
Eva Rollin, peintre, scénariste et dessinatrice de « Mademoiselle », à illustré des nouvelles pour le magazine « Ici » à Montréal. Avec la sortie du tome 3 de « Mademoiselle », Je l’ai contacté pour lui demander de nous parler d’elle même et de ses projets.
EL : Actuellement, vous illustrez des nouvelles pour le magazine montréalais Ici, et Mademoiselle, tome 3, vient de sortir. Pourriez vous nous parler de vos projets (ceux là et les autres) ?
Eva Rollin : Bien sûr, avec plaisir ! Tout d’abord concernant le magazine Ici : Tout s’est déroulé très vite, j’étais en vacances en France quand j’ai reçu un email de Michel Vézina me demandant de faire quelques croquis sur un personnage spécifique m’expliquant que c’était très pressé. J’ai fais quelques sketchs que j’ai envoyé par email, et à mon retour encore sous le coup du décalage horaire j’avais un rendez-vous pour le lendemain, ainsi l’aventure commençait !
En fait pendant chaque semaine pendant la période estivale un auteur écrit une nouvelle sur Daniel le personnage, nouvelles indépendantes chaque semaine mais en forme de feuilleton d’été, et je dois illustrer celles-ci.
C’est une magnifique expérience de travailler des textes de très bons écrivains, et avec une équipe aussi formidable que celle du Ici. J’ai eu entière liberté sur les illustrations, pas une seule fois on ne m’a demandé de changer quoique se soit dans mes dessins. J’adorerai renouveler l’expérience et continuer sur du plus long terme avec eux.
Quant à Mademoiselle, je prends plus de temps à la finaliser cette année. Une subvention du conseil des arts du canada m’a été accordée (Et je les en remercie beaucoup !) ce qui me donne le loisir de la travailler plus longuement, d’une manière moins improvisée.
J’aimerai que mon style narratif ainsi que le personnage évolue, aller peut-être plus en profondeur, même si le personnage reste ce qu’il est, la forme devrait changer avec une histoire et non plus sous formes de scénettes.
Sinon, j’ai d’autres projets en cours dont je ne peux pas trop parler actuellement, les contrats n’étant pas signés encore et superstitieuse que je suis ! Néanmoins si tout se déroule comme prévu, un projet avec une amie scénariste devrait voir le jour pour un album, un autre avec une autre scénariste pour un magazine féminin adolescent ( normalement je devrais pouvoir vous en parler plus d’ici septembre !).
Un album personnel est prévu pour l’année prochaine avec un éditeur Européen si je ne prends pas trop de retard.
Cette année sont sortis deux collectifs auxquels j’ai participé : Et Vlan aux éditions
la Pastèque , et Plan cartésien aux éditions mécanique générale.
De temps en temps on peut voir quelques planches dans le magazine français Psikopat, et courant 2007 le deuxième tome des « fantômes bleus sont les plus malheureux » roman jeunesse de Roger Desroches paru aux éditions Québec Amérique que j’illustre, devrait paraître.
Ouf ! En faisant cette liste exhaustive, je m’aperçois que 2006 est une bonne année ! J'en suis très heureuse :-)

EL : Comment est née Mademoiselle ?
Éva Rollin : Mademoiselle est née en France, je voulais créer un personnage un peu fofolle, futile mais que j’espérais néanmoins attachante .Je l’ai proposée à une maison d’édition française mais je n’étais pas prête à ce moment là, j’ai préféré attendre de me sentir plus à l’aise avec mon personnage. Le livre s’est concrétisé tout naturellement à Montréal et j’en suis très heureuse, tout d’abord pour l’accueil qu’il a reçu et les deux albums édités ainsi que la promotion eue au Québec ont été de grands atouts pour présenter d’autres projets en Europe.
EL : Vous êtes éditée par un éditeur qui ne fait pas beaucoup de BD (Marchand de feuilles, est-ce un problème coté distribution ?
Éva Rollin : En ce qui concerne la distribution Québécoise (ainsi que la promotion), marchand de feuilles a fait un très bon travail, et le fait qu’il ne soit pas spécialisé en Bd n’a rien changé, au contraire je pense que cela m’a servi puisqu’on ne peut pas dire que mademoiselle soit une « vraie bd » de par son format et sa construction (On pourrai plus parler d’un livre d’humour illustré peut-être...).
Maintenant concernant la distribution Européenne, je ne saurai dire, je ne suis pas trop au courant, mais ne passant pas par un distributeur spécialisé Bd, et la gestion à distance effectivement cela doit être un peu plus difficile.

EL : Vous faites aussi beaucoup de peinture, est-ce que
la BD et votre peinture s’influencent mutuellement ?
Éva Rollin : Je ne saurais dire si ils s’influencent mutuellement, je ne me pose pas vraiment la question, tout ce que je peux dire c’est que j’ai autant besoin de l’un comme de l’autre, je ne pourrais pas me restreindre à un seul mode d’expression. La diversité est essentielle pour moi, m’enlever l’un ou l’autre de ces modes d’expression reviendrait à m’amputer d’une main :-), différentes émotions passent par ces médiums, et ils sont assurément complémentaires pour mon équilibre :-)
EL : Les beaux arts, à Angoulême, ça vous a apporté quoi ?
Éva Rollin : La première année des beaux arts d'Angoulême est un tronc commun un peu touche à tout, ce n’est qu’a la deuxième année qu’on s’oriente dans une spécialisation. Je voulais me diriger vers la section Bd mais j’ai été refusée, mes professeurs pensaient que j’avais plus d’aptitudes en Art. J’avoue avoir été assez frustrée de cet échec, néanmoins avec du recul, je les en remercie. Grâce à cela j’ai pu expérimenter d’autres médiums, et m’ouvrir à d’autres modes d’expression (photos, vidéo, montages) qui me servent maintenant dans mon dessin. Mon projet de diplôme est totalement différent de ma production dessinée, plus sombre, mais il a été une étape décisive dans ma formation .De plus les 3 ans de beaux arts ou je n’ai quasiment pas touché un crayon m’ont permis de faire une pause, de remettre en question ma production graphique afin de mieux rebondir par la suite avec un style plus personnel. L'observation et le fait d’être entouré de nombreuses personnes talentueuses ont favorisé un environnement d’expérimentation et de création plus varié. Sur le moment je le voyais comme une contrainte mais après coup, je m’aperçois que ces années ont été très enrichissantes tant au niveau graphique que pour mon ouverture d’esprit.
EL : Qu’est-ce qui vous a amenée à la bande dessinée ?
Éva Rollin : En fait depuis très longtemps je fais satellite autour du milieu de la bande dessinée, déjà par mon insatiable appétit de lecture depuis ma tendre enfance, et par la suite je me suis pas mal occupée en tant que bénévole de festivals bd, j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup d’auteurs extraordinaires qui ont toujours pris le temps de regarder mes carnets de croquis et de m’encourager dans cette voie. Seulement comme dit précédemment, je n’étais pas prête à ce moment là, j’ai donc opté pour un parcours plus lent mais je pense plus constructif. Ma devise est « qui va piano va sano » ! De plus je ne voulais pas faire de choses que j’aurais regretté plus tard par leur éventuelle médiocrité.
EL : Il y a beaucoup de choses différentes sur votre blogue, mais toujours avec une bonne touche d’ironie. Faut-il avoir ce type de recul pour vivre dans le monde actuel ?
Éva Rollin : Oulâ ! :-) Grande question à laquelle je ne me permettrais pas de répondre sérieusement :-) , tout ce que je peux en dire est que personnellement je ne pourrais fonctionner autrement je pense . Une bonne dose d’ironie et d’autodérision m’est nécessaire, afin de me remettre constamment en cause et ainsi essayer d’évoluer. Faire son travail sérieusement mais se prendre le moins possible au sérieux :-)

EL : Pourriez vous nous parler un peu de votre technique de travail ?
Éva Rollin : Elles sont assez différentes selon les modes d’expression, en fait j’aime bien expérimenter plusieurs techniques et la plupart du temps elles résultent d’accidents :-).
Le matériau utilisé influence beaucoup le style graphique, si je fais un crayonné ou pas, mais la plupart du temps j’avoue que j’aime bien dessiner direct à la plume ou au stylo bic, la technicité s’en ressent peut être mais j’y gagne en expression. En gros donc je me sers un peu de tout et je mélange les techniques (Pentel, stylo, feutres, acryliques, gouaches, couleurs ordinateurs). Comme pour la peinture et la bd, je suis une touche à tout, je n’aime pas me scléroser dans un médium et un style précis.
EL : Vous vous mettez souvent en scène sur votre blogue. Êtes-vous une bonne source d’inspiration ?
Éva Rollin : Ha, ha ! Vous avez remarqué :-) c’est parce que je suis très égocentrique :-).
Blague mise à part, il est toujours plus facile de parler de ce que l’on connaît le mieux, mais évidemment même si je me sers des mes bagages personnels, au bout du compte tout est quand même extrapolé, étiré, réapproprié !
J’ai des périodes où je pose le crayon pendant plusieurs semaines et j’observe, prend des notes, ces petites pauses sont essentielles
Ma plus grande peur effectivement est de plus rien vivre pour ne plus avoir rien à raconter...

EL : Est-ce qu’on aura un jour un album compilation de ces planches, style « ma vie par moi même » ?
Éva Rollin : Mon nombrilisme exacerbé aimerait ça :-) Néanmoins je ne pense pas que cela puisse avoir un intérêt éditorial à l’état brut. Il faudrait sûrement remodeler la matière première :-).
De plus j'aimerai m’éloigner dans le futur d’une production autobiographique pour des projets fictions. J'ai pas mal de manuscrits entassés dans mon atelier mais que je n’ose pas présenter : des récits graphiques, des projets jeunesses. J’ai très peur d’être cataloguée dans un style car comme dit précédemment, j'aime expérimenter différents médiums et styles narratifs.
EL : Pourquoi faire un blogue ?
Éva Rollin : J’avoue que j’ai découvert les blogues très tardivement ainsi que l’univers informatique (depuis janvier 2006 en fait ).Je suis assez retardée de ce coté là et en plus je n’ai pas du tout l’esprit cartésien alors c’est une bataille constante entre mon pc et moi :-)
Néanmoins avec la découverte des blogues, j’ai vu là un autre moyen d’expression extraordinaire en plus d’un vaste champ d’expérimentation .Un dessinateur passe quand même une large partie de son temps de travail seul, le blogue permet aussi d’avoir une interaction et un retour direct .De plus on peut mettre plein d’essais graphiques et le fait de s’en occuper quasi quotidiennement aide beaucoup le sens de la narration, chose qui me manquait. C’est du plaisir qui sert le travail :-)
EL : Comment s’est passé la réalisation des histoires pour « Et vlan ! », l’album sorti chez « La pastèque » en collaboration avec « Juste pour Rire » et « BD Montréal » ?
Éva Rollin : Personnellement, je trouve l’idée de départ de réunir humoristes et dessinateurs très sympa et originale, quant au résultat, je ne peux être objective ayant pris plaisir à participer à cette aventure, à vous de me le dire :-) !
En fait le projet s’est fait très rapidement à partir du moment ou
la Pastèque m’a contactée. J’ai reçu quelques extraits du spectacle de Julie Caron, je pouvais couper dans le texte mais non le modifier, et je devais faire 10 planches couleurs. J'ai travaillé dessus environ 3 semaines, et je me suis beaucoup amusée, (pour ce qui est des coulisses du livre, je ne pourrais vous en parler, les éditeurs seraient mieux placés pour vous expliquer la naissance du projet). Je ne dis pas qu’adapter un texte d’humoriste n’a pas été sans difficultés, mais j'ai trouvé que c’était là un beau défi de faire se rencontrer deux formes d’humour. Je n’ai pas rencontré l'auteur avant la sortie du livre et je n’avais jamais vu son show, mais je pense que c’était une bonne chose, je n’ai pas été influencée de cette manière par les images du spectacle. J'ai rencontré Julie par la suite et il était très étonnant de constater qu’en fin de compte nous avions un peu le même univers et on a vraiment accrochées ensemble. Peut-être un futur projet en commun qui sait ?
EL : On trouve plus d’auteurs masculins que féminins en BD. La bande dessinée réalisée par les femmes est-elle différente ?
Éva Rollin : Hé, hé, question délicate ...je ne sais pas vraiment si
la BD féminine est différentes de
la BD masculine, je ne me pose pas la question en ces termes en fait .Les choses ont tout de même beaucoup changées, et le simple fait de parler de BD féminine en fait une catégorie à part, la pose comme quelque chose de particulier, la marginalise (ce qui n’est plus le cas). Actuellement , beaucoup d’auteurs masculins ont un trait et une sensibilité toute féminine .La seule chose que je peux constater, est que quand une femme met un personnage féminin en scène, il est beaucoup moins idéalisé, peut–être sommes nous plus réalistes ou plus dures avec nous mêmes .

EL : Vous êtes allée à Angoulême, pourriez vous nous en parler ?
Éva Rollin : Ha, ha, que vous dire sur le festival d’Angoulême à part que c’est un lieu de débauche ! :-) placez quelques centaines d’auteurs qui passent 8 mois sur 12 en moyenne enfermés chez eux à bosser et lâchez les en festival :-) Vous verrez le résultat !
Non sans rire, il est toujours agréable de revoir des gens qu’on ne voit justement qu’une fois par an, mais en dehors de ça, pour avoir vécu 3 ans à Angoulême, Les gros festivals restent quand même des grandes foires commerciales. On peut faire effectivement de bons contacts éditoriaux mais il ne faut pas se leurrer ce n’est pas dans ces circonstances que l’on signe un contrat. On est la pour se faire voir certes mais après il faut concrétiser ces contacts.
EL : En attendant « Mademoiselle », que nous conseillez vous ?
Éva Rollin : Que conseillez en attendant mademoiselle ? Heu ... Oulâ, j’ai une liste « gigantissime » de livres à lire absolument mais ça me prendrait des jours à vous la communiquer ! Vous pouvez me laisser réfléchir à ça encore un chti peu ?
Tout ce que je peux conseiller c’est LISEZ ! Fouinez, osez des lectures qui ne sont pas forcément dans vos habitudes, faites rentrer
la BD chez vous, il y a tellement de bons et beaux livres! Suivez aussi l’essor de
la BD Québécoise aussi foisonnant qu’intéressant !
De
la BD plus commerciale à des récits graphiques poétiques, il y a une diversité phénoménale dans
la BD alors profitons –en !!
EL : Y a t’il une question que je n’ai pas posée et a laquelle vous voudriez répondre (avec la réponse, bien sur) ?
Éva Rollin : Euh je ne suis déjà pas très à l’aise dans les entrevues si je dois en plus me poser des questions cela risque de partir en vrille haha vous n’avez pas peur de me laisser les rênes ! Mais voyons... réfléchissons ... « Que voudriez vous faire quand vous serez grande peut-être :-) »
Je ne peux répondre pour l’instant, avec un âge mental de 10 ans je suis encore trop jeune pour décider, j’ai plein de temps devant moi :-) !
EL : Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ces questions, et pour tous ceux qui souhaitent en savoir plus, nous conseillons la lecture de « Mademoiselle », de « Et vlan ! » et bien sur, une visite de votre site : http://www.evarollin.com/

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