~~ Le monde d'Eric Lamiot ~~

~~ La BD québécoise à l'honneur ~~
Qui suis-je? voilà quelques pistes pour répondre à cette intéressante question.
Ça fait 11 ans que je suis arrivé au québec, importé de France. Je travaille en gestion de la recherche, à l'université Laval de Québec. Je suis un passionné de BDs, j'aime la photographie, je dessine un peu, je fais aussi des scénarios de BD, mais je ne suis pas assez avancé à mon goût pour m'étendre sur le sujet (si vous voulez en savoir plus, contactez moi: eric.lamiot@lycos.com).
J'aime aussi voyager, la bonne bouffe, et la bonne bière. Bref, c'est à travers ces pages que vous finirez par me découvrir, si ça vous tente!!
A bientôt.
Éric
http://ericlamiot.site.voila.fr/
Si l'environnement, l'écologie appliquée, et un projet de développement économique socialement conscient vous intéressent, venez participer ici:
Le troisième concours de la bande dessinée est lancé. Après Zviane et Jessica Samson-Tschimbalanga, qui va être le prochain Lauréat? Je me suis intéressé au promoteur de ce concours, la librairie Monet, et c’est Éric Bouchard, Responsable du secteur bandes dessinées de la Librairie Monet et Responsable éditorial du Concours québécois de bande dessinée qui a gentiment répondu à mes questions.
Pourriez-vous nous présenter la Librairie Monet?
La Librairie Monet est d'abord une vaste librairie générale, mais elle possède aussi deux spécialités, la littérature
jeunesse et la bande dessinée, lesquelles sont les plus importantes dans leurs secteurs respectifs au Québec. C'est une librairie indépendante (donc pas la succursale d'une chaîne), dont la
renommée se fonde sur l'expertise de ses libraires de métier, leur service personnalisé et leur travail de conseil sur l'ensemble des fonds d'éditeurs (par opposition à la vente de piles de
meilleurs vendeurs). Elle est située dans le quartier Cartierville, au Nord de Montréal, mais le bouche-à-oreille fait que de plus en plus de gens se déplacent enfin hors du strict centre-ville
pour venir profiter de la richesse de son inventaire et de la passion de ses libraires.
D’où est venue l’idée du Concours québécois de bande dessinée?
Nous participions à la première édition du défunt festival bdmontréal à l'été 2005, en tant que libraires pour les
fonds des diffuseurs Sogides, Dimedia, Fides et Bayard, ainsi que pour l'éditeur Marchand de feuilles, et nous tenions à nous démarquer en initiant des activités à l'intérieur de la
programmation. Nous y avons organisé une Impro BD & jazz avec VoRo, Caroline Mérola et Dominique Desbiens ; une édition spéciale du Comix Jam de Montréal (avec Kurt Beaulieu,
Stéphane Dumais, Sirkowski, Bruno Laporte, Zviane, Raymond Parent, Richard Suicide, Éric Thériault, Jane Tremblay et plusieurs autres) – laquelle a donné lieu à l'édition d'un fanzine (toujours
disponible !) ; et surtout manifesté notre volonté de nous impliquer dans la promotion de la relève de la bande dessinée québécoise en lançant la première édition du Concours québécois de
bande dessinée.
Comment se passent les sélections puis la décision?
Chaque nouvelle édition du Concours se lance dorénavant au Salon du Livre de Montréal (mi-novembre), simultanément à la sortie
officielle du livre du lauréat de l'édition précédente. Les candidats du Concours ont jusqu'à la fin janvier pour nous faire parvenir leur synopsis ainsi que 10% des planches de leur récit. Nous
recevons en moyenne une vingtaine de dossiers par année et nous élisons trois finalistes. Les critères de sélection du comité éditorial sont évidemment la qualité, l'originalité, la personnalité
et la maturité de chaque projet, la contrainte étant de proposer un récit complet en français ayant le Québec pour cadre... Mais finalement l'imagination est la seule limite, le récit pouvant
être historique, de science-fiction, intimiste, etc. Les trois finalistes ont par la suite jusqu'à la fin juin pour remettre leurs projets complétés, en tenant compte des annotations données par
le comité éditorial. Le finaliste est élu début juillet, puis s'enclenche le processus de fabrication du livre.
Vous en êtes à la troisième édtion du Concours, quelles sont les réactions?
Tout d'abord, le nombre de projets reçus augmente à chaque année. Des participants des années précédentes peaufinent leurs styles et
proposent de nouveaux projets. La qualité des dossiers et de leur présentation s'améliore également. Je crois que c'est un signe le Concours acquiert de plus en plus d'importance symbolique aux
yeux de la relève, et que le bien-fondé de notre rôle s'affirme durablement. Comme nous commentons tous les projets reçus, si des auteurs en herbe s'améliorent et proposent de nouveaux projets,
c'est un signe que nous contribuons aussi, à petite échelle bien sûr, à un certain «avancement» de ces auteurs.
Nous sommes très heureux du formidable accueil public et critique qu'à reçu la première lauréate du Concours, Zviane (Sylvie-Anne Ménard) pour Le point B, avec notamment de longs
articles élogieux dans Le Devoir et La scène musicale. Il faut dire que son blog très achalandé ( www.zviane.com/prout) est un vecteur de diffusion privilégié pour le travail de cette auteure. Avec son deuxième album paru l'année dernière, La plus jolie fin du
monde, on peut dire que la carrière de l'énergique Zviane est définitivement sur les rails.
Nous avons été légèrement déçus, bien que peu étonnés que Mémoires de métys de Jessica Samson-Tshimbalanga, la lauréate de la deuxième édition, n'ait pas suscité autant de
réactions dans la presse, sans doute pour une question de public-cible. En effet, les œuvres locales destinées aux jeunes trouvent peut-être moins d'écho dans une presse s'adressant aux adultes,
quoique la donne puisse changer avec l'impact des Nombrils, de Delaf et Dubuc. Quoi qu'il en soit, nous sommes convaincus que Mémoires d'un métys est un album tout aussi
pertinent que Le Point B dans le paysage de la BDQ : il est l'un des premiers albums professionnels publiés au Québec s'adressant aux adolescents (le nouveau public-vedette de
l'édition), proposant un dessin et une narration manga de qualité, et mêlant efficacement action et romance dans un Québec historique ; en somme, une des rares BD de genre dans un monde local de
BD d'auteur! Jessica Samson-Tshimbalanga est assurément une des futures valeurs sûres de la bande dessinée de genre au Québec.
Nous avons décidé de donner plus de visibilité aux trois finalistes du Concours cette année en présentant leurs projets sur le nouveau
blogue de l'Espace BD de la Librairie Monet : http://lesitebd.canalblog.com/ (voir catégorie 3e
concours québécois de bande dessinée). Jusqu'à présent, on peut voir en parcourant les commentaires des lecteurs du blogue que ceux-ci sont charmés par la qualité des projets proposés,
et que cette troisième édition est déjà emballante !
Finalement, une raison de plus de constater que notre idée de concours était pertinente est que Glénat Québec vient d'en lancer un à notre suite ! C'est donc dire que les gros sous sont eux aussi
intéressés par les talents de la relève québécoise...
Pourquoi un tel engagement pour la relève en BD?
Premièrement cette action s'effectue dans le même esprit que le lancement de notre spécialité BD en 1998 : nous croyions et croyons
toujours que la bande dessinée est un médium extraordinaire qui n'est pas reconnu à sa juste valeur au Québec, et que nous désirons absolument promouvoir.
Deuxièmement, dans notre réflexion sur le rôle social et culturel qu'a à jouer une librairie dans sa communauté, un concours de bandes dessinées donnant l'opportunité à de jeunes talents d'éclore
vient concrétiser cette philosophie d'implication que nous nous sommes donnée, et qui est aussi un clin d'œil à celle de la librairie-éditrice au 18e siècle, où le libraire vendait les livres
qu'il éditait, dans un domaine où il se spécialisait. Il y a pour nous un côté emblématique au fait que ce soit une librairie, plutôt qu'un organisme culturel par exemple, qui soit à l'origine de
ce type d'initiative. Nous tenons également à préciser qu'il ne s'agit pas que d'un investissement pour la relève au sens figuré, car nous ne recevons aucune subvention pour réaliser ce travail
éditorial.
Troisièmement, il s'agit d'une action concrète dans notre engagement à promouvoir la multiplicité des voix éditoriales dans un univers de concentration éditoriale, cette fameuse «bibliodiversité»
qui nous est chère, et qui est le château-fort des librairies indépendantes.
Et ne négligeons pas de mentionner qu'il y a malheureusement encore trop peu de titres de BD québécoise paraissant annuellement face à l'effarante production européenne francophone, soit environ
1% de la production totale (une quarantaine de titres sur quelques 4000 nouveautés annuelles). Il y a hors de tout doute une attitude protectionniste à adopter face à la création d'ici.
Pourquoi vous êtes-vous attelés à éditer les albums lauréats plutôt que de vous associer avec un éditeur?
En fait, notre intention initiale était justement de nous associer à l'expertise d'un éditeur en réalisant les livres des lauréats en
co-édition ; nous ne croyions pas pouvoir devenir éditeurs du jour au lendemain (et par ailleurs, spécifions que notre vocation n'est pas de devenir éditeurs, nous sommes fiers d'être libraires
!)
Mais la plupart des éditeurs contactés furent réticents à cette idée, arguant principalement le fait qu'elle pourrait signifier pour eux un favoritisme jouant précisément en leur défaveur : en
effet, les grosses chaînes régissant l'univers de la vente de livres au Québec allaient-ils acheter des livres produits par des éditeurs «acoquinés» à une librairie «concurrente»? Nous n'avons
donc pas eu le choix de mener le projet éditorial à terme par nous-mêmes, et avons heureusement pu bénéficier de tuyaux et conseils avisés de gens d'expérience du milieu qui croyaient en notre
projet. Maintenant, je crois que les faits démontrent qu'avec le relais public et médiatique qu'a eu par exemple Le point B, l'éventualité de ne pas tenir les livres de Monet
éditeur ne tenait plus... Et en définitive, nous sommes emballés par ces expériences ponctuelles d'édition !
Il y a trois sélectionnés et un gagnant, que deviennent les perdants?
Nous avons décidé d'élire trois finalistes pour nous assurer que les auteurs maintiennent leur désir de remporter le Concours jusqu'à
la toute fin de leur travail, et qu'ainsi ils maintiennent également la qualité de ce dernier. Nous parons aussi de cette manière à l'éventualité où un finaliste se désiste en cours de route,
comme cela s'est produit l'année dernière ; même si les créateurs savent dans quelle aventure ils s'embarquent, il s'agit tout de même d'un travail soutenu que de réaliser un album complet en
quelques mois...
Alors quelle est la compensation d'avoir réalisé un album complet qui ne sera pas élu gagnant? Évidemment c'est une déception pour les finalistes, mais après il est plus facile pour eux d'aller
démarcher des éditeurs avec un projet complété en main. Nous avons nous-même référé des finalistes ou des participants chez des éditeurs dont la personnalité éditoriale collaient à leur style. Et
finalement, bien que cela ne soit pas mentionné dans le règlement, il ne serait pas impossible qu'advenant le cas où nous nous retrouvions avec deux projets de qualité exceptionnelle, devant
lesquels il nous semble impossible de départager un gagnant, que nous décidions d'en élire deux.
Plus généralement, pourquoi les médias sont si peu intéressés à la BD, et particulièrement à la BD québécoise?
D'une part, parce qu'on accorde très peu de prestige culturel à la bande dessinée au Québec, où l'image, l'illustration,
est systématiquement interprétée comme étant inférieure au texte, ou exclusivement destinée à l'usage des enfants, alors que bien sûr il n'en est rien : c'est un préjugé absolu et tenace. D'autre
part, le tout est dû à un phénomène de cercle vicieux qui fait que depuis les superstars franco-belges des années 60 (les inévitables Schtroumpfs, Astérix, Tintin et
Lucky Luke), et leur déclinaisons en films d'animations, les médias ne se sont pratiquement plus intéressés à la production, et ont donc failli à leur rôle d'éducation du grand public.
Celui-ci, confiné dans son ignorance, ne peut nullement s'indigner que les médias ne s'y intéressent guère davantage aujourd'hui, ne sachant même pas lui-même ce qu'est la bande dessinée, à moins
de fréquenter les librairies spécialisées. Pourriez-vous vous imaginer que les médias aient cessé par exemple de parler du cinéma depuis 40 ans? C'est pourtant ce qui s'est produit avec la bande
dessinée. En conséquence, très peu de gens connaissent les mutations éditoriales que le médium a connu depuis cette époque : avènement de la BD adulte dans les années 70-80, avènement de
l'édition indépendante, du roman graphique, des femmes dans la BD, de la bande dessinée japonaise et du renouvellement profond des thèmes et des styles que le tout a entraîné dans les années
90-2000, explosion de la production qui sévit depuis quelques années, etc. Il y a donc un problème très profond d'éducation du grand public et des journalistes. Alors essayez de
vous imaginer la représentation médiatique de la BD québécoise, ce fameux 1% de la production de la BD francophone!
On pourrait signaler une troisième grande raison, c'est-à-dire l'immuable principe (appelons-le le principe Céline Dion) régissant les goûts de la masse québécoise, principe édictant
qu'on ne chérit un artiste local que s'il a été reconnu en France ou aux États-Unis. Étant donné la petite taille du marché local et les moyens des éditeurs québécois, assurer une diffusion
conséquente en Europe par exemple relève du tour de force. Reste donc pour les auteurs locaux à être édités à l'étranger (ou bientôt à être édités chez un éditeur étranger venu établir pignon sur
rue au Québec). Comme je l'ai signalé plus haut, les médias locaux se sont intéressés par exemple aux Nombrils : édités – donc reconnus – en Europe (le troisième tome tire de manière
faramineuse à 100 000 exemplaires, si mes souvenirs sont bons), ils se conforment au principe de reconnaissance québécoise. Mais ces mêmes médias se seraient-ils intéressés aux Nombrils
du temps où ils étaient publiés dans Safarir? Au grand jamais! Il s'agissait pourtant du même objet...
Et pourtant, pour peu qu'on présente une bande dessinée contemporaine de qualité à un adulte néophyte le moindrement curieux, homme ou femme, dans 95% des cas il ou elle s'exclamera « Hein!!!
C'est de la bande dessinée, ça?!? », abasourdi devant l'impact de la narration en images ou celui de la nature inattendue (pour lui ou elle) du propos : documentaire, reportage, biographie, etc.
On se rend donc facilement compte que le médium est injustement et surtout injustifiablement boudé par les médias, d'autant plus lorsqu'on constate tout l'espace que ceux-ci accordent aux
moindres navets du cinéma américain, et de manière plus générale à la musique, au théâtre, à la danse, ou aux expositions.
Je crois qu'un des principaux espoirs à poindre actuellement est la nouvelle génération des jeunes enseignants du primaire, secondaire et cégep, plus ouverts, moins bardés de préjugés, qui
découvrent la bande dessinée contemporaine et ont envie de s'en servir comme support pédagogique (parce qu'il y a TELLEMENT de contenu dans une bande dessinée !), initiant ainsi les jeunes
d'aujourd'hui au médium, et formant (car il faut éduquer cet œil), on le souhaite, les lecteurs de demain.
Merci Beaucoup pour cette entrevue. Rappelons que Eric Bouchard est Responsable du secteur bandes dessinées de la Librairie Monet et Responsable éditorial du
Concours québécois de bande dessinée. Les résultats du troisième concours
québécois de bande dessinée seront annoncés en juillet.
www.librairiemonet.com / www.lesitebd.com / www.librairiemonet.com/monet-editeur
Blogue : http://lesitebd.canalblog.com
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