Partager l'article ! Entrevue: Jean-Sébastien Bérubé: Après quelques années de fanzinat, Jean-Sébastien Bérubé s’attaque à l’un des pion ...
~~ Le monde d'Eric Lamiot ~~
~~ La BD québécoise à l'honneur ~~
Qu'est-ce que ce Blogue?
Ça fait mantenant plus de 15 ans que je suis arrivé au québec, importé de France. Je suis un passionné de BDs, j'aime la photographie, je dessine un peu. J'aime aussi voyager, la bonne bouffe, et la bonne bière. Ça, c'est pour moi.
Pouquoi ce blogue? Aprés avoir découvert la BD du Québec et avoir constaté son intérêt, j'ai décidé d'essayer de partager mes découvertes. Plutôt que de faire de la critique BD, je préfère discuter avec les auteurs. Alors je prépare des entrevues avec eux, avec les éditeurs et avec d'autres acteurs de la BD au Québec, et je les partage avec vous.
Alors... bonne lecture et à bientôt.
Éric
http://ericlamiot.site.voila.fr/
Pour mes photos et chroniques de voyage:
http://elamiotphoto.over-blog.com
Pour mes dessins:
Après quelques années de fanzinat, Jean-Sébastien Bérubé s’attaque à l’un des pionniers des débuts du Québec, Pierre-Esprit Radisson. Cette magnifique série en quatre tomes présente ce personnage hors normes, apatride avant l’heure, et malheureusement un peu oublié dans le Québec moderne a part pour les noms de certain monuments. Nous avons profité de la sortie du troisième tome pour en savoir plus sur l’auteur de cette série et surtout, sur ce qui l’a intéressé dans ce personnage.
Qui est Jean-Sébastien Bérubé?
Un gars de Rimouski qui a voulu réaliser ses rêves coûte que coûte.
Tu es un ancien étudiant du programme de l’EMI, à l’Université du Québec en Outaouais. Que t’a apporté cette formation?
Ça m’a permis de me faire des contacts dans le milieu de la BD au Québec et ça m’a aussi permis de développer une certaine rigueur dans mon travail et de mieux le structurer. L’assiduité, la discipline et tous ces trucs qui font les gagnants. Hahaha! Certains professeurs m’ont aussi inculqué le sens de l’autocritique. Un truc qui m’a déçu de l’EMI, par contre, c’est qu’on n’y faisait pas assez de dessin à mon goût et c’était moins exigeant que ce que j’aurais souhaité. C’est pourquoi j’ai passé mes études à faire des fanzines.
Tu viens du fanzine, et tu es maintenant en charge de la série Radisson, pour Glénat Québec. En tant qu’auteur, comment s’est passé cette transition?
Ça s’est fait en gagnant le premier prix du concours Hachette Canada en 2008, Contes et légendes du Québec. À ce moment, je travaillais déjà sur le premier tome de la série Radisson, mais je n’avais pas encore décidé d’approcher les éditeurs. Je ne connaissais pas Glénat Québec à ce moment et je visais principalement les éditeurs d’Europe. Puis Glénat Québec m’ont ouvert grande leur porte quand ils ont vu le projet Radisson. Le tout s’est enchaîné très rapidement et je me suis retrouvé du jour au lendemain avec un contrat signé, un album de 46 planches couleurs à réaliser et une date d’échéance. J’ai fait cet album du mieux que j’ai pu avec les connaissances que j’avais à l’époque. Quand l’album est sorti en librairie, je me rappelle avoir contacté Loisel et tripp, que je connais bien, pour leur dire que je ne dormais plus parce que j’étais sûr que les gens allaient dire que mon album c’est de la merde. Ils m’ont dit que je n’avais pas à m’en faire alors ça m’a rassuré un peu. En tout cas, fini les fanzines!
Si je ne me trompe pas, avant d’entamer Radisson, tu as fait un voyage en Asie, du coté du Tibet. Qu’est ce qui a motivé ce voyage et penses tu pouvoir l’utiliser un jour dans ton travail?
J’ai décidé que j’irais au Tibet à 12 ans. J’étais en crise existentielle et je lisais des livres sur la philosophie bouddhiste et le Dalaï-Lama. Les jeunes de mon âge se moquaient de moi et pensaient que j’étais fou. Au début, je devais aller au Tibet après mon secondaire, mais je suis rentré au cégep en arts plastiques. Alors je me suis dit que j’irais après le cégep, mais je ne l’ai jamais terminé et je suis allé à Gatineau pour étudier la BD à l’UQO. Après l’UQO, je travaillais à Montréal dans un domaine qui ne me plaisait pas du tout. Alors j’ai tout laissé tomber, j’ai ramassé mes économies et je suis parti au Népal pour ensuite me rendre au Tibet. J’ai toujours voulu faire une BD sur ça, mais l’occasion ne s’est pas encore présentée. Et puis quand je suis revenu ici, j’avais besoin de prendre du recul par rapport à tout ça, car ce voyage avait été très intense.
Tu fais des arts martiaux (Karaté), est-ce que ça t’aide dans le cadre de ton travail d’auteur de BD?
Avec le karaté, j’ai découvert que j’ai un esprit très compétitif, ce que j’ignorais. Quand je fais de la BD, j’ai ce même esprit de compétition et je cherche à être parmi les meilleurs. Alors je dessine sans cesse et je regarde constamment ce qui se fait sur le marché. Je vois la BD comme un entonnoir qui se rétrécit au fur et à mesure que l’on progresse. Au bout de l’entonnoir, il n’y a que les meilleurs. La discipline fait partie intégrante de ma vie. Dans le karaté, on répète sans cesse les mêmes mouvements dans le but de se perfectionner. Dans la BD je fais la même chose. Je fais des exercices de dessin dans le même but.
Qu’est-ce qui t’a intéressé dans le personnage de Radisson?
Radisson et moi avons certains points en commun. Le voyage, l’aventure, l’intérêt pour la découverte d’autres peuples, d’autres cultures, le côté rebelle qui conteste l’autorité. Radisson était un homme qui est sorti des sentiers battus. Il n’était ni Français, ni Anglais, ni Iroquois, peu importe. Il n’adhérait à aucune religion ou croyance et il n’avait de comptes à rendre à personne. Il se moquait également des enjeux politiques. Radisson et Desgroseilliers ne vivaient pas comme la majorité des gens de leur temps et c’est probablement parce qu’ils ont grandi au Canada qui, à cette époque, était un endroit où il n’y avait pas de règles claires et définies. Il ne faut pas non plus oublier que, comme Radisson a été enlevé par les Iroquois à l’âge de 15 ans, son esprit a dû être transformé.
Tu te bases sur ses mémoires pour écrire ton scénario. Est-ce que la transposition est difficile?
La transposition est difficile dans le sens où je dois toujours enlever des scènes, dû au nombre de pages qui m’est imparti. Pour le tome 1, ça a été particulièrement difficile, car au début, j’avais prévu de faire une cinquantaine de pages. Cela n’a pas été possible d’éditer par manque de moyens. J’ai vécu certaines frustrations et déceptions à cet égard, mais je me suis dit que dans l’avenir, j’éviterai de faire ce genre de compromis.
Je suppose que tu dois parfois élaguer pour maintenir un rythme à la bande dessinée, comment se font tes choix par rapport au texte des mémoires de Radisson?
Je mets les moments les plus importants, les moments forts qui ont marqué sa vie. Je choisis ces moments dans le but de faciliter la compréhension du récit. Tout ce que je mets doit servir à ça. Raconter la vraie vie de Radisson le plus fidèlement et le plus captivant possible. Donc, pas de trucs superflus, pas de longueur. J’essaye d’y aller selon les règles de la scénarisation dramatique, c’est-à-dire : introduction, élément déclencheur, action, temps mort, action, temps mort, etc… climax et dénouement.
Peux tu nous parler un peu de ta méthode de travail, pour passer du texte jusqu’à l’album?
Je lis le texte environ trois fois, pour être sûr d’avoir tout compris et que rien ne m’échappe. Ensuite, j’écris un résumé du texte en gardant l’essentiel. Je prends des notes et je divise le tout par scène et par page. Je fais des recherches pour trouver des informations complémentaires au récit, dans des livres d’histoire ou sur internet. Je divise le nombre de cases par page en indiquant ce que l’on voit dans chaque case. Je peux faire jusqu’à trois versions de cette étape. J’écris les dialogues. Ensuite, lorsque le tout est terminé et que je sais à quoi va ressembler mon album, je commence à dessiner les pages.
Reconstituer le passé est souvent une tache difficile. Jusqu'à quel point ça l’a été pour toi?
Eh bien, au 17e siècle, pas de photos! Heureusement, il existe des reconstitutions de choses dont j’avais besoin pour dessiner Radisson. Des maisons longues iroquoises, des bateaux, des outils, des armes, des costumes etc… Je suis allé dans des musées, j’ai rencontré des historiens, j’ai fait des recherches sur internet dans google image, j’ai regardé des livres avec des illustrations, des films comme Robe noire, Le dernier des Mohicans et ainsi de suite. Ce que je ne sais pas, je ne le dessine pas.
Tu fais beaucoup de recherches d’un point de vue graphique (tu en montres quelques unes sur ton blogue). En retiens-tu beaucoup en final pour l’album?
J’essaye de me servir de tout, mais je ne peux évidemment pas tout mettre. Les éléments doivent servir le récit, mais en général, j’arrive à utiliser tout ce que j’ai. Je récupère certains dessins que je mets dans les pages de garde.
Je trouve que ton dessin évolue d’album en album. Qu’Est-ce que tu penses quand tu regardes les premières planches de Radisson avec celles que tu compose maintenant?
Ouf… Je n’aime pas trop regarder mon premier album. Même le deuxième. Je trouve mon dessin d’alors amateur comparé à celui d’aujourd’hui. Mais c’est normal. En fait, j’apprends tellement de choses en ce moment que parfois, mon dessin évolue trop vite pour un album. Je dois d’ailleurs ralentir cette évolution pour respecter le style de la série! Cette évolution se fait de façon quasi inconsciente. Je dessine, je dessine, je dessine en tentant d’observer les choses telles quelles sont.
Pour le tome 4, tu travailles avec un coloriste, comment se passe cette collaboration, et pourquoi ce choix?
Eh bien, cette collaboration n’est pas tout à fait commencée encore, puisque je n’en suis qu’au début de l’album et que le coloriste est en ce moment en train de se familiariser avec l’univers de Radisson. Mais ce choix s’est fait parce que j’avais envie de travailler avec un coloriste depuis le début de la série. La couleur est quelque chose que je n’aime pas trop faire. Je trouve cela long et fastidieux, quoiqu’après trois albums, je commence à être plus à l’aise. Mon dessin pour Radisson tome 4 est aussi plus élaboré que dans les albums précédents puisque je fais du lavis.
Tu as annoncé que le tome 4 serait le dernier de la série, as-tu des projets pour la suite?
Oui, j’ai des projets pour la suite. J’aimerais me tourner vers le roman graphique en noir et blanc pour pouvoir faire plus de pages et aller en profondeur. Ce dont j’ai souffert avec Radisson est justement l’impossibilité éditoriale de faire cela. Mes projets futurs ne sont pas historiques, mais plus personnels. Cela va aussi dépendre des éditeurs intéressés.
En final, au niveau culturel en général, qu’est-ce qui a attiré ton attention ces derniers temps?
Eh bien, je remarque que l’on assiste de plus en plus à une mobilisation du peuple pour que s’opèrent des changements dans la société. Je pense entre autres au mouvement Occupy Wall Street qui est devenu mondial et qui se répand comme une traînée de poudre ici au Québec.
Merci beaucoup pour le temps que tu nous a accordé, c’est bien apprécié.
Des entrevues réalisées avec les acteurs de la BD québécoise et des nouvelles de la BD d'ici
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