif, vous avez participé à un collectif sur le train sorti par les Éditions Ouest-France. Comment est venu ce projet ?

 

L’auteur français Étienne Davodeau m’a écrit pour m’inviter à participer. Au début, j’hésitais parce que le train n’est pas trop dans nos mœurs québécoises, et j’avais peur de la couleur. Mais ma première réticence est devenue mon sujet, et ma seconde m’a ouvert des portes sur une facette que je n’avais pas encore assez explorée, et que je suis impatient de pousser plus loin (je parle de la couleur). De plus, j’aime le travail d’Étienne Davodeau, et je suis honoré d’être publié auprès d’auteurs comme Bibeur Lu et Daphné Collignon (que nous avons aussi publié, dans « Terriens »). Et puis bon c’était payé. J’ai pas l’habitude !

 

 

Est-ce que ce projet pourrait être un prélude à des collaborations de Mécanique Générale avec des auteurs ou éditeurs français ?

 

Il y a déjà des auteurs français plein « Terriens ». Nous avons co-édité « La cage » avec la maison d’édition de Benoît Peeters : « Les impressions nouvelles ». Nous avons publié un livre d’Edmond Baudoin : « Véro », et « Plan cartésien » contient quelques Français plus ou moins Québécois. À l’inverse, PhlppGrrd, Leif Tande et moi avons publié en France par le passé. Publier en France n’est pas vraiment un de mes buts (à part pour « Projet domiciliaire »), mais il va bien falloir le faire un jour, ne serait-ce que pour attirer l’attention des François sur nos ouvrages (la plupart de ceux-ci sont distribués là-bas).

 

 

Que pensez vous de la bande dessinée Québécoise ?

 

Qu'elle vit peut-être une de ses plus belles périodes. Tout semble ouvert, pour l'instant. Remarquez, c'est vrai que mes attentes sont modestes, et que le succès qui me réjouit tant serait perçu comme un cuisant échec par les Michel Brûlé de ce monde, mais je pense qu'on est sur une sucrée de bonne lancée. Les auteurs établis évoluent très rapidement, et il y a des nouveaux auteurs superpuissants qui poppent de partout, et ils savent écrire, les ti-torrieux ! C'est super ! En plus, l'internet fait qu'on communique ensemble plus que jamais. (j'utilise le masculin pour alléger, mais ça inclut les filles, bien entendu).

 

 

Quels sont vos plus récents « coups de cœurs » ?

 

Hmmm... ces temps-ci, je lis du super-héros... mais j'ai dernièrement beaucoup aimé "Mon bel amour" de Frédéric Poincelet. J'adore ce que fait Anders Nilsen, mais la surabondance ridicule des petits oiseaux dans le design tendance me tape sur les nerfs. Ça pollue un peu son travail à mes yeux, mais c'est vraiment pas de sa faute. Sinon, "Safari Monseigneur", "L'aventure des opposants", le "Spirou et Fantasio" de Yoann et Vehlman, "Le photographe", "Every girl is the end of the world for me", "Fraise et chocolat" et les "Aubergines" de Kuroda.... J'suis pas mal en retard dans mes lectures. J'ai eu un gros trip Tezuka, récemment. J'ai hâte de lire le nouveau Sébastien Lumineau, le nouveau "Ariol" et le Kerascoët qui s'en vient.



 

Que nous réservent les prochains mois pour Mécanique Générale ?

 

Les meilleurs livres du monde, par Leif Tande, Iris, Pascal Girard, Catherine Genest, David Turgeon, Petr, Robert Marcel Lepage, Sébastien Trahan, Benoît Joly, Éléonore Goldberg, Jules Feiffer, etc. Et la suite de "Ma voisine en maillot" : "Super-pouvoirs". J'avais dit qu'on sortirait un livre par mois, cette année, ben je vais me parjurer un peu parce que ça serait pas un service à rendre à un auteur que de sortir son livre en août, alors que tout le monde s'en fout. Nous allons donc mieux concentrer nos efforts selon les saisons. Mais pour nous faire pardonner, nous allons peut-être faire plus que le 12 livres annoncés en début d'année.

 

Merci beaucoup pour cette entrevue, nous souhaitons encore beaucoup d’autres anniversaires à Mécanique Générale.

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 01:00
Entrevue publiée le 04-06-2006
 
 
Ces derniers mois, deux bandes dessinées d’humour sont apparues au Québec basées sur une trame historique. Celle de Paul Toutant et Loupi (Aventures en Amérique Française) est basée sur une mise en scène d’anecdotes historiques réelles, tandis que Mario Landry et Marcel Levasseur (Laflèche, tome 1) ont créé une œuvre de fiction qui se passe dans le passé du Québec et qui intègre des éléments historiques. 
Cette coïncidence nous a amené à vouloir en savoir plus. Nous avons donc proposé aux auteurs une entrevue afin de connaître leurs intérêts respectifs pour l’histoire, la bande dessinée, et également leurs méthodes de travail. Voici donc une entrevue croisée avec Paul Toutant d’un coté et Mario Landry et Marcel Levasseur de l’autre. Nous leur avons également demandé de réagir à l’actualité récente, c’est à dire les informations diffusées par les médias sur le nouveau programme d’histoire du secondaire. 
 
 
 
 
Pourriez vous nous décrire votre parcours et ce qui vous a amené à la bande dessinée ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Nous sommes arrivés à la bande dessinée par le biais du cinéma. Nous avons co-scénarisé et co-réalisé un moyen métrage au début des années 90 alors que nous complétions chacun une maîtrise en histoire de l'art, volet études cinématographiques, à l'Université de Montréal. L'idée de s'attaquer à un projet de bande dessinée est  d'abord venue du fait que l'un de nous savait plutôt bien dessiner et que l'autre avait envie d'écrire des histoires en pouvant faire fi de toutes contraintes telles que celles rencontrées dans la production cinématographique.
 

Paul Toutant : Jusqu’à ma retraite en août 2005, j’ai été pendant 40 ans chroniqueur culturel au Téléjournal de Radio-Canada., la télévision publique francophone du Canada.  Trois ans avant mon départ, un producteur m’a demandé de scénariser 65 capsules historiques de 3 minutes, L’Amérique française, une série d’émissions animées par Luck Mervil. Celles-ci ont été diffusées à Télé-Québec, TV5 Monde et au Canal Voyages de France. Ces capsules racontent la petite et la Grande Histoire de la création de l’Amérique française. Six historiens de renom, dont Jacques Lacoursière, ont participé au projet. Nos capsules sont donc rigoureusement authentiques.

L’éditeur Art Global, ravi par ces capsules,  m’a demandé d’adapter 30 de mes scénarios pour une bande dessinée en 3 tomes. Le premier tome, illustré par Loupi, est paru en novembre 2005. Le 2e tome est prévu pour novembre prochain. Le dernier tome devrait paraître en coïncidence avec le 400e anniversaire de la fondation de Québec, en 2008.
 
 
Pourquoi avoir choisi la bande dessinée historique ?
 
Paul Toutant : Le choix s’est fait naturellement, comme vous voyez. Art Global et moi croyons qu’il est essentiel de montrer aux jeunes pourquoi il y a une Amérique française, incarnée en Acadie et au Québec. L’enseignement de l’Histoire est devenu tellement négligé que les jeunes ne savent plus d’où ils viennent. Certains croient que Jacques-Cartier n’est qu’un pont...
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Nous avons exploré différentes avenues pour trouver un sujet qui ferait une bonne série de bande dessinée (nous avions, dès le départ, l'intention de faire une série). L'idée de situer notre récit dans un contexte historique s'est rapidement imposée à la lecture de quelques livres d'histoire portant sur la Nouvelle-France. Notre histoire est riche et, à ce niveau, nous n'avons rien à envier à personne. Il nous semblait donc pertinent de créer un héros historique québécois, chose encore rare en BD au Québec.
 
 
Vous utilisez l'humour dans le contexte historique, pourquoi ce choix ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Le choix de faire une BD humoristique était clair dès le départ. Le contexte historique nous est tout de suite apparu comme étant très propice à notre genre d'humour. En fait, certaines anecdotes de la guerre de la conquête nous apparaissaient déjà très drôles en soi. Le mariage s'est fait tout naturellement.
 
Paul Toutant : L’humour est omniprésent car la but de notre bande dessinée est de divertir autant que d’instruire. Sans humour, l’Histoire peut n’être qu’une suite barbante de dates et de noms à retenir. Au contraire, en amusant le lecteur, nous l’intéressons “malgré lui” à un sujet primordial.
 
 
Quelles sont vos sources de documentation sur l'époque que vous décrivez ?
 
Paul Toutant : Comme je l’ai écrit plus haut, six historiens, dont un Amérindien, une Française, un spécialiste des armements historiques, ont travaillé sur les scénarios des capsules historiques. Les historiens ont épluché leur propre documentation, celle des musées et institutions, comme les Relations des Jésuites. Ils ont fouillé les documents personnels des découvreurs, les archives officielles des hommes politiques et religieux, les archives orales amérindiennes, bref, ils ont fait leur travail d’historiens. Ce sont eux qui nous ont donné la matière première des scénarios, le producteur et moi avons choisi les plus télévisuels. Parmi les 65 tournés, j’ai choisi les 30 histoires les mieux adaptées à la bande dessinée.
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Quand une BD traite d'histoire, il est impératif de se référer à plusieurs sources. Nous avons donc étudié quelques livres d'histoire, des ouvrages sur les Indiens d'Amérique, les coureurs des bois, l'histoire militaire de l'époque, etc. Toutefois, notre premier souci n'était pas de décrire l'histoire mais plutôt d'y situer notre récit.
 
 
Comment avez vous choisi l'époque et pourquoi ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : La période couvrant la guerre de la conquête (1754-1760) nous paraissait particulièrement riche en rebondissements de toutes sortes. La guerre entre les Français et les Britanniques, leurs alliances avec les différentes tribus amérindiennes, les luttes territoriales, l'implication des colons. voilà que nous avions trouvé le décor idéal pour faire naître un héros.  Il faut dire que notre but premier était de créer un personnage dont les aventures allaient se dérouler chez nous, dans nos paysages. Bref, un témoin de notre histoire.
 
Paul Toutant : Le choix s’est imposé de lui-même, vu la nature de notre projet.
 
 
Qu'est-ce qui vous a décidé à utiliser la bande dessinée ?
 
Paul Toutant : J’ai trouvé l’attitude de l’éditeur Art Global très inspirante. L’humour nos mes scénarios se traduit très facilement en BD. Cet éditeur spécialisé dans les livres d’art et les “beaux livres” a investi beaucoup dans la présentation fort professionnelle de notre BD. Contrairement à d’autres auteurs de bande dessinée, c’est l’éditeur qui m’a sollicité. J’ai ensuite choisi Loupi pour les illustrations car son style m’apparaît idéal pour ce type de projet. C’est “cartoon”, volontairement “faux-naïf” et très peu “tendance”. Le style pourra surprendre ceux qui ne jurent que par l’uniformité graphique. Notre séjour à Angoulème, en janvier dernier, fut un choc pour nous: tellement de BD se ressemblent, s’imitent et se copient! Notre album se distingue des productions courantes: en ne suivant pas une mode, il est indémodable.
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : La réponse que nous pouvons apporter à cette question est à peu près la même que pour la première question.
 
 
Comment travaillez vous entre scénariste et dessinateur ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur :Une fois le sujet choisi, Mario écrit un premier scénario dialogué. C'est ensuite en collaboration que s'écrivent les versions suivantes.
Le découpage et la mise en pages sont alors faits par Marcel  avec la participation de Mario pour la version définitive.
Les dessins sont réalisés par Marcel. Et les étapes suivantes (de la coloration à l'album final) se font en collaboration.
 
Paul Toutant : J’écris les textes et les scénarios de mes histoires, Loupi s’enferme ensuite dans son monde de dessinateur pour en traduire l’essence. Il me revient avec des suggestions, toujours pertinentes, je revise mon scénario, puis nous envoyons le tout à une historienne travaillant pour l’éditeur: quand j’ai reçu son approbation (il faut toujours être à l’affût des détails, comme le genre de barque utilisée par Champlain...), Loupi colore ses dessins et nous remettons le tout à l’éditeur. Art Global nous donne carte blanche et n’intervient jamais dans le déroulement de nos scénarios. C’est une chance inouïe que nous avons. Une totale liberté de création.
 
 
Vous allez être diffusé en Europe (ce qui est rare pour une bande dessinée éditée au Québec), qu'en attendez vous ?
 

Paul Toutant : La réaction française à notre album est excellente: des jeunes, des adultes, des spécialistes en Histoire, des néophytes l’ont lu et “capotent”. L’Agence France-Presse a rédigé un long papier sur Aventures en Amérique française à Angoulème, malgré que notre album n’était pas encore en librairie à ce moment-là! Dès cet été, l’album sera disponible en France et en Belgique, nous nous croisons les doigts. Il y a tellement d’albums qui paraissent là-bas! Je crois que le caractère unique de notre BD sera un grand atout dans la diffusion. Tu sais, les jeunes Français ignorent à peu près tout de cette époque, comme les jeunes Québécois. Et notre Histoire commune mérite d’être connue.

 
Mario Landry - Marcel Levasseur : À la fois peu et beaucoup.
Nous sommes conscients qu'une percée en Europe exige beaucoup de travail, de temps et surtout de chance. L'occasion que nous avons de s'y pointer le nez dès maintenant, avec notre premier album, suscite chez nous beaucoup d'espoir, mais nous restons réalistes et n'attendons rien d'exceptionnel comme résultat pour le moment. La bande dessinée européenne étant ce qu'elle est, avec son énorme machine promotionnelle, de toute évidence, c'est un peu David contre Goliath.
 
 
Que pensez vous du nouveau programme d'histoire proposé au secondaire qui semble très polémique?
 

Paul Toutant : Sur la question de l'enseignement de l'Histoire "épurée" de ses conflits, je trouve cela catastrophique. Si ce programme devait être appliqué, nous assisterions à une bâtardisation de l'éducation.

Faudra-t-il que les générations futures se rabattent sur notre BD pour apprendre d'où ils viennent?

Je suis scandalisé. J'espère que le tollé qui se fait entendre à ce propos rendra le ministre prudent et que cette mesure sera reléguée aux oubliettes. À propos, qu'est-ce qu'une oubliette? Qui s'en servait et contre qui? À quelle époque?

Cette petite expression deviendra-t-elle incompréhensible aux étudiants de demain? Je frissonne...

 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Il est difficile de se prononcer sans connaître véritablement le programme en question. Mais si, comme ça semble être le cas, il s’agit d’édulcorer l’histoire, de l’aseptiser ou de la simplifier à outrance, alors, cet excès de rectitude politique ne correspond certainement pas à notre conception de ce que devrait être l’apprentissage de l’histoire. 
Dans son roman 1984, George Orwell conçoit un gouvernement qui retire des mots du dictionnaire dans le but d’en faire disparaître le sens et ainsi les éliminer graduellement de la réalité elle-même… 
Espère-t-on, comme dans 1984, occulter la nature conflictuelle de notre pays en faisant disparaître les origines de ce conflit de nos livres d’histoire ? Si telle est la volonté politique derrière ce nouveau programme, il y a de quoi s’inquiéter… Si, au contraire, on souhaite simplifier l’histoire afin qu’elle soit plus accessible aux jeunes…alors c’est raté !
Si les jeunes ne s’intéressent pas à l’histoire, ce n’est certainement pas en raison de sa complexité. C’est peut-être, au contraire, parce que l’histoire est déjà enseignée de façon trop succincte, pour ne pas dire anecdotique. Plus qu’une suite de dates à retenir, l’histoire est un récit qui mérite d’être raconté. 
Et puis, il faut éveiller la curiosité des jeunes, leur esprit critique, leur sens artistique et les inciter à la découverte. Il ne faut pas en faire des consommateurs mais des citoyens. Et ça, ça passe obligatoirement par l’apprentissage de l’histoire. La réalité est complexe ; ayons confiance en la capacité des jeunes à la comprendre. Arrêtons de toujours vouloir tout simplifier. Nous ne parviendrons qu’à infantiliser les gens en agissant ainsi.
Car comment comprendre le présent et préparer l’avenir si on ignore d’où l’on vient ?
 
 
Questions spécifiques aux auteurs : Paul toutant.
 
Comment avez vous choisi  de scénariser des anecdotes historiques plutôt qu’un récit complet ?
 

Paul Toutant :  Le choix des anecdotes a été dicté par la nature même du projet. Certes, nous aurions pu choisir une anecdote et en faire 48 pages, mais...trop c’est trop. De plus, le degré d’attention des jeunes étant ce qu’il est, de courtes histoires passent mieux. Et puis, nous avons tellement de bon matériel, il aurait fallu produire 40 albums !!! L’inconvénient, c’est qu’il faut “faire court” et résumer une histoire en 4 pages. Cela me force, et Loupi, à réaliser des prodiges d’ellipses...

 

 

Comment avez vous choisi les anecdotes que vous avez scénarisé ?

 

Paul Toutant : J’ai choisi, parmi les 65 scénarios de la série télé, les 30 histoires les plus visuelles, les plus drôles et les plus importantes. Le premier épisode, par exemple, raconte Jacques-Cartier plantant sa croix en Gaspésie, et l’épisode s’intitule L’arnaque. Pourquoi? Parce que Cartier omet de dire aux Amérindiens qu’il prend possession du territoire au nom du roi de France, une geste d’une grande “impolitesse” comme dirait Gilles Vigneault. Cet épisode est essentiel pour comprendre pourquoi en 2006 des Amérindiens contestent toujours en Cour Suprême cette prise de possession. Grâce à une BD, les gens comprennent ce que racontent les journaux ! Nos 30 épisodes vont donc aller du début de la colonisation jusqu’après la Conquête par les Britanniques, nous allons de l’Acadie aux Rocheuses, de l’Illinois en Louisiane.

 

 

Que privilégiez vous dans le choix d’une anecdote, l’intérêt historique ou le coté narratif ?

 

Paul Toutant : Les deux. L’un ne va pas sans l’autre. Nos histoires doivent passionner le lecteur mais aussi être ancrées dans une vérité historique indéniable.

 

 

Vous avez intégré des notes historiques à la fin de l’album, était-ce une demande de l’éditeur ou votre idée ?

 

Paul Toutant :  Ces notes historiques sont mon idée. Je me suis dit qu’un lecteur normal aurait envie d’en savoir plus sur ces anecdotes historiques. En écrivant la BD, je ne voulais pas m’encombrer du côté trop sérieux de mes histoires, le punch en aurait souffert. En donnant à la fin le contexte historique de chaque anecdote, le lecteur, un parent, un professeur ou un jeune pourront poursuivre leurs recherches sur Internet à partir de ces données historiques. C’est une historienne chevronnée qui rédige ces notes de fin d’album. L’éditeur a trouvé l’idée excellente.

 

 

Questions spécifiques aux auteurs : Mario Landry et Marcel Levasseur.

 

Vous avez choisi de décrire un récit complet, Pourquoi ce choix et quels en sont les avantages et inconvénients ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Encore une fois, nous voulons faire une série d'aventure, ce qui implique inévitablement un récit complet.
Au niveau des avantages, un récit de 46 pages nous permet de donner un souffle épique et une certaine profondeur à notre série.
Au niveau des inconvénients, le principal est celui de ne pas pouvoir commencer le dessin avant que tout le scénario ne soit complété, que le découpage et le fastidieux travail de mise en page ne soit fait.
 
 
N'avez vous pas peur de voir votre série comparée à Oumpah-Pah, de Goscinny et Uderzo ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Peur? Non!
Nous serons INÉVITABLEMENT comparés à Oumpah-Pah, comme n'importe quel auteur de BD western humoristique serait comparé à Lucky Luke, et ainsi de suite.
Nous serons aussi comparés à Bojoual, Ti-Jean et toute autre BD basée sur à peu près le même contexte historique que la nôtre.
Ceci dit, notre série se démarque d'Oumpah-Pah d'abord par une quarantaine d'années, mais aussi et surtout par sa façon de s'associer à des événements historiques et non seulement à un lieu et une époque.
Nous sommes convaincus que la comparaison finira par s'estomper avec le temps.
 
 
Comment choisissez vous les morceaux d'histoire réelle que vous intégrez au récit, et qu'est-ce qui est prioritaire pour vous, le récit, ou l'histoire ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Pour nous, le récit est prioritaire.
Nous choisissons les « morceaux d'histoire » en fonction de leur richesse, de leur importance historique et de leur potentiel dramatique.
 
 
Pensez vous que votre ouvrage pourrais amener les lecteurs à s'intéresser à l'histoire ?
 
Mario Landry - Marcel Levasseur : Nous osons croire que oui.
En fait, nous espérons que notre série atteindra un double but, soit celui d'intéresser les jeunes (et les moins jeunes) à la lecture et à l'histoire.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Lundi 10 janvier 2011 1 10 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 24-11-2006

 

 

 

A la veille de l'arrivée dans toutes les bonnes librairies de "Is la Blanche", le tome 2 de la série "les Druides", par Istin, Jigourel et Lamontagne, Bedeka.org a contacté le dessinateur, Jacques Lamontagne, pour nous en parler un peu.

 

BDK: “Is la blanche”, le tome 2 de la série “les Druides” est sorti en Europe, après une prépublication dans le magazine “suprême dimension”, et va bientôt arriver ici. Comment est la réception jusqu’à présent ?

 

Jacques Lamontagne: Au moment de cette entrevue, il est encore tôt pour se prononcer sur la réception des lecteurs pour notre deuxième tome car ce dernier n'est sur les tablettes que depuis quelques jours. Par l'intermédiaire de forums spécialisés nous avons tout de même obtenu de très bons commentaires. Les lecteurs qui s'étaient procuré notre premier tome semblent heureux de retrouver les héros de notre histoire et je crois que nous avons également intéressé de nouveaux lecteurs à notre série.

 

 

BDK: Connaissais tu la légende de la ville d’Is avant de faire cet album ?

 

Jacques Lamontagne: Absolument pas! Suite à la lecture du scénario, j'ai fait des recherches sur internet en début de production afin d'en découvrir plus. C'est une légende bretonne fort intéressante et qui n'est pas sans rappeler Atlantide. Tout en se servant de la base de cette légende, mes scénaristes l'ont adaptée afin qu'elle s'insère parfaitement dans notre récit. 

 

 

BDK: As tu trouvé cet album plus facile à réaliser que le premier ?

 

Jacques Lamontagne: Nul doute que le stress qui m'habitait durant la production du premier tome m'avait quitté. Ce qui me permettait de travailler plus à l'aise mais je ne dirais pas que ce fut plus facile. Quelques petits soucis de dessin dans notre premier opus me turlupinaient et j'ai travailler très fort à tenter de les résoudre. Je crois que rien n'est jamais facile lorsque l'on tente de bonifier notre travail. Par contre, il est vrai que je m'étais approprié davantage les personnages.

 

 

BDK: Est-ce qu’on peut s’attendre à quelques activités officielles pour son arrivée ici ?

 

Jacques Lamontagne: Un lancement officiel devrait se faire dans notre vieille capitale. Sans doute encore une fois à l'Imaginaire de Place Laurier. Quant à Montréal, le lancement aura lieu durant la prochaine édition de son salon du livre.

 

 

BDK: Tu as décidé de vendre quelques planches originales, je pensais que tu travaillais à la tablette graphique ?

 

Jacques Lamontagne: 50% de mon travail se fait sur la table à dessin. Donc, tout ce qui concerne le trait, c'est à dire le dessin, est réalisé à la mine de plombs de façon traditionnelle. Seules les couleurs sont faites numériquement sur ordinateur. Il m'est donc possible de vendre ces originaux qui sont réalisés sur des cartons format B4.

 

 

BDK: Sans dévoiler le punch, j’ai vu sur ton blogue que tu avais entamé le tome 3, il va nous amener ou ?

 

Jacques Lamontagne: Bien des choses se dérouleront encore à Is, des secrets seront dévoilés, des réponses données. Désolé, c'est tout ce que je peux dire!

 

 

BDK: Tu as été sans doute le premier à dessiner Amos d’Aragon, Qu’est-ce que ça te fait de voir la série se terminer ?

 

Jacques Lamontagne: J'ai effectivement été le premier à représenter Amos Daragon en image. Que la série soit terminée ne me dérange nullement. Toute chose doit un jour connaître une conclusion et je crois que la décision que Bryan a prise de mettre fin à la série est sage. Il faut savoir passer à autre chose.

 

 

BDK:As tu travaillé avec l’auteur (Bryan Perro) pour que le visage de son héros corresponde à sa vision ?

 

Jacques Lamontagne:  Oui, je crois que je suis arrivé à un résultat qui correspondait à ce que l'auteur avait imaginé à partir de sa description. En même temps, lorsque l'on voit les autres adaptations faite autour du personnage, on se dit que tout cela n'a pas vraiment d'importance. L'essentiel est l'âme du personnage et qu'il respecte l'imaginaire de la série. Chaque artiste qui l'interprète a une vision différente du personnage.

 

Merci beaucoup, nous allons attendre avec impatience l’arrivée de « Is la blanche », et nous invitons tous les amateurs à venir te rencontrer lors des activités de lancement.

 

Site : http://www.jacqueslamontagne.com/

Blogue : http://lamontagne.over-blog.net/

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 19-05-2006

 

 

 

 

 

 

Le Manga est devenu un incontournable de la bande dessinée, qu’on aime ou pas. Le marché et les grands éditeurs européens s’ouvrent à cette bande dessinée d’origine asiatique, qui prends depuis peu un espace tablette bien à lui chez nos distributeurs. Afin d’en savoir plus sur cette tendance, Beeka.org a demandé à Caroline Poissant (Caro-chan) et Joany Dubé-Leblanc (qui s’occupe de la revue de Manga Québécois Yume Dream), toutes les deux dessinatrices de Manga, de bien vouloir nous parler du Manga, de leurs influences, et par la même occasion, de faire voler en éclat quelques stéréotypes sur ce sujet.

 

 

Vous avez décidé de faire du Manga. Pourriez vous d'abord nous expliquer ce qu'est le Manga ?

 

Joany Dubé-Leblanc : Le manga, c'est tout simplement une manière différente d'aborder la BD.  D'ailleurs, pour les japonais, 'manga' représente toutes les formes de BD, il n'y a qu'en occident que le mot a acquis une signification de ''BD de style japonais''.  En gros, techniquement parlant, le manga est caractérisé par un approche visuelle beaucoup plus de type cinéma, des histoires qui tiennent le lecteur constamment en haleine puisqu'il le relance tous les 20 à 30 pages environ et des arcs d'histoire qui s'étendent facilement sur plusieurs centaines, voir milliers de pages.  Le style en général est souvent caractérisé par une attention hors du commun aux détails, beaucoup d'effets visuels, de dynamisme et d'émotion.

 

Caro-chan : Tout d'abord le terme Manga veut dire en japonais "image dérisoire". C'est le mot employé pour désigner les bandes dessinées en général. Ici, c'est plutôt un type de dessin qui a une influence japonaise.

 

 

Comment êtes vous venues à vous intéresser à ce type de bande dessinée ?

 

Caro-chan : Au départ mon style était comme les « Archies ». Cependant, j'écoutais les aventuriers de l'espace, Candy, Cat's Eyes, etc. qui sont tous des dessins animés japonais. Plus tard, je vis l'incontournable Sailor moon. La suite est venue d’elle-même. Je me suis réveillée un jour et j'aimais ça!

 

Joany Dubé-Leblanc : C'est une amie qui, au début de mon secondaire 2, m'a prêté mes premiers manga.  Avant cela, j'étais entièrement dévouée aux romans, j'en lisais facilement 5 par semaine, mais la découverte du manga a tout changé pour moi et a fait naître chez moi un intense besoin de créer et de m'exprimer (en plus de créer une dépendance fort coûteuse monétairement!).  J'ai trouvé dans le manga les histoires qui me passionnaient dans les romans et un style de dessin qui me transporte, le mariage parfait quoi!

 

 

Pourriez vous nous en apprendre un peu plus sur la structure de Yume Dream ?

 

Caro-chan : Yume Dream était au tout début la revue BD du cégep Lionel-Groulx. Il y eut 4 numéros avant que Joany ne quitte le cégep et emporte le nom avec elle. Joany Dubé-Leblanc et Michelle Dubé ont ensuite créé un projet Jeune Volontaire. Le projet a bien marché et nous avons décidé de continuer dans cette voie. À cette époque, j'étais encore au cégep et je ne pouvais y participer. J'ai été artiste invitée et j'ai aidé Joany dans l'ombre avec la Revue. Finalement j'ai mon histoire qui débute dans le numéro 6.

 

Joany Dubé-Leblanc : La revue est composée 'd'épopées', histoires majeures s'étendant sur minimum 20 pages à chaque revues, et prochainement 'd'aventures', histoires plus courtes qui font maximum 6 pages par revue.  Il y a aussi une grande section 'Bonus' à la fin de la revue, composée de dessins surprises, parodies, zoom sur les histoires en cours, dessins des lecteurs, et finalement la section 'Artistes Invités' qui permet à un bédéiste amateur produisant dans le style manga de publier jusqu'à 2 pages de BD pour montrer au monde son talent

 

 

Vous êtes donc trois à supporter Yume Dream. Comment se passe le travail entre vous ?

 

Joany Dubé-Leblanc : Eh bien, tout d'abord, la situation est claire et définie d'avance : Yume Dream est mon bébé, alors je suis ouverte à toute suggestion mais à la fin c'est moi qui ait le dernier mot! ;)  Il n'y a pas de hiérarchie stricte et écrasante, mais il y aura toujours ce rapport d'autorité entre moi et les autres qui est soit accepté et tout le monde travaille dans la joie, soit rejeté et on se quitte en se serrant la main et en se souhaitant bonne chance.  
    Sinon, Michelle a toujours été plus artiste que responsable de la revue, donnant des coups de main à la gestion de temps à autre.  Le contact est plus difficile, Michelle étant située à Québec, et il est certain que cet état des choses a créé quelques problèmes de communication! 
    Caroline, quant à elle, n'est là que depuis peu mais elle s'est révélée être une assistante hors pair, capable de m'aider dans toute une variété d'aspects différents de la création et de la gestion de la revue en plus de préparer une histoire à elle.  Elle débarque chez moi, on se fait un thé et on travaille joyeusement en écoutant de la musique et en se lançant des blagues de temps à autre!

 

Caro-chan : On travaille chacune pour soi ou presque.  On monte nos story-boards, on se donne quelque conseils et on part de notre côté. Joany s’occupe de la mise en page de la revue, du budget et toutes les autres choses qui ont rapport. Dernièrement je me suis retrouvée à tramer les pages de Joany par manque de temps.

 

 

On connais bien les stéréotypes du Manga dans l'esprit des gens, c'est a dire soit violent, soit pour les jeunes enfants, soit pornographique. Pensez vous qu'il soit possible de vaincre ces stéréotypes?

 

Caro-chan : Éventuellement je le crois, oui. Bien que ça soit très difficile. L'interview qu'a réalisée TVA a eu d'énormes effets positifs (malgré les quelques erreurs qu'elle contenait). La sections des mangas devient de plus en plus grande et beaucoup de gens s'en informent, mais il y a des erreurs de jugement de la part des librairies et des parents qui ne prennent pas la peine de vérifier s'il n'y a pas un âge recommandé sur le livre.

 

Joany Dubé-Leblanc : Les stéréotypes, quels qu'ils soient, ont toujours la vie dure.  Les créateurs de manga au Québec paieront longtemps les décisions marketing qui ont amené le marché à être ouvert par de tels titres, mais avec le temps je suis certaine que nous pourront rétablir la vérité.  D'ailleurs, ce n'est pas qu'une question de manga, c'est le monde entier de la BD au Québec qui est affligé de tels stéréotypes!  Petit à petit, une personne à la fois, si chacun y met un peu du sien, je crois qu'on y arrivera.
  Pour ce qui est de la violence et du sexe, les mangas ne sont pas bien pire que ce qu'on peut trouver en farfouillant un peu dans n'importe quel Vidéotron!  Seulement, à cause d'une mauvaise mise en marché, les livres plus matures se ramassent dans les mains de jeunes enfants, d'où la naissance de tels préjugés... (Chobbits dans les mains d'un enfant de 7 ans...  gosh)

 

 

Quelle est la réaction du public quand il apprend qu'on fait du Manga au Québec ?

 

Joany Dubé-Leblanc : Très mitigée! rires  D'abord, il y a ceux qu'on aime bien : leurs yeux s'écarquillent, ils bondissent vers le kiosque en frétillant et repartent les yeux plus brillant qu'une autoroute 'jamée' un soir de semaine! ;)  Ensuite, il y a les gens curieux mais condescendant : ah tiens, ça se fait ça?  Que c'est donc drôle/à la mode/pathétique.  Il y a les puristes aussi, des fans du SACRO-SAINT manga qui ont décrété divinement que le manga ne pourra être fait que par les mains pures d'un être doué des dieux et ayant au moins 50% de sang japonais et la nationalité de naissance. (sarcasme, moi? Jamais!)  Et il y a le commun des mortels : Ah tiens, des dessins chinois?  Bof, m'en fiche.

 

Caro-chan : Certains sont surpris, certains nous encouragent, d'autre nous traitent d'amateurs et disent que nous créons qu'une copie ou du faux-manga car il ne se lit pas de droite à gauche. Selon moi ce ne sont que des préjugés. Nous voulons interpréter le mangas d'une façon québécoise. Il se lit de gauche à droite et ne se passe pas au Japon. Notre but n'est pas de faire du manga japonais mais bien québécois même si le style est oriental.

 

 

Comment choisissez vous les thèmes de ce que vous produisez ?

 

Caro-chan : Cela varie énormément. Cela peut tout simplement partir d'un fait vécu ou d'un mot. J'ai créé dans mes début du cegep une histoire qui s'appelait « congère » tout simplement car je trouvais cela original comme mot. Dans "Sushi est servi" le thème de base est la guerre entre une école public et une école privée. Un fait vécu lors de mon secondaire. Quoique j'ai une forte tendance pour le fantastique humoriste, donc les sujet ne manquent pas.

 

Joany Dubé-Leblanc : Erf, question piège? rires  Je ne sais trop...  pour moi, écrire une histoire, c'est combler un besoin, libérer une émotivité que je ne pourrais pas mettre en mot.  Les thèmes, je les découvrent par après.  Dans la Ryshtahio, par exemple, j'ai réalisé assez tard quand même à quel point les personnages de mon histoire étaient marqués par la discrimination et les préjugés, deux choses que j'ai assez intensément vécu dans ma vie et que j'extériorise dans cette histoire.
Bien sûr, il arrive que j'en choisisse d'avance aussi mais... comment dire?  Ça m'a toujours un peu dérangé cette tendance artistique de vouloir trouver un thème à tout, autopsier une histoire et la ramener à deux trois mots simples, alors je ne suis certes pas douée pour ça.

 

 

Quelles sont vos références ?

 

Joany Dubé-Leblanc : Une de mes inspirations majeure est bien entendu ma grande émotivité.  J'ai toujours intensément ressenti les choses, un volcan en activité a l'air d'une mer d'encre à côté de moi! rires  J'ai aussi une grande passion pour l'épique, les émotions fortes, les moments frappants et je ne me gêne pas pour exploiter la moindre occasion d'en gorger mes histoires!  J'adore les RPGs, les romans et quelques rares séries télé;  quant je lis du Guy Gavriel Kay, écoute des perles comme Stargate ou Firefly où les dialogue sont purement et simplement jouissifs (ah non, le premier qui pense un peu trop croche, je le mord!), lis des perles de BD comme Death Note ou Skydoll ou encore écoute de la musique juste trop écoeurante comme 'Best of You' des Foo Fighters, je suis folle comme un balai, j'ai seulement envie de me jeter sur ma table à dessin ou mon ordi et de créer en pensant 'Je veux être aussi bonne que ça, toucher les gens autant que ça!'.

 

 

Peut on vivre du Manga au Québec aujourd'hui ?

 

Caro-chan : Non, malheureusement. La revue se paye d'elle même entre chaque numéro, mais c’est a peu près tout. Nous sommes obligé d'avoir des emplois autres que dessinateurs. Ce qui crée quelquefois des délais entre la sortie des numéros.

 

Joany Dubé-Leblanc : Faudrait peut-être commencer par vivre de la BD, non? rires  Peu importe le genre, il n'y a pas grand bédéistes au Québec qui peuvent se vanter de vivre de leur art.  On a pas spécialement de traitement de faveur, mon portefeuille peut en témoigner! rires 

 

 

Pensez vous que le Manga concurrence les autres types de bande dessinées, comme certain l’affirment ?

 

Joany Dubé-Leblanc : Oui et non.  Oui dans le sens où le manga offre aux gens des types d'histoires qu'on ne peut pas tellement trouver ailleurs.  Il n'y a vraiment que les japonais pour faire une BD sur le Go, par exemple! ;)  Pourtant, ça fonctionne très bien, et ça a permis aux jeunes générations d'aujourd'hui de découvrir un jeu d'une richesse incroyable facilement capable de reléguer les échecs au second rang du jeu de stratégie par excellence!  Ou encore, la BD occidentale en général semble avoir abandonné les filles comme public, alors que les mangas regorgent d'histoires contemporaines, fantastiques ou futuristes où chaque fille y trouve son goût, peu importe son âge.

  Non, le manga ne 'concurrence' pas la BD dans le sens ou -c'est- tout simplement de la BD!  Ils jouissent présentement d'une énorme vague de mode, c'est certain, le monde découvre la BD et grâce au manga qui a su bien vieillir avec son public sans délaisser les jeunes et surtout les adolescent, plusieurs générations de jeunes des dernières années ont grandi avec le manga et découvrent par la suite tout l'univers riche de la BD.  Mais je crois que loin de concurrencer avec les autres styles, le manga se stabilisera à égalité avec eux et , suite à son énorme popularité, servira de porte vers l'univers vaste et riche de la BD en général pour les millions de gens qui en sont tombés amoureux.

Personnellement, il n'y a qu'après avoir découvert le manga que j'ai commencé à m'intéresser à la BD et à en acheter.  J'apprécie aujourd'hui bien des choses que j'ignorais purement et simplement auparavant.

 

Caro-chan : Personnellement non. Je ne crois pas qu’il y ait de concurrence entre les bandes dessinées. Je pense simplement que c’est qu’une question de goût.

 

 

Pourriez vous donner quelques conseils de lecture a quelqu'un qui voudrait aujourd'hui découvrir le monde du Manga ?

 

Joany Dubé-Leblanc : Eh bien, pour l'instant, tout ce que je peux dire c'est 'Écrivez-moi!' rires  Souvent, je demande aux gens quels sont leurs films préférés pour les diriger vers des séries qui sauront presque assurément leur plaire.  Je songe de plus en plus sérieusement à monter un Wikirépertoire des séries que je conseille!
    Mais bon, sinon, cherchez auprès de vos amis s'il n'y en aurait pas parmi eux qui pourraient vous prêter quelques livres.  Quand on n'y connaît rien, c'est assez décourageant de se retrouver seul devant la section manga  et d'acheter un livre à l'aveuglette qui risque de peut-être nous déplaire!  Allez dans les librairies, bouquinez, notez des titres et aller voir sur Internet ce que les gens en pensent en général.
    Si ce qui est 'populaire' et commercial vous rebute totalement, de grâce, ne sautez pas sur les titres les plus populaires!  Naruto, Yugi Oh et compagnie sont dessinés pour des ados de 12-14 ans, il ne faudrait pas perdre ça de vue! ;)  Battle Royal est renommé pour sa violence et son étude souvent trop poussée des tendances psychotiques humaines, à éviter si la violence vous rebute!  Des séries telles que Chiralty sont dessinées par des artistes qui se sont fait connaître grâce à la pornographie...  ne vous étonnez pas si l'héroïne se retrouve régulièrement complètement à poil!
   Un peu de recherche sur les forums de discussion, un feuilletage responsable des livres qui vous intéresse et un petit brin d'audace devraient vous assurer une très agréable lecture!  Oh, le sens de lecture originel des japonais est assez déroutant au début, mais on s'y habitue plus vite qu'on ne le pense et les éditeurs incluent souvent un tutorial simple mais clair de la marche à suivre.
   Un blitz rapide de séries que je recommande (mes goûts personnels sont très variés, vous êtes avertis!) : Death Note, Monster!, Rurouni Kenshin, D.Gray-man, Nana, Angel Sanctuary, Gantz (18+, violence), Full Metal Alchemist, Hot Gimmick, +Anima (cuteness attack!
XD), Gunmm, Ayashi no Ceres, Chrono Crusade, X (par CLAMP), Hikaru no Go, Peach Girl...

 

Caro-chan : Tout d'abord savoir ce que l'on aime. Si on préfère les histoires d'école, des batailles, de robots, science fictions... Une fois classée, la liste est beaucoup plus petite et on peut mieux s'orienter. Aussi, maintenant il y a le type sur le coté des mangas. Shojo est orienté pour les filles et Shonen pour les garçons.

 

Que veux tu dire par « orienté » filles ou garçons ?

 

Caro-chan : Un livre orienté pour fille sera dans les thèmes de l’amour, des pouvoirs magiques et fantastiques. Pour garçon il y aura généralement beaucoup de baston. Un garçon peu lire un shojo et vice-versa, cependant, si comme premier livre il se retrouve avec un triangle amour et plein de fleur partout alors qu’il veut de l’action, il risque d’être un peu déçu.

 

 

Il y a comme projet de sortir un Spirou en version Manga. Qu’en pensez vous ?

 

Joany Dubé-Leblanc : O_o;;;....   ....................  Je ne témoignerai de mon découragement face à ce projet qu'en présence de mon avocat? ¬_¬*  Non mais sérieusement...  Spirou, c'est Spirou, c'est a peu près aussi génialissime comme idée que de faire les manga de Star Wars ¬.¬;  (qui sont très mauvais, en passant)  C'est à mon avis un coup purement marketing et commercial et j'ai bien peur que le résultat ne soit pas fort fort...

 

Caro-chan : Ça serait intéressant comme projet à condition qu’ils respectent les règles. Un manga ne se crée pas et ne se lit pas de la même façon qu’une b.d. européenne. S’ils engagent quelqu’un qui s’y connaît bien dans le domaine, et qui comprend les principe tout ira bien.  Ça se voit au premier coup d’œil si ce n’est qu’un coup marketing.

 

 

Quels sont vos derniers coup de coeurs ?

 

Caro-chan : Il y a tout d'abord "Death note" qui explique l'histoire de Light, un garçon très intelligent qui se retrouve avec le pouvoir de tuer rien qu'en écrivant le nom d'une personne. Cependant, il veut créer un monde sans crime dont il est le roi. Le niveau de lecture est assez complexe et comparable à celui du compte de Monte Christo. Mon deuxième coup de coeur est "XXXholic". C'est l'histoire d'un garçon hanté par des esprits. Rien de sexuel, le titre porte souvent à confusion. Mon dernière est "Le secret du Cactus". Histoire typique pour fille qui montre l'évolution d'une fille et son amour pour un garçon plus que lunatique qui la traite de cactus alien.

 

Joany Dubé-Leblanc : Death Note, un excellent manga qui m'a totalement rendue accro!  En gros, le livre traite à fond cette simple hypothèse : et si un humain banal et tout à fait normal se retrouvait soudainement avec le pouvoir absolu de décider de la vie et de la mort d'autrui?  Light, qui trouve un livre des dieux de la mort permettant de tuer un humain simplement en y écrivant son nom, décide de purger la race humaine du mal qui la ronge...  C'est une escalade constante de tension et de prouesses mentales de la part de Light et de L, le détective hors du commun qui a juré de l'arrêter...
    D.Gray-Man, un manga aux tendances gothique qui traite de la bataille constante des Exorcistes contre les Akuma (démon en japonais), créatures créées artificiellement par le comte du Millénaire qui s'est juré de détruire la race humaine...  Bon, dit comme ça, ça ne fait pas très révolutionnaire comme titre lol  Mais Hoshino-sensei réussit à donner une saveur toute particulière à cette histoire (majoritairement fait d'action) en plus d'être une des quand même assez rares bédéistEs à écrire pour le très renommé Shônen Jump, magasine de publication de mangas pour gars adolescents.
   Le tout dernier roman de Guy Gavriel Kay, 'Le Dernier rayon de soleil', m'a totalement ébloui notamment grâce à l'habituel talent incomparable de Kay à établir une atmosphère palpable et puissante en à peine quelques mots en plus de révolutionner (à mon humble, humble avis ;) ) l'approche traditionnelle des figurants et personnages secondaire, assez déroutant au début mais tellement agréable à lire une fois qu'on s'y est habitué!
   Mertownville a été une très agréable découverte au Salon du Livre! Je suis plus que friande des perles scénaristiques et celles que l'on trouve dans les dialogue, et il y en a en masse dans cette BD!  J'ai bien hâte au volume 3 (merci Caro de me les prêter!) 
  
Final Fantasy : Advent Children. 
Ça a été pour moi une excellente conclusion au jeu qui m'a le plus marqué à vie : Final Fantasy 7.  J'ai adoré le film, et le court dessin animé spécial Last Order a été plus qu'apprécié aussi!
   Shadow of The Colossus : Un seul mot : Brillant.  C'est un jeu tellement fantastique qu'il en est quasiment irréel, on est plongé au coeur de ce monde étrange, étranger, à un tel point qu'on établi avec le personnage principal un lien et un sentiment d'identification très rarement atteint dans la plupart des jeux.  Les paysages sont splendides, la musique, on ne s'en lasse pas tellement elle est merveilleuse, l'atmosphère soigneusement travaillée nous serre le coeur tout au long du jeu et les Colossi... les Colossi!!  Après ces batailles, plus aucun 'boss' dans un jeu ne vous fait peur, je peux vous le garantir! rires

 

 

Encore merci à vous deux pour avoir accepté de vous prêter à cette séance de questions.

 

Pour plus d’information, n’hésitez pas à consulter le site internet de Yume Dream : http://www.yumedream.com/

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Samedi 8 janvier 2011 6 08 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 15-05-2006

 

 

 

 

Le 19ème Festival de la Bande dessinée Francophone de Québec s’est terminé récemment. Bedeka.org à demandé à Thomas-Louis Coté, organisateur de ce festival, de nous tracer un bilan de cet événement désormais incontournable de la Bande dessinée Québécoise et internationale.

 

 

C'était cette année le 19e Festival de la Bande Dessinée Francophone de Québec. Quel est votre bilan de cette édition ?

 

Comme les commentaires que j’ai eus jusqu’à maintenant sont dans l’ensemble très positifs, il est difficile de ne pas être content de l’événement que nous avons réussi à présenter cette année. Je pense que cette 19e édition fut un véritable succès. L’achalandage a été très bon, l’intérêt que les gens ont porté à nos activités était excellent et les médias ont bien couvert l’événement. Il ne faut surtout pas oublier le nombre d’auteurs qui sont passés, soit en tant qu’invité ou simplement pour venir faire un tour. Nous sommes très enthousiasmes de la réponse que nous avons eu suite à tous les changements que nous avons apportés à l’événement. C’est très stimulant pour l’équipe et ça nous encourage à se dépasser pour les prochaines éditions, surtout avec notre 20e anniversaire en 2007 et le 400e de Québec en 2008.

 

 

Pourriez-vous nous retracer l'évolution du festival depuis ses débuts ?

 

Le Festival de la bande dessinée francophone de Québec (FBDFQ) est né en 1988, de l'initiative de feu monsieur Réal Fillion, un collectionneur et fin connaisseur en la matière. Monsieur Fillion s'est alors associé à Place Fleurs-de-Lys afin de donner à son événement une tribune grand public. D'un humble événement regroupant une dizaine d'auteurs et quelques activités parallèles, le FBDFQ est devenu un événement qui a accueilli cette année plus de 40 auteurs professionnels et de nombreux auteurs de la relève.

 

Au fil des ans, le FBDFQ a permis de rencontrer des dizaines de grands noms de la bande dessinée européenne tels que Gotlib, Roba, Mézières, Greg, Moebius, Loisel, Tibet et Guarnido.  De plus en plus, l’événement cherche à faire une place de choix aux auteurs québécois. Cette année, ils étaient plus de 35 à venir faire leur tour. Certains, comme Line Arsenault, Leif Tande, André-Philippe Côté, Michel Rabagliati et Jimmy Beaulieu, sont des habitués de l’événement, mais plusieurs en étaient cette année à leur première visite. Soulignons à cet effet Pascal Blanchet, Jacques Lamontagne et Michel Falardeau, entre autres.

 

Plusieurs expositions québécoises et internationales de qualité ont été présentées depuis la création du FBDFQ. Elles ont eu lieu dans des endroits très diversifiés dont les centres commerciaux, le Musée de la Civilisation, l'Hôtel de Ville de Québec, la Bibliothèque Gabrielle Roy, la Galerie Rouje et l’Observatoire de la Capitale. Les gens ont pu y admirer des planches originales, des tirages de tête, des pièces en faïence, des photos originales, etc.

 

De plus, un volet animation s'est développé au fil des ans pour démystifier le 9e art et assurer une interactivité entre le public et les auteurs. Animations théâtrales, ateliers de création, tables rondes, rencontres d’auteurs, dessin en direct et remise des Bédéis Causa ont permis aux gens de Québec de découvrir les différentes facettes de la bande dessinée.

 

Aussi, depuis ces débuts, le FBDFQ a établi des liens avec certains organismes européens et reçu plusieurs délégations. Des projets ont entre autres été réalisés avec le Quai des Bulles à Saint-Malo et le Centre National de la bande dessinée et de l’image d’Angoulème.

 

Récemment, après avoir présenté son événement pendant plusieurs années dans des centres commerciaux de Québec,  (13 ans à Place Fleur-de-Lys et 4 ans à Place Laurier), le FBDFQ a réalisé une transition importante de ses activités vers le Salon international du livre de Québec (SILQ). Ce changement majeur a permis de donner un nouveau souffle à l’événement et à rapprocher les auteurs et les éditeurs d’un public bibliophile. Il est important de noter que Place Laurier reste un partenaire fidèle à l’événement malgré ce déménagement et permet la présentation de plusieurs activités d’animation.

 

 

Comment se passe votre association avec le Salon du livre ?

 

Pour cette deuxième année, je peux vous dire que notre relation s’est grandement stabilisée. L’organisation du SILQ et le FBDFQ sont bien heureux de cette association et bénéficient des initiatives de chacun.

 

Il est certain qu’il y a eu une période d’acclimatation afin de trouver notre place à l’intérieur de cet événement très bien rôdé.  Je crois que l’expérience acquise au cours des deux dernières années nous permettra de se développer positivement dans cette grande fête du livre et de mieux s’établir en tant qu’événement autonome.

 

 

Certains éditeurs de BD avaient leurs kiosques loin de ceux du Festival, je  pense en particulier à La Pastèque, pourriez-vous nous dire pourquoi ?

 

Comme les distributeurs (et donc les grands éditeurs) ont déjà leurs kiosques au SILQ, il est difficile pour nous de les solliciter pour qu’ils aient également une présence dans notre espace. Ce serait certainement intéressant d’avoir un stand Dupuis, Soleil ou Delcourt, mais il faudrait que la demande, et surtout les ventes, justifient cet investissement. Il faut savoir que les stands au SILQ, comme dans tous les événements du genre, ne sont vraiment pas donnés. Nous avons cependant établi un compromis en ayant certains produits des grandes maisons aux stands de la boutique l’Imaginaire. Il faut également comprendre que les kiosques des distributeurs partenaires présents au SILQ sont considérés comme faisant aussi partie de notre événement.

 

Dans le cas de la Pastèque, leur emplacement est dû à leur récente association de distribution avec Flammarion. Ils étaient avec nous l’an dernier. Il n’est pas exclus qu’ils soient de retour avec nous éventuellement, qui sait.

 

 

Qu'est-ce que vous pensez de l'évolution de la bande dessinée Québécoise ?

 

Il est difficile de ne pas constater l’effervescence actuelle du milieu. C’est incroyable de voir le nombre de nouveaux auteurs qui font leur apparition et la qualité de ce qui est produit ici. Je suis loin d’être un expert dans l’histoire du 9e art québécois, mais j’ai l’impression que notre bande dessinée n’a jamais connu une période aussi faste. On n’a qu’à penser aux succès remportés par Michel Rabagliati, Michel Falardeau, Jimmy Beaulieu, Delaf et Dubuc, Jacques Lamontagne et plusieurs autres. Des portes qui étaient auparavant fermées se sont ouvertes en Europe pour les auteurs québécois. Le public d’ici est aussi beaucoup plus réceptif à la bande dessinée en général. Je crois que le succès que les auteurs québécois remportent à l’étranger va renforcer la curiosité des gens, et surtout des médias, à découvrir les talents locaux. C’est arrivé dans presque tous les domaines culturels, je ne pense pas que la BD y échappe. 

 

Il ne faut pas oublier non plus que les maisons d’édition comme les 400 coups ou La Pastèque font un excellent travail et réussissent à mettre de l’avant des ouvrages de très grande qualité et à les diffuser au niveau international.

 

Je trouve aussi intéressant de voir que malgré cette nouvelle vague de jeunes auteurs, on n’oublie pas le travail de ceux qui ont ouvert la voie. La réédition de Michel Risque de Godbout et Fournier est un bel exemple de cette situation. Au FBDFQ, c’était très intéressant à mes yeux de voir se côtoyer des auteurs d’expérience comme Gaboury ou André-Philippe Côté  et des jeunes de la relève comme les gens de Premières Lignes et Yume Dream.

 

 

Il me semble que les médias sont encore tièdes à parler de la Bande dessinée. Comment pourrait-t’on en augmenter la visibilité ?

 

Je crois que les médias parlent de plus en plus de la bande dessinée, ils se réchauffent tranquillement. Si l’on compare avec les médias d’il y a cinq ans, les journalistes généralistes que je connais ont aujourd’hui plus de facilité à intéresser les rédacteurs ou les réalisateurs à des sujets traitant du  9e art. L’ouverture est certainement toujours plus grande lorsqu’il est question de grosses pointures comme Uderzo et Bilal que pour des auteurs québécois. Cependant, le succès remporté par nos auteurs, en Europe ou ici, va amener les médias à tourner leurs regards sur ce qu’il se fait dans leur cour. Ce qui va aussi beaucoup aidé, c’est que de plus en plus de journalistes vont se développer une spécialisation dans la bande dessinée, un peu comme en poésie ou en théâtre.  Plus il y aura de ressources journalistiques en BD, meilleur sera la couverture et la qualité de l’information diffusée.

 

 

Cette année, il y avait un « espace fanzine », pensez vous renouveler cette expérience l'année prochaine ?

 

L’Espace fanzines a été une belle réussite qui devrait se répéter l’an prochain. Au départ, ça ne devait être qu’un stand mais comme la réponse a été excellente, nous en avons finalement mis deux. Les auteurs ont vraiment embarqués et nous avons pu réunir un belle et grande sélection de produits. De Fanzine Bidon au BOB en passant par les bandes dessinées de Lucas Jalbert et Nicolas Michaud, il y en avait vraiment pour tous les goûts.

 

Les auteurs qui sont venu faire leur tour pour les dédicaces ont semblé heureux de leur expérience et plusieurs liens intéressants se sont tissés. Je sais que d’autres personnes se sont déjà montré intéressées pour participer à une prochaine mouture. Côté ventes, nous sommes très satisfaits. Le fanzine étant encore méconnu, il faut que les gens prennent l’habitude et osent être curieux.

 

 

Comment choisissez vous les auteurs invités ?

 

Le processus n’est pas très complexe. Pour les Européens, les choix sont faits par l’équipe. Nous avons de bons liens avec différents intervenants en France, en Belgique et en Espagne qui nous permettent d’entrer facilement en contact avec les auteurs. Nous travaillons également avec les distributeurs qui nous donnent leurs suggestions. Certains auteurs nous font également savoir directement qu’ils aimeraient bien venir faire un tour. Il faut surtout jongler avec les disponibilités de chacun.

 

Pour les Québécois, c’est encore un amalgame entre nos choix d’équipe et une concertation avec les distributeurs et les éditeurs. De plus, nous cherchons à être à l’affût des nouvelles publications afin d’inviter des auteurs qui ne sont pas nécessairement dans le réseau habituel. Par exemple, ce fut le cas cette année d’Élodie Boivin qui a publié aux Éditions du Québécois. Il est donc important de nous tenir au courant de vos projets.

 

 

Cette année, il ne semblait pas y avoir d'ex-libris spécifiques, pourriez  vous nous expliquer pourquoi ?

 

La raison est bien simple, il y a eu un problème d’impression. Afin d’ajouter à la qualité du produit, nous avions décidé cette année de les produire en sérigraphie. Malheureusement, lorsque nous avons eu le produit final, il n’était pas conforme à nos attentes et à celles des auteurs.

 

La sérigraphie étant un procédé quelque peu artisanal, nous n’avons malheureusement pas eu le temps de les refaire à temps pour l’événement. Les ex-libris de cette année seront cependant disponibles dans les prochaines semaines à la boutique de notre site Internet. L’information sera diffusée sur Bédéka, n’ayez crainte. 

 

Une sérigraphie pleine couleur (18 passages) de Guarnido a cependant été réalisée à seulement 99 exemplaires. Elle est disponible sur commande au prix de 125 $. Si vous êtes intéressé, n’hésitez pas à communiquer avec moi au fbdfq@yahoo.ca.

 

 

Avez vous déjà quelques plans pour l'an prochain et la vingtième édition ?

 

Bien sûr. Comme ce sera notre 20e édition, il faut marquer le coup. Certains projets sont déjà en préparation et nous allons travailler fort pour assurer une programmation colorée et festive. Nous chercherons également à rendre hommage à ceux qui ont permis au FBDFQ de se rendre jusque ici et à mettre de l’avant les nouveaux talents qui apporteront beaucoup à l’événement dans les années à venir.  Je crois que vous pouvez vous attendre à quelques belles surprises !

 

Comme toujours, vous êtes invités à nous soumettre des projets ou des idées pour compléter nos activités. On est bien ouvert à toutes les propositions.

 

 

Vous nous avez parlé du 400 ème anniversaire de Québec en 2008, avez vous l’intention de commémorer cet événement de façon particulière avec le FBDFQ ?

 

C’est en discussion, vous serez mis au courant en temps et lieu.

 

 

Si vous aviez à nous suggérer quelques lectures pour patienter jusqu’à l’an prochain, quelles seraient elles?

 

Plutôt que de vous suggérer un titre en particulier, je vous invite à surveiller les multiples albums d’auteurs québécois qui seront publiés dans les prochains mois. Que ce soit chez  La Pastèque, Mécanique général et Fichtre, sans compter chez Soleil, les Humanoïdes Associés, Paquet et d’autres maisons  européennes, les albums à paraître suffiront à en occuper plus d’un. C’est toujours plus intéressant d’avoir lu les œuvres avant de venir rencontrer les auteurs au 20e FBDFQ !

 

Merci Mr Coté de nous avoir permis de faire ce bilan de cette 19ème édition du Festival de la Bande Dessinée francophone de Québec avec vous. Nous vous souhaitons une superbe vingtième édition, et beaucoup d’autres derrière.

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 12-05-2006

 

 

 

 

Pour l’occasion de la sortie prochaine de l’album « dans un cruchon », chez Mécanique Générale, Bedeka.org a demandé à Pascal Girard de bien vouloir nous en parler, et de nous parler aussi de son parcours, de son travail de créateur de bande dessinée, et de ses « coups de cœur ».

 

 

Pourriez vous nous décrire votre prochain album : « dans un cruchon » ?

Dans un cruchon c’est de la danse, un accident de voiture, un film porno, de la solitude, des feuilles mortes et un complet cravate!

 

Et si je pouvais décrire le tout en un mot ce serait : désir.

 


Comment est il né ?

 

J’avais déjà fait deux petites histoires avec le même petit personnage, monsieur P. J’en avais fait deux petits fanzines qui ont principalement circulés au Saguenay. (un des deux fut conçu par les libraires de Jiix! à Chicoutimi. Merci encore!) Jimmy les a trouvées intéressantes et il m’a proposé d’en faire une troisième plus étoffée pour en faire un livre d’une centaine de pages.

 

La troisième s’appelle dans un cruchon. Principalement, je me suis servi de plusieurs rêves que j’avais fait pour en faire une histoire cohérente. Le tout en tentant de garder ce qui fait le charme de ces rêves.

 

Je dois également dire que la deuxième histoire Porno vient d’un scénario que j’avais écrit avec mon ami Emmanuel Bergeron. Ce dernier en a même fait un court métrage que, malheureusement, je n’ai pas encore vu.

 


Ou trouvez vous vos sources d'inspiration ?

 

Je pige un peu partout; dans mes rêves, dans des discussions, dans des observations. Je n’ai jamais rencontré le problème de la « page blanche », j’ai davantage d’histoires que de temps pour les réaliser.


Pourriez vous nous raconter votre parcours?

 

Comme pas mal tous les auteurs de bandes dessinées, j’en ai fait beaucoup étant jeune et j’ai arrêté à l’adolescence. Je me suis intéressé au cinéma et j’avais décidé d’en faire une carrière. Durant mes premiers plateaux de tournage, je me suis aperçu que je trouvais ça plutôt ennuyant. J’ai donc troqué la caméra pour un crayon et je me suis mis au travail. Voilà!

 

 

Qu'est-ce qui vous a amené à Mécanique Générale comme éditeur ?

 

C’est plutôt Mécanique Générale qui est venu à moi. J’aimais déjà beaucoup leurs livres et je parlais souvent avec Jimmy. Au printemps 2005, ce dernier m’a demandé de faire un livre et c’est ce que j’ai fait. C’est aussi lui qui m’a proposé de collaborer à Terriens et à Plan cartésien. Je n’ai pas à me plaindre puisque si j’avais eu à courtiser un éditeur, Mécanique Générale aurait été le premier.

 

 

J'ai vu sur votre blogue que vous aviez un projet commun avec Iris, pouvez vous nous en parler ?

 

C’est une histoire assez loufoque. Comme nous sommes partis, ça me fait penser aux livres de Bruno Heitz. Disons que c’est une histoire d’enlèvement où l’enquêteuse se déplace en marchette! Visitez nos blogs respectifs pour suivre le processus de création.


Avez vous aussi d'autres projets (il me semble avoir vu quelques mots sur un second livre sur le blogue) ?

 

Le livre de 70 pages que j’ai fait en deux jours sera édité par Mécanique Générale. Il s’appelle « Nicolas » et il parle de mon frère.

Sinon, je dessine tranquillement le numéro 2 de ma série Paresse.

Et je commence tranquillement un troisième livre.

 

Est-ce difficile de parler de sa famille dans une bande dessinée ? N’avez vous pas peur des réactions de votre entourage ?

 

Non, pas vraiment. De toute façon, je ne parle jamais réellement des autres. Je disais que Nicolas était un livre sur mon frère, disons plutôt que c’est une histoire sur comment je vis un deuil. Souvent je ne nomme pas les personnes ou je les place hors-cadre, donc il n’y a pas vraiment de problème.
 

 

Pourriez vous nous parler un peu de cette série : « paresse » ?

 

J’ai créé Paresse pour m’amuser un peu  en attendant que mes livres sortent. C’est un petit fanzine qui se retrouve dans la collection colosse de Mécanique Générale.  C’est des petites histoires autobiographiques avec une touche d’humour, disons « slapstick ». Dans le meilleur des mondes, cette série me suivrait tout au long de ma vie. Un peu comme King-cat de John Porcellino.  Si vous voulez un exemplaire du numéro 1, vous n’avez qu’à m’écrire ou écrire à Jimmy.

 


Pourquoi faire un blogue ?

 

À vrai dire, je ne le sais pas vraiment. J’ai un peu de difficultés avec ce « médium » (et l’informatique en général), mais j’aime bien lire ceux des gens que j’apprécie. C’est un peu mon outil de promotion, même si je ne sais jamais vraiment quoi mettre dessus. Si l’intérêt était là, je ferais un site avec exclusivement des dessins.



Vous avez réalisé 70 pages en deux jours. Est-ce une « rage » de créativité et est-ce que ça vous arrive souvent ?

 

mmm… J’ai fait 70 pages en deux jours car le sujet l’imposait. C’était quelque chose qui devait sortir rapidement. Je ne sais pas si c’est une rage de créativité, mais c’est sûrement une « rage ». Je ne sais pas si je vais le refaire, ça dépend vraiment de mon sujet je crois. Je ne suis pas vraiment discipliné quand vient de le temps de dessiner. Si je n’ai pas envie, je n’arrive à rien de bien satisfaisant, donc je n’ai pas toujours une méthode propice à faire un livre en deux jours.

 

Vous parlez de travail. Pourriez vous nous détailler un peu votre façon de faire ?

 

Pour l’instant, j’ai toujours développé autour d’une idée que j’avais envie de raconter. Je note, je dessine et j’écris par rapport à cette idée. Quand le projet est assez clair je me lance dans le dessin. Pour les trois histoires de dans un cruchon, j’ai préparé ma mise en page et mon découpage avant de réaliser la version finale. Maintenant, je fais pas mal tout instinctivement sans crayonné. Je dessine mes histoires dans des carnets de croquis à reliure rigide. Ce qui me permet de pouvoir l’apporter partout et, surtout, de dessiner partout. Je dessine sur ma galerie, à la table, sur le divan, dans la voiture, en voyage, dans mon bain… La seule chose importante : je dois avoir envie de dessiner. Ensuite, je numérise et je ne fais pas vraiment de retouches à l’ordinateur, sauf pour enlever la saleté et replacer certains éléments.
 

 

Quand vous entamez un nouveau projet, avez vous déjà une bonne idée de l’ensemble, ou est-ce le projet qui vous dicte la suite au fur et à mesure ?

Je sais où je m’en vais quand je commence une histoire. Disons que j’improvise entre les grandes lignes directrices. Si j’ai une bonne idée en dessinant, je l’adopte plus souvent qu’autrement. Je ne serais pas capable de travailler, sans aucune improvisation, sur un scénario complet et fermé. Je ne fais pas de crayonné car j’aime me surprendre.  En général, je préfère le dessin spontané et improvisé à celui calculé et rigoureux.


Lisez vous de la BD et si oui, quelles sont vos derniers coups de cœur (et pourquoi) ?

 

C’est difficile, j’en lis beaucoup, je nomme que ceux qui me viennent à l’esprit.

 

C’était le bonheur de Blutch

 

C’est tellement beau!

 

Ma voisine en maillot de Jimmy Beaulieu

 

J’aime beaucoup quand Jimmy fait de la fiction. Mon livre préféré de lui est –22oc et son dernier est dans la même lignée.

 

Locas : the Maggie and hopey stories de Jaime Hernandez

 

Des personnages intéressants, des histoires intéressantes et un très beau dessin.

 

King-cat #64 de John Porcellino

 

Très touchant.

 

Les mauvaises gens de Étienne Davodeau

 

Un sommet dans la bande dessinée « documentaire ».

 

Béatrice de Phlpp Grrd

 

Qui peut résister à Béatrice!?

 

Aya de Yogoupon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

 

Rafraîchissant. Il faut davantage d’auteures de bandes dessinées.

 

Le pont du havre de Luc Giard

 

Mon livre préféré de 2005. Du grand art. Je suis fier d’être édité par Mécanique Générale.

 

 

Merci beaucoup de nous avoir accordé cette entrevue, et nous vous souhaitons beaucoup de succès avec « dans un cruchon » et le reste de vos projets.

Pour plus d’informations : Mécanique Générale : http://www.pastis.org/mg/accueil.html

Le Blogue de Pascal Girard : http://pascalgirard.blogspot.com/

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 02-05-2006

 

 

 

Entrevue avec Mr Hervé Garcia, Éditeur pour les Éditions Arion, qui viennent de publier « Laflèche », le tome 1 : Fort Necessité, par Mario Landry au scénario et Marcel Levasseur au dessin.

 

 

Il me semble qu’Arion n’en est pas à son premier album de Bande Dessinée édité, est-ce que je me trompe ?

Vous avez raison, Madame Boisvert a ouvert la voie de la bande dessinée chez Arion avec « Les pendus de la porte St Louis ».

Celle-ci s’adresse plus à un lectorat adulte.

 

 Pourquoi vous lancer dans la Bande Dessinée ?

Lorsque nous avons repris  cette maison d’édition en début d’année2006, nous avions comme objectif d’enrichir nos collections existantes, avec la création d’une division jeunesse.

Mon adolescence a été bercée par les grands classiques de la Bande Dessinée européenne.

Avec Laflèche, j’ai retrouvé tous les ingrédients d’une BD réussie de mon enfance. De plus l’imagination fertile des auteurs, M.Landry et M.Levasseur, nous garantis de nombreux volumes à venir.

 

Qu’est-ce qui va régir votre politique éditoriale ?

Nous conservons les collections existantes, mais il est vrai que nous privilégierons les ouvrages jeunesses.

Nous sélectionnerons avant tout les romans Fantasy ou les Bandes Dessinées donnant matière à des suites où les héros pourront vieillir et évoluer avec le lecteur.

 

 Contrairement à la majorité des maisons d’éditions du Québec, vous avez choisi une couverture cartonnée pour l’album. Est-ce une manière de vous différencier ?

C’est simplement pour nous une façon d’afficher nos ambitions, et  d’être associé aux grands de la BD.

Avec une couverture cartonnée, et un papier d’excellente qualité, nous répondons au standard européen. Marché que nous pénètrerons début Juin avec nos distributeurs en France et en Belgique.

 

 Il me semble que vous allez être distribué en France, pouvez vous nous dire comment se sont fait les contacts et ce que vous en attendez ?

Etant Français, et très souvent en Europe, les contacts sont toujours plus « faciles ». Nous avons de grosses ambitions à l’export et des contacts pour la traduction de quelques titres.

Certains partenaires ont été séduits par ce discours et on décidés de nous suivre dans cette aventure.

 

Lors du salon du livre / festival de la BD francophone du Québec, votre album n’a pas été indiqué ni la présence de vos auteurs, y a t’il eu un problème de communication ?

Absolument pas, au départ nous ne devions pas être présent avec cette BD au salon de Québec.

Mais nous étions tellement impatients de la présenter au grand public, que nous avons mis les bouchées doubles pour que celle-ci soit présente au salon… même sans médiatisation.

D’ailleurs nous ne regrettons pas notre démarche car Laflèche a reçu un très bon accueil.

Malgré le manque de communication en amont de cette manifestation, nous avons su interpeller les médias et ces  quelques minutes d’antenne à la télé ou à la radio ont suffit à convaincre un large public.

 

L’album que vous avez édité est dans une trame historique. Est-ce un critère important pour vous ou éditeriez vous des œuvres de fiction contemporaines ?

Cela n’a pas beaucoup influencé  ma décision finale d’éditer cette Bande Dessinée.

Le fait que l’histoire se situe au début de la «  conquête » représente une valeur ajoutée pour le marché Québécois. Mais c’est aussi surtout pour la qualité du dessin et du scénario que nous avons décidés de lui donner une chance. Les gags et les clins d’œil sont indéniablement dans la lignée des Astérix ou Lucky Lucke.

Quant à savoir si nous sommes prêt à éditer des œuvres contemporaines, je réponds oui, à la condition que la lecture du manuscrit me soit aussi agréable que celle de Laflèche.

 

Que pensez vous de la bande dessinée Québécoise actuelle ?

J’ai eu la chance de rencontrer des auteurs de talent lors du salon de Québec.

Je vous avoue ne pas très bien connaître la BD québécoise et je ne chercherai pas à corriger à tout prix cette lacune, car je ne souhaite pas voir mes choix éditoriaux influencés par un style ou un autre en fonction des auteurs du moment.

 

Quels sont vos plus récents « coups de cœurs » ?

J’ai eu un coup de cœur pour Delaf-Dubuc avec «  Les nombrils », j’ai beaucoup aimé les personnages et les dessins.

 

Que nous réservent les prochains mois en BD pour Arion ?

Déjà M. Landry et M. Levasseur finalisent le tome 2 de Laflèche.

Le scénario du  tome 3 est en phase finale.

Nous comptons sur le succès de Laflèche pour que les auteurs considèrent Arion comme une maison d’édition, aussi de Bande Dessinée et par la même, nous faire part de leurs manuscrits.

 

Merci à Mr Garcia de nous avoir accordé de son temps. Pour plus d’information, vous pouvez consulter le site des Éditions Arion : http://www.arion-editeur.ca/


 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Mercredi 5 janvier 2011 3 05 /01 /Jan /2011 01:00

Entrevue publiée le 04-05-2006

 

 

 

 

 

Le métier de coloriste dans la bande dessinée n’est pas encore ni connu, ni reconnu à sa juste valeur. Pour nous faire découvrir ce travail, Bedeka.org s’est entretenu avec Joëlle comtois, coloriste, qui a gentiment accepté de nous parler de son métier.

 

 

Dans le milieu de la bande dessinée, la contribution des coloristes n'est pas très connue. Pourrais tu commencer par nous décrire ton travail ?

Il s'agit de rendre la couleur sur une planche en noir et blanc. Je reçois la planche dessinée et/ou encrée. Ensuite, comme je travaille  ma couleur à l'ordinateur, une personne que j'engage moi-même sépare les différentes parties du dessin sous Photoshop en en faisant des masses de couleurs différentes, ce qui me permet de sélectionner toute partie de la planche afin de faciliter le travail à l'étape coloration. Ceci constitue l'étape dite "d'aplats", ou "flats".Une fois cette étape réalisée, je repasse sur les sélections pour appliquer les palettes de couleur "officielles", dépendamment de l'ambiance voulue. Puis, une fois que les couleurs de base sont bien en place, l'étape finale est de donner un "rendu", à la volonté du client. Il peut s'agir d'un style "animé" en double-tons, comme d'un style "peinture" plus réaliste.. etc. Le tout en prenant soin de bien établir les lumières et les ombres, les volumes, pour rendre la scène compréhensible à l'oeil du lecteur.

 

 

Comment en es tu arrivée à faire ce travail ?

Ce fut un parcours un peu hasardeux. En 1998 j'ai entrepris des études en infographie, m'intéressant de près à la publicité et au "design" de sites web à l'époque. À la fin de ces études, ce qui nous mène à 2000, mon professeur de Photoshop a constaté que j'avais une certaine aptitude au dessin, et m'a proposé un stage au sein d'une boite spécialisée dans la conception de jeux "online" à Québec, Sarbakan. Lors de ce stage, on a d’abord voulu me former animateur flash, mais ce n'était pas vraiment ma tasse de thé. On m'a alors proposé de me former coloriste pour la réalisation des décors de ces jeux, et ce fut le déclic. J'ai par la suite obtenu un emploi au sein de cette boite. En 2003, un collègue de l'époque a quitté l'entreprise afin de mettre sur pied, avec deux associés, les Studios Grafiksismik, spécialisés dans la conception de bande-dessinée, surtout américaine (ou "comic books"). Le studio ayant besoin de coloristes, j'ai proposé mes services. C'est donc comme ça que j'en suis venue à pratiquer ce métier. Depuis, je travaille à mon compte pour différents clients, qu'ils soient au Québec, aux États-Unis ou en Europe.

 

 

Comment ça se passe avec les dessinateurs ?

Jusqu'à maintenant, très bien. J'ai eu la chance de collaborer avec des gens très talentueux et courtois. Certains sont plus exigeants que d'autres, dépendamment de leur vision du travail demandé. Par "exigeants" je veux dire qu'ils peuvent avoir un style bien particulier en tête, et souhaiter garder le contrôle sur le type de couleurs, les ambiances précises, etc. dans "leur" style de couleur habituel. Ce qui en soi est très bien, et parfois même très ludique. D'autres me laissent carte blanche, connaissant bien mon travail et mes approches artistiques. Ce qui est primordial pour moi est de sentir que je fais équipe avec le dessinateur, qu'il me fait confiance, afin que le travail soit agréable à réaliser, et esthétiquement intéressant.

 

 

Peux tu proposer des ajustements au niveau du dessin en fonction de l'effet souhaité ?

Je suis rarement confrontée à ce genre de chose. Mais, oui, cela peut arriver. Il peut arriver, par exemple, que j'aie besoin de modifier une partie du dessin, ou encore enlever certains traits; mais ça reste des modifications très minimes. Dans ce cas je demande toujours l'avis du dessinateur. Jusqu'à maintenant on m'a fait confiance pour ce genre de chose.

 

 

Qui choisit la palette de couleur ?

De façon générale, je la choisis moi-même. Il peut arriver cependant que pour une scène particulière, on précise le genre d'ambiance souhaitée. Comme par exemple, j'ai du faire récemment une scène se passant dans un rêve; la palette de couleur se devait d'être un peu "surréaliste", avec des effets de brume. J'en ai donc discuté avec le dessinateur, avec qui l'on s'est mis d’accord sur une palette particulière. Mais d'ordre général, on se contente de préciser le moment de la journée d'une scène dans le scénario que j'ai préalablement reçu (aube, nuit, fin de journée, etc.) et j'y vais à partir de là, comme je le sens.

 

 

As tu le droit de nous parler de tes projets actuels ?

Bien sur. En ce moment je travaille sur 2 projets principaux. Il s'agit de 2 séries d'albums de 46 pages chacun pour l'Europe.

Le premier projet, Tokyo Ghost, est une série de 2 tomes, et sera publié chez Soleil. Dessiné par Djief et scénarisé par Nicolas Jarry. Le deuxième est une série de 4 tomes, qui sera publiée chez les Humanoides Associés (Humanoids Publishing du côté américain); le projet s'intitule Les Miroirs de Mandalay [Mirrors of Mandalay] dessiné par Butch Guice, encré par Mike Perkins. À travers tout ça je travaille également sur quelques petits projets "à côté", qui ne sont pas nécessairement d'ordre de la bande-dessinée, en collaboration avec quelques illustrateurs locaux.

 

 

Quels sont tes outils de travail ?

Pour ce qui est des programmes, j'utilise Photoshop ou Painter, et parfois un mélange des deux. Ces deux logiciels offrent une approche différente et se complètent fort bien. Du reste, je travaille sur PC, à l'aide d'une tablette graphique.

 

 

Pour avoir vu des exemples de ton travail, je trouve que tu utilises incroyablement bien la lumière dans le dessin. Est-ce qu'elle est plus importante que la couleur elle-même ?

Ce sont deux notions extrêmement importantes. La palette de couleur se doit d'être harmonieuse évidemment, pour rendre le dessin compréhensible. Elle constitue d'ailleurs la toute première étape, d'une importance cruciale. Une fois la couleur bien établie, je détermine les sources de lumière (soleil, lampe de bureau, éclairage au néon, etc. etc.) dépendamment de la scène proposée, et je fais les ombrages et zones éclairées en conséquence, une fois l'étape de "rendu" amorcée. La lumière est également très importante dans la réalisation d'une ambiance. Par exemple, une scène d'extérieur se passant en fin d'après-midi sera plus orangée qu'une scène se passant le matin, et les éléments de la scène seront travaillés en conséquence.

J'ai effectivement une approche très axée sur les lumières et ombres; c'est une tangente qui m'est venue en travaillant sur une BD en particulier, où on m'a appris à jouer beaucoup avec les ombres et lumières. J'ai gardé cette approche et aime à l'appliquer à d'autres styles de couleur maintenant.

 

 

Combien de temps passes tu environ par planche ?

Ça dépend totalement du projet. Je passe en général plus de temps sur une planche d'un album européen que sur une planche de comicbook, le format européen étant plus grand. D'ordre général, je ne passe pas plus d'une journée par planche. Je peux produire une planche par jour, comme deux planches par jour, dépendamment du format, du niveau de détail du dessin, et du style de couleur demandé.

 

 

Dans le temps, les coloristes étaient peu cités dans les albums, maintenant, on voit leurs noms apparaître en haut de page avec les scénaristes et dessinateurs. Que penses tu de cette reconnaissance ?

J'en suis bien contente. La couleur est une étape assez méconnue, et qui passe souvent inaperçue pour le lecteur. Ce qui, en soi, est tout à fait normal; ce qui intéresse est le produit final, évidemment. Nous sommes beaucoup à pratiquer ce métier, et la couleur reste une étape très importante; c'est beaucoup de travail, au même titre que le dessin en lui-même; et je pense qu'il  en va de soi de permettre à un coloriste de se faire connaître en mettant son nom en évidence. S'il n'est pas crédité sur la couverture en elle-même, qu'il le soit au moins à l'intérieur de l'album.

 

 

Peux tu coloriser n'importe quoi ?

Non. J'ai mes approches, et je fais avec ce que j'apprends au fil des projets sur lesquels je travaille. Je sais être relativement polyvalente; mais je ne peux tout faire. Par exemple, je ne pourrais faire un "matte painting" (une coloration hyper photographique d'un décor de film); il me manquerait trop de notions. Mais qui sait, dans l'avenir...

 

 

Y-a t’il une (ou des) bande(s) dessinée(s) qui t’a(ont) marqué au niveau colorisation ?

Étant plutôt portée vers la BD européenne que la BD américaine, j'ai adoré, entre autres, Blacksad de Guarnido, pour son aquarelle sobre et ses ambiances un peu grisâtres, ternes; et Sky Doll de Barbucci & Canepa, qui offre des palettes de couleur beaucoup plus osées, des oranges aux violets en passant par les turquoises, rouges.. les harmonies de couleur de Canepa sont hallucinantes. Du côté américain, NYX de Josh Middleton, et Hellboy de Mike Mignola, m'avaient énormément plu.

 

 

Pour quelqu’un qui serait intéressé par ce métier, quels conseils pourrais tu donner ?

Je ne saurais donner d'autre conseil que celui de persévérer. D'étudier le travail des autres coloristes, leurs approches, de s'en inspirer. De savoir également accepter la critique, de ne pas percevoir celle-ci comme ennemie; il n'y a que ça qui permet de se perfectionner. Et d'essayer de garder un oeil critique sur ce qu'on fait, en tout temps. De mon point de vue, il n'y a rien de pire que l'égo démesuré, qui souvent malheureusement fait que notre travail stagne. Il est primordial d'être conscient de ses forces, mais aussi de ses faiblesses, et de travailler celles-ci avec acharnement.

 

 

Quelles sont les réalisations dont tu es la plus fière et qui permettraient à ceux qui le souhaitent de découvrir ton travail ?

Jusqu'à maintenant, j'ai un faible pour la dernière série américaine sur laquelle j'ai travaillé l'an dernier, Strange Girl, publiée chez Image Comics. C'était un nouveau style de coloration pour moi, et ce fut tout un apprentissage. Celle-ci m'a d'ailleurs apporté beaucoup de visibilité, m'a permis de me faire connaître un peu plus, et m'a donné cette "tendance" que j'ai maintenant à beaucoup travailler avec les contrastes de lumières et d'ombres.

 

 

Lis tu les bandes dessinées que tu colorises ?

Oui, absolument. Il est important pour moi, après avoir vu toutes les étapes de production ou presque, de voir le produit final. Non seulement c'est divertissant, mais ça permet également de revoir le tout avec du recul, et d'analyser mon travail par la suite, afin d'en voir les lacunes et les forces, et d'appliquer tout ça au projet suivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues Bedeka
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Éric Lamiot

 

Des entrevues réalisées avec les acteurs de la BD québécoise et des nouvelles de la BD d'ici 

 

Dans les liens ci-contres, le "+" représente une entrevue réalisée avec l'auteur. Pour les lire, allez voir dans la section "entrevues" des catégories.

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