Partager l'article ! Les entrevues Bedeka, Éric Theriault, Auteur: Publiée le 24-01-2007 ...
~~ Le monde d'Eric Lamiot ~~
~~ La BD québécoise à l'honneur ~~
Qu'est-ce que ce Blogue?
Ça fait mantenant plus de 15 ans que je suis arrivé au québec, importé de France. Je suis un passionné de BDs, j'aime la photographie, je dessine un peu. J'aime aussi voyager, la bonne bouffe, et la bonne bière. Ça, c'est pour moi.
Pouquoi ce blogue? Aprés avoir découvert la BD du Québec et avoir constaté son intérêt, j'ai décidé d'essayer de partager mes découvertes. Plutôt que de faire de la critique BD, je préfère discuter avec les auteurs. Alors je prépare des entrevues avec eux, avec les éditeurs et avec d'autres acteurs de la BD au Québec, et je les partage avec vous.
Alors... bonne lecture et à bientôt.
Éric
http://ericlamiot.site.voila.fr/
Pour mes photos et chroniques de voyage:
http://elamiotphoto.over-blog.com
Pour mes dessins:
Publiée le 24-01-2007
Éric Thériault, créateur de Veena et John Star, présente ses bandes dessinées à la fois en comix book et en feuilleton sur internet. Il intervient également en colorisant Quentin Le Seul (Pif Gadget). Il a accepté de parler à Bedeka.org de ses projets, de sa façon de travailler, de ses goûts…
Bedeka.org : Pourriez vous nous décrire vos projets?
Éric Thériault : Je travaille toujours à la fois sur deux types de travaux : les miens et ceux qui paient le loyer. L’objectif sera qu’un jour les 2 fonctionnent ensemble.
Mon projet personnel qui m’est le plus cher est un feuilleton de John Star que j’ai commencé y’a déjà longtemps. J’ai peu de temps à y consacrer alors ça avance à pas de tortue avec 3 pattes arrachées. Mais j’y crois quand même. Ceux qui ont lu les quelques récits complets de John Star dans MensuHell, Veena ou Legal Action Comics connaissent un peu le personnage, une version parodique de Flash Gordon et de tout l’univers de la s-f de l’Age d’Or. Mais le pastiche, c’est le point de départ. L’histoire elle même touchera bien d’autres thèmes. Un autre de mes personnages, Veena, y apparaîtra éventuellement. C’est pourquoi j’essaie de garder le personnage vivant et disponible pour l’instant en utilisant le format du webcomics. Toutes les histoires sont maintenant disponibles en ligne. C’est quelque chose auquel je crois beaucoup : il faut qu’un auteur garde sa création disponible. Je trouve que c’est déplorable que la plupart des bd québécoises ne soient jamais rééditées. Ca contribue au fait que toutes les nouvelles générations qui commencent à publier ont l’impression de réinventer la roue…
Du coté des projets pour payer le loyer, j’ai commencé à colorer la série Quentin Le Seul de Patrice Lesparre chez Pif Gadget. C’est une série médiévale avec un chevalier sans terre qui essaie de répandre la justice dans les villages qu’il croise. Je compare ça à Rahan, parce que c’est un dessin réaliste et le héros combat l’obscurantisme. Le premier numéro où ça apparaîtra devrait être le #27 en octobre 2006.
J’aurai aussi le titre d’artiste invité pour faire une illustration dans la version française de The Goon volume 3 publié chez Delcourt prévu en septembre. J’ai bien aimé son univers basé sur les vieux EC Comics et The Adams Familly. J’aurai aussi 2 autres collaborations du même type chez Bamboo pour 2 autres traductions françaises de séries américaines.
Et ces travaux chez des éditeurs français me permettent maintenant de travailler avec un scénariste là-bas.
Bedeka.org : Vous parlez de réédition, certaines éditions, aussi bien en Europe qu’au Québec vont pourtant dans ce sens, on peut penser à Rahan, réédité chez Soleil, ou Michel Risque, réédité chez La Pastèque. Pensez vous que tout mérite d’être réédité ?
Éric Thériault : Non, bien sur. C’est la crème qu’on réédite. Il y a des tonnes de bd qui méritent d’être oubliées assez rapidement, mais quand quelque chose reste dans la mémoire des gens alors même que le livre n’est plus disponible, c’est qu’il touche à une corde et il mérite donc d’être présenté à une nouvelle génération. Tu mentionne Michel Risque, mais c’est un phénomène tout nouveau. Avant cette excellente décision de la Pastèque, presque rien n’avait été réédité au Québec. La quasi-totalité du patrimoine est dans l’oubli. Mon album québécois favori reste Atlantic City de Loth et Montour. Ou puis-je en trouver une copie ? Nulle part !
Bedeka.org : Qu’est-ce qui vous a amené à la bande dessinée ?
Éric Thériault : Franchement, pourquoi ça et pas autre chose, je ne sais pas. Ça doit être une marque de l’enfance…Mon père lisait le Fantôme et Mandrake dans le journal et il me disait ce qui s’y passait avant même que je sache lire. Il m’a aussi donné les recueils du Journal De Tintin qu’il avait lu entre 1946 et 52.
Bedeka.org : Vous avez l’air de vous inspirer beaucoup de la science fiction des années 50, pourquoi ?
Éric Thériault : Si tu veux blâmer quelqu’un, tu peux mettre ça sur le dos de George Lucas. Quand Star Wars est sorti en ’77, ça a été tellement populaire que ça a relancé la Sci-fi américaine. Mais à l’époque ça a été mal vu parce que le film est tellement rétrograde au point de vue scénario (une princesse sauvée de l’empereur du mal par des gentils bums …) que ça a plutôt relancé les rééditions de la s-f de l’Age d’Or (1920-1940). A l’age que j’avais à l’époque, toutes ces rééditions de BD comme Flash Gordon et autres du même genre, plus les anthologies J’ai Lu de Sadoul, avec les reproductions de couvertures de pulp, ça a marqué mon imagination. Comme j’ai beaucoup d’intérêt pour l’Histoire en général et celle de la bd en particulier, je lis les bd actuelles avec le regard historique, ce qui me fait voir rapidement que l’on ne réinvente pas la roue. J’ai comme décidé que ça ne servait pas a grand chose de remettre au goût du jour, si c’est pour copier de vieilles idées. Pourquoi dire que les invasion extra-terrestres viennent de la planète Gruul, si on peut juste dire que ça viens de Mars ?
Bedeka.org : Avec tout ce qui s’est déjà fait, pensez vous que l’on puisse être original dans la Bande dessinée actuellement ?
Éric Thériault : Peut-être pas, mais c’est pas ça qui est important. C’est pas tant ce qui est raconté qui est important que la manière. C’est l’originalité dans l’approche qui fait qu’un auteur se démarque. Et puis, il faut aussi se dire que le pire cliché, y’a toujours quelqu’un qui le voit pour la première fois.
Bedeka.org : Quelles sont vos autres sources d’inspiration ?
Éric Thériault : La vie ? Je travaille dans d’autres genres aussi. Dans le Plan Cartésien chez Mécanique Générale, j’ai fait une histoire qui est une sorte de méditation sur la consommation pétrolière et la politique. En fait quand on regarde sous la surface, ce que je fait a beaucoup rapport avec la nostalgie, l’histoire et la politique. Même quand je fais John Star. Mais il faut lire entre les lignes.
Bedeka.org : Pourriez vous nous décrire votre méthode de travail ?
Éric Thériault : C’est malheureusement devenu extrêmement complexe avec trop d’étapes. Il faudrait vraiment que j’en revienne a la base...Disons que je commence par un petit découpage de 2 x 3 pouces, très croquis. Ensuite, je l’agrandi a la photocopieuse et je travaille sur un calque pour pousser ça. Et puis là je fais comme Voro et je dessine des 2 cotés du papier pour voir les erreurs. Parfois je travail sur plein de papiers séparés et j’assemble le tout avant d’encrer au pinceau et à la plume. Si c’est en couleur, je scanne et travaille mes couleurs principalement dans Photoshop en essayant de travailler sur les harmonies de couleurs entres elles plutôt que sur les texture. Le plus simple, le mieux..
Bedeka.org : Vous publiez vos pages sur internet, que vous amène ce support comparé au support papier traditionnel ?
Éric Thériault : Disons que ça a l’avantage d’être direct pour ce qui est du contact avec le lecteur. Pour résumer, j’ai passé les dernières années à jouer le rôle d’éditeur. Donc, beaucoup de travail de maquettes, de graphisme, de contact avec les éditeurs, les distributeurs, etc…J’ai publié pour le marché américain 4 numéros de Veena. Ça a donc été disponible dans les bonnes librairies américaines, canadiennes et d’ailleurs pendant un certain temps. Mais le format comic book a un problème, c’est qu’il n’est disponible sur les tablettes qu’une semaine. Apres, il va à l’arrière du magasin. Ce qui limite considérablement le public qu’on peut avoir. Sur l’internet, c’est disponible en permanence et y’a moyen de fidéliser le lecteur. J’ai commencé à tout mettre sur mon site. J’en rajoute de semaine en semaine. Ça permet de toucher des gens en permanence, de partout. Mais je crois que ceux pour qui ce système fonctionne le mieux sont ceux qui ont une présence dans les mass medias. Je ne crois pas qu’une mise en marché seulement par l’internet ne nous avance beaucoup. Il faut faire les deux.
Bedeka.org : Vous partagez un studio avec d’autres bédéistes, comment ça se passe ?
Éric Thériault : Nous sommes 7 : Michel Lacombe, Serge Lapointe, Frefon, Yanick Paquette, Olivier Peru, Stéphane Peru et moi-même. En tant normal, nous avons tous nos propre clients et nous sommes indépendants. Mais parfois, ça marche mieux en équipe. En ce moment, Paquette dessine X-Men : Civil War. Il a donc l’aide de Lacombe pour de la technique et de l’encrage, Lapointe pour l’encrage et Stephane Peru pour la couleur. Parfois, la collaboration se fait incognito quand les deadlines sont trop serrés. Alors on deviens des imitateurs de nos styles respectifs. J’ai eu comme ça l’occasion de travailler sur Star Wars avec Lacombe, sur Batman Begins avec Lapointe et sur Terra Obscura avec Paquette, entre autre.
Bedeka.org : Vous faites de la colorisation pour Pif Gadget, à quand votre propre bande dessinée dans ce magazine ?
Éric Thériault : J’en ai discuté un peu avec Patrice Lesparre, le scénariste de Quentin Le Seul. Il a proposé de collaborer. Mais si ça se fait ça ne sera pas pour Pif. Je crois que depuis le redémarrage du magazine, ils ont déjà fait le plein de nouvelles séries.
Bedeka.org : Une partie non négligeable de vos travaux vise le marché anglophone, pourquoi ?
Éric Thériault : En tant que scénariste, ce qui me plait le plus comme lecture, c’est la bd alternative américaine. Je suis bilingue et le marché est juste à coté. Ca me semble évident comme démarche. Et plus on fait des liens dans un milieu, plus ça se solidifie. Mais disons que depuis peu, les possibilités sont plus rose en France. Alors ça risque de changer…
Bedeka.org : La BD européenne connaît actuellement un essor fulgurant, vous ne craignez pas une saturation du marché ?
Éric Thériault : Ce qui se passe c’est que le marché est déjà saturé. Ce qui fait que chaque auteur se trouve à avoir de moins en moins de semaines pour trouver son public. Il y a 20 ans quand Moebius avait un album en magasin, on pouvait le trouver jusqu'à ce qu’il soit épuisé. Maintenant, un nouvel album a quelques semaines pour trouver sa place.
C’est une forme d’accélération du marché.
Bedeka.org : En attendant de lire vos prochaines sorties, qu’est-ce que vous pouvez nous conseiller ?
Éric Thériault : 2 histoires publiées dans des anthologies : la première, 1986, est publié dans Plan Cartésien chez Mécanique Générale. La seconde est le dernier récit de John Star et Les Robots de l’Atlantide, publié dans MensuHell # 80.
Bedeka.org : Pour finir, quels sont vos « coups de cœur » ?
Éric Thériault : J’ai vraiment rien lu de neuf ces dernier mois qui m’a coupé le souffle. Ma lecture récente, c’est Rêve de Fer de Norman Spinrad et les derniers Dvd vus sont Secret Agent et Le Prisonnier.
Merci beaucoup de nous avoir accordé cette entrevue. Pour suivre vos productions, il est possible de visiter votre site internet, et d’y retourner souvent : http://pages.videotron.com/veena/
Des entrevues réalisées avec les acteurs de la BD québécoise et des nouvelles de la BD d'ici
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