Partager l'article ! Les entrevues Bedeka: Edmond Baudoin, Auteur: Publiée le 30-09-2006 ...
~~ Le monde d'Eric Lamiot ~~
~~ La BD québécoise à l'honneur ~~
Qu'est-ce que ce Blogue?
Ça fait mantenant plus de 15 ans que je suis arrivé au québec, importé de France. Je suis un passionné de BDs, j'aime la photographie, je dessine un peu. J'aime aussi voyager, la bonne bouffe, et la bonne bière. Ça, c'est pour moi.
Pouquoi ce blogue? Aprés avoir découvert la BD du Québec et avoir constaté son intérêt, j'ai décidé d'essayer de partager mes découvertes. Plutôt que de faire de la critique BD, je préfère discuter avec les auteurs. Alors je prépare des entrevues avec eux, avec les éditeurs et avec d'autres acteurs de la BD au Québec, et je les partage avec vous.
Alors... bonne lecture et à bientôt.
Éric
http://ericlamiot.site.voila.fr/
Pour mes photos et chroniques de voyage:
http://elamiotphoto.over-blog.com
Pour mes dessins:
Publiée le 30-09-2006
Edmond Baudoin est un auteur de bande dessinée qui a produit un quarantaine de titres. Il a enseigné à l'université du Québec en Outaouais pendant trois ans. La publication relativement récente de la bande dessinée "Les Essuie-glaces"(collection "aire libre"; Dupuis), et son retour en France a amené Bedeka.org a le contacter pour lui demander de nous parler de son séjour chez nous, et surtout de la bande dessinée. Il a très gentiment accepté de répondre à cette invitation.
Vous avez passé un certain temps au Québec comme enseignant au programme orienté bande dessinée de l’Université du Québec en Outaouais. Comment êtes vous arrivé là ?
En 1998 j'ai été invité au Salon du Livre Montréal. On me demande souvent des interventions quand je suis invité. Et à Montréal c'est l'UQAM, l'Université qui m'a demandé de faire une conférence sur la Bande Dessinée pour les étudiants concernés.
C'est ce que j'ai fait.
Je ne savais pas qu'il y avait là des professeurs d'une autre Université qui cherchaient un professeur pour cette discipline.
Dans le courant de l'année ils sont rentrés en communication avec moi à Nice pour me proposer de travailler avec eux. Ils avaient aimé mon intervention. C'était une invitation pour un an, ils l'ont renouvelé trois fois. Ensuite ils m'ont proposé de devenir professeur titulaire, ils ne pouvaient pas m'inviter au delà de 3 ans. Je ne me voyais pas devenir professeur. C'est Jean Louis Tripp qui m'a remplacé l'année suivante.
Quels étaient vos champs d'enseignement?
Le scénario, la construction d'une histoire, "sa musique". Je recherchais avec chaque étudiant quels étaient pour elles, pour eux, leurs champs d'investigation, leurs futurs lieux d'inspiration. J'enseignais le dessin d'art aussi, avec des modèles, avec de la musique, avec des sujets comme la vitesse du trait à poser sur les pages, je les faisaient danser et ensuite, dessiner la danse, comment ils l'avaient comprise dans leur corps.
Je ne leur enseignais rien, je cherchais avec eux à ce qu'ils deviennent eux. (J'avais un problème avec les notes, je ne voulais pas les noter. J'estime qu'on ne peut pas noter l'art).
Que vous à apporté cette expérience ?
Beaucoup. C'est un bonheur d'essayer de donner à des jeunes gens ce que l'on a appris. Et puis j'ai aimé la géographie de ce pays et les êtres humains aussi. Les expériences de la vie ne peuvent se mesurer, c'est toujours immense. De plus d'avoir enseigner au Québec à fait qu'ensuite j'ai enseigné une vingtaine de jours au Chili et en 2005 une série de conférences dans des Universités Chinoises, à Beijing.
Ici, on ne voit rien de ce qui peut se passer en bande dessinée en chine. Pourriez vous nous en parler un peu?
C'est vrai pour l'instant on ne voit que peu de chose des bandes dessinées Chinoises. Ils ont pourtant une grande histoire avec elle. Du temps de Mao il y avait des millions de fascicules, des bandes dessinée sur du mauvais papier qui étaient vendus très peu chers. Souvent avec des dessinateurs de grand talent, mais au service (la plupart du temps de la propagande des dirigeants de la Chine). Cette bande dessinée n'existe plus, mais la culture de cette façon de s'exprimer oui. Bientôt nous allons être "envahis", comme nous l'avons été par les Mangas. Les étudiants que j'ai vu ont de grandes qualités, très grandes pour certains. Il y a encore un peu d'influence Manga, mais les Chinois n'aiment pas beaucoup la philosophie Japonaise, ils vont s'en détacher très vite. C'est bien, il y aura sur le marché de la bande dessinée une autre manière de voir le monde, (Après celle des Etats Unis, de l"Europe, du Japon, celle de la Chine) c'est démocratique, il faut que d'autres pays viennent nous donner leur vision du monde, j'aimerais... L'Afrique, l'Amérique du Sud, le Canada, la Russie... Un rêve de mondialisation. J'ai fait des conférences dans quatre Universités "L'Opéra de beijing", Une Université qui enseigne le dessin animé, "L'Université du Peuple", et une Ecole privée (avec de l'argent Australien et Anglais, pour des jeunes gens privilégiés).
Vous avez dessiné « LES ESSUIE-GLACES », qui est un récit qui décrit un voyage au Québec. Est-ce autobiographique ?
Que veut dire autobiographique ? J'invente plus quand j'écris quelque chose dit "autobiographique" que quand j'écris une histoire de fiction. Mais oui, c'est une histoire vraie. Ce que j'en ai retenue, ce qui est resté en moi de quelque chose qui était vrai, en ce qui concerne les dates, les parcours et les êtres humains en présences.
La solitude et la communication entre les personnes sont des thèmes qui reviennent le long de ce récit. Est-ce que ce sont des thèmes importants pour vous ?
A partir du moment où on coupe le cordon ombilical qui nous reliait à notre mère, nous sommes irrémédiablement seuls le reste de notre vie. Donc c'est un thème important pour tout le monde, que l'on essaie de l'oublier ou qu'on la prenne en charge, la solitude est notre compagne, ce n'est pas triste, c'est notre quotidien.
Le voyage est sans doute le « personnage » principal de ce récit, êtes vous un « écrivain voyageur » ?
Je suis un"écrivain" qui travaille sur une matière qui est sa vie. Comme un sculpteur sur de la pierre, ou sur la terre. La terre qui me sert à modeler mes histoires c'est ma vie. (Mais ceci est vrai pour tout le monde... personne n'invente rien). Alors si dans ma vie il y a des voyages, il y a des voyages dans mes livres. Mais, il est vrai aussi que les déplacements, que ce soit la marche ou l'avion, me posent des questions qui m'intéressent. (Comme si mes déplacement physiques aidaient mes déplacements mentaux).
Pourrait on dire que vos ouvrages sont des "voyages introspectifs"?
Oui, je crois, Gilles Deleuse, le philosophe, disait que le voyage peut être fait sur place, que la vitesse du déplacement n'a rien à voir avec les kilomètres heure. Et je crois qu'on peut rester sur place et voyager, mais, "voyager" ça fait aussi "voyager".
Pendant votre séjour, vous avez pu découvrir la bande dessinée Québécoise. Qu’en pensez vous ?
Le Québec, c'est aussi l'Amérique. Un auteur Américain a des problèmes différents de ceux d'un auteur Européen. En Amérique on est obligé très vite de gagner de l'argent. Un étudiant qui a fini ses études doit souvent des milliers de dollars à l'Université. Pour un auteur Américain il faut du talent et pas mal de folie pour faire de la bande dessinée (de manière personnelle, comme Crumb, Jimmy Beaulieu, Daniel Clowe, Spielgelman, et les autres auteurs que l'on aime). J'ai aimé les étudiants avec qui j'ai travaillé.
Si vous aviez un bilan a faire de votre séjour au Québec, quel serait il?
Impossible à faire, le Québec est maintenant dans ma vie... Un temps j'ai fait des démarches pour ajouter cette nationalité à ma nationalité... J'étais un mauvais élève, j'ai quitté l'école à 16 ans, le Québec m'a offert de devenir professeur dans une Université...
Ma mère qui est morte avant cette nomination, rêvait que je devienne maître d'école. Que dire de plus...
Vous publiez à « l’Association » et chez « Dupuis ». Pensez vous que les grands éditeurs s’ouvrent à de la bande dessinée plus « personnelle » ?
Je ne sais pas trop, les "grands éditeurs" suivent surtout la loi du marché. S'ils s'ouvrent à une bande dessinée plus "personnelle" c'est qu'ils misent là dessus pour les temps à venir. En ce qui concerne ma collaboration avec "Dupuis" c'est le désir d'un homme ; Claude Gendrot, il aimait depuis longtemps ce que je faisais, il avait le pouvoir de me faire travailler. Il n'est plus chez "Dupuis".
Pourriez vous nous décrire votre méthode de travail ?
Je n'ai malheureusement pas de méthode à enseigner. Je n'ai jamais enseigné une méthode. J'ai fait plus de 40 livres, aucun n'a été fait sur ce que j'avais appris des précédents. Un livre est une histoire d'amour, y a t' il un amour qui peut servir au suivant ? Une méthode ? Etre sincère, essayer, jusqu'à se faire mal.
C'est une relation assez "organique" avec l'écriture, non ?
Oui, on pense que la création c'est aller devant le précipice qui est en nous même. Le précipice n'est que le premier trait, la première note, le premier mot. La création commence quand on commence à descendre dans le précipice, et il faut aller au fond...Ce n'est pas interdit de prendre des cordes, mais il faut y aller.
Quels sont vos projets actuels ?
Un livre étrange avec un écrivain Roumain, Mircéa Cartarescu. Je vais même être un auteur Roumain pour ce livre, puisqu'il ne sera publié qu' en Roumanie. (Peut-être ensuite traduit en Français). ¨
En attendant votre prochain ouvrage, que pourriez vous nous conseiller ?
Je ne sais pas, vraiment. J'ai fait un autre livre où je parle du Québec, "Le Chemin de Saint Jean", à" l'Association".
Après plus de 20 ans de "carrière" en bande dessinée, comment voyez vous son évolution?
La bande dessinée est un des arts les plus complet, un peu comme l'opéra. Et même s'il y a de grandes choses qui ont été faites, elle est encore à ses débuts, le champs qu'elle a devant elle est très grand. (Avec les progrès technologiques on pourra même bientôt y rajouter la musique). De plus en plus les humains savent lire les images, mais c'est un domaine difficile pour l'enseignement, une image est plus complexe à analyser qu'un mot. (Barthe, Pasolini et d'autres ont écrit sur ce sujet mais il y a encore beaucoup à explorer).
Va t'on vous revoir au Québec de temps en temps?
... ??? ... J'aimerais.
Y a t'il une question que je n'ai pas posée à laquelle vous aimeriez répondre?
En enseignant beaucoup au Québec, un peu au Chili, j'ai découvert que les Amérindiens du nord et du sud n'ont jamais fait de bandes dessinées (publiées). Je veux dire dessins et textes. J'ai rêvé dans mon séjour à l'Université de pouvoir mettre en place quelque chose qui permettrait d'allumer cette mèche. Je n'ai pas eu le temps de mener à bien ce projet, ce rêve. (Ce serait magnifique de voir la première bande dessinée d'un Amérindien, d'un Inuit, j'aimerais, ce serait démocratique, comme je l'ai écrit plus haut).
Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation pour cette entrevue. Pour en savoir plus sur Edmond Baudoin, vous pouvez visiter le site http://w3.uqah.uquebec.ca/baudoin/abaudoin.htm , et commencer par lire ses albums.
Des entrevues réalisées avec les acteurs de la BD québécoise et des nouvelles de la BD d'ici
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