Galeries

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Le Blogue:

Qu'est-ce que ce Blogue?

 

Ça fait mantenant plus de 15 ans que je suis arrivé au québec, importé de France.  Je suis un passionné de BDs, j'aime la photographie, je dessine un peu. J'aime aussi voyager, la bonne bouffe, et la bonne bière. Ça, c'est pour moi.

 

Pouquoi ce blogue? Aprés avoir découvert la BD du Québec et avoir constaté son intérêt, j'ai décidé d'essayer de partager mes découvertes. Plutôt que de faire de la critique BD, je préfère discuter avec les auteurs. Alors je prépare des entrevues avec eux, avec les éditeurs et avec d'autres acteurs de la BD au Québec, et je les partage avec vous.

 

Alors... bonne lecture et à bientôt.

Éric

 

eric.lamiot@lycos.com

http://ericlamiot.site.voila.fr/

 

 

Pour mes photos et chroniques de voyage:

http://elamiotphoto.over-blog.com

 

Pour mes dessins:

http://elamiotdessins.over-blog.com

Concours

Entrevues

Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 20:32

Moelle Graphique est un éditeur d’ouvrages de bande dessinée, et je parle ici d’ouvrages dans le sens de qualité d’édition. Les livres édités par Moelle Graphique, reliés à la main, sont dans une classe à part de la bande dessinée du Québec. Depuis un certain temps, cet éditeur publie aussi des bandes dessinée tant de la relève (Stat, voir l’entrevue sur ce même site), que du patrimoine du Québec (André-Philippe Coté, l’homme aux graffitis). Pour en savoir plus, nous avons interrogé Julien Poitras, l’homme (auteur et éditeur) en arrière de Moelle Graphique.

 

 

Peux-tu nous présenter Moelle graphique ?

Moelle graphique est une petite maison d’édition qui a comme objet de publier de la bande dessinée québécoise de haute qualité sous une forme quasi artisanale, c’est à dire en produisant des livres de facture originale, montés à la main et à faible tirage, favorisant la création d’« objets d’intérêt », concordant avec leur sujet, chaque projet étant unique et générant un livre dont la forme (dimensions, construction, reliure, etc.) est adaptée au projet. L’objectif est de faire la démonstration que la bande dessinée puisse être autre chose que les albums auxquels nous sommes habituées. Il y a là-dessous le concept que les bandes dessinées peuvent être éditées également en « beaux-livres », en objets originaux et qu’elles y gagnent en fait.

 

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Après avoir servi à présenter tes albums personnels, Moelle graphique, depuis deux ans, publie d’autres auteurs (Danny Gagnon au départ, maintenant Benoit Joly, André-Philippe Côté et d’autres). Pourquoi cette évolution ?

L’idée d’éditer des collègues que je connais et apprécie de longue date était présente au départ, mais encore fallait-il que je fasse mes preuves ! J’ai donc servi de cobaye. La production d’albums de qualité a permis de rallier ces auteurs et a fait en sorte qu’ils puissent accepter, ou me proposer spontanément, l’édition de leur travail. Il y a également l’intention de faire connaître ces productions qui pour certaines dorment au fond des tiroirs de ces auteurs depuis des dizaines d’années. Mon travail d’édition a même été qualifié par d’aucuns d’« ouvrage d’archéologie », soit de mettre en évidence ces œuvres (certaines dont j’avais personnellement vu des parcelles il y a des années et dont je me souvenais dans une sorte de fantasme idéalisé) et leur donner voix au chapitre, permettre qu’elles soient consignées par un dépôt légal, qu’elles soient répertoriées comme œuvres de la culture québécoise et connues par un public amateur de bandes dessinées de nature moins commerciale.

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Moelle graphique va chercher autant dans le patrimoine BD du Québec (André-Philippe Côté), que du côté de jeunes auteurs (Yves Lessard et François Paquet pour « Stat »), peux-tu nous parler de la ligne éditoriale que va suivre Moelle graphique et ses diverses collections ? 

La ligne éditoriale ne se veut pas restrictive. Que les auteurs soient chevronnés et aguerris ou qu’ils en soient à leurs premières armes, la qualité et les coups de cœur générés par leurs propositions sont des motifs suffisant pour moi en tant qu’éditeur.

Quant aux collections identifiées dans le giron de moelle graphique, elles réfèrent davantage à un type d’œuvre graphique qu’à une génération ou une catégorisation des auteurs. La collection « Band&Ciné » réfère aux œuvres en bande dessinées pures et dures, de première publication. La collection « Faux&Os » identifie les recueils d’images, soit de photographies ou d’illustrations (n’excluant pas cependant un contenu en partie constitué de bandes dessinées). La collection « Fulle Recyc » signifie le recyclage d’œuvres déjà publiées, édités ou utilisées dans un autre contexte.

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Quelque soient les albums sortis, il y a toujours un souci de l’album en tant qu’objet (dos toilés, qualité du papier, reliure…). Est-ce important pour toi ? 

Tel qu’expliqué en début d’entrevue, oui, c’est en fait central dans l’amorce du projet. Ma formation antérieure en arts visuels a amené chez moi un intérêt majeur pour le livre en tant qu’objet d’art. Le lien entre le livre et l’humain est à mon sens quelque chose à la base de très fort. La portée de cette relation intense est à mon avis décuplée si l’objet en question est de surcroît un bel objet, un objet réfléchi, congruent, sensé. L’émotion que je ressens personnellement à saisir un livre de cette nature est un de mes expériences préférées.

Le livre numérique va accentuer à mon sens cet état de fait ; on n’achètera éventuellement les versions papier des livres que pour des motifs très spécifiques, dont ce lien privilégié à l’objet physique. Le livre comme phénomène de masse devrait évoluer vers le numérique alors que le livre en tant qu’objet pourrait se destiner dans le futur à l’individu qui a un intérêt spécifique pour un livre donné, découlant d’un attachement particulier à un œuvre, un auteur ou une collection.

Est-ce à dire que tous les albums de moelle graphique auront toujours cette facture soignée, fait main, de haute qualité ? Pas nécessairement. Il y a une balance pour chaque album entre le temps investit pour le réaliser et le produire et le public cible. Les albums de facture très recherchée sont onéreux et la quantité d’albums imprimés est alors moindre, de même que leur distribution est plus limitée. Les albums dont la diffusion se voudrait plus large éventuellement pourraient se voir l’objet de compromis à ce niveau.

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Tes propres albums sont reliés de ta main, peux-tu nous parler de ce travail et de ce qu’il représente pour toi ? 

En fait, tous les albums produits jusqu’à maintenant le sont, et ce travail de production, c’est en fait ma nature d’artiste et même d’artisan qui s’exprime dans une attention maniaque à l’objet. Le fait de tailler, coudre, coller, donne une proximité au livre, à l’objet. Chaque livre devient en quelque sorte unique car porteur de la marque de l’homme, avec, pour chaque album, ses petits défauts, ses variations, parfois difficilement perceptibles, ce qui fait de chacun de ces livres des œuvres d’art, qu’il plait à partager. Et même, à chaque livre emporté par un lecteur, c’est une petite parcelle de soi qui part, un don de soi et un cadeau à cet être qui va se plonger dans cette histoire, parcourir les pages et communier avec l’auteur. Ce travail se rapproche de celui du copiste qui avant l’ère de l’impression recopiait le livre à chaque nouvel exemplaire, conférant à l’ouvrage une émotion, un vécu et une personnalité propres à l’auteur, absents d’une reproduction mécanique.

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Comment vois-tu l’évolution de moelle graphique pour les prochaines années ?

Il y a certainement une crise de croissance à l’horizon. À mesure que la demande augmente et qu’il faudra accroître la distribution de nos produits, il ne sera plus possible d’assurer la production « à la main » et il faudra se tourner vers des alternatives. Je me réserve tout de même le plaisir d’une petite production parallèle pour les différents ouvrages. Quant aux projets de livre, ce n’est pas le matériel qui manque, tout un pan de la production québécoise en bande dessinée demeure méconnu, non édité, non distribué ; il y a du matériel pour des années encore.

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L’an passé, avec Bats, tu nous proposais le premier tome d’une série. Peux-tu nous en parler un peu plus ?

Bats est une fantaisie historico-politico-sociale qui se projette sur plusieurs albums et qui a l’ambition de rassembler sur un même plateau plusieurs de mes intérêts : la nature, mes origines rurales, le messianisme, l’ambivalence morale. C’est aussi une façon de m’éclater au point de vue du graphisme et de la forme, au point de vue de l’histoire racontée, mais également au niveau des objets livre qui sont et seront produits. C’est avant tout un projet à long terme, sur plusieurs années, qui n’est pas encore complètement fixé. C’est donc à suivre.

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Tes bandes dessinées sont surprenantes graphiquement, entre dessin, photo, et composition d’art graphique. Peux-tu nous parler de ta méthode de travail ?

Je réfèrerais le lecteur à l’article publié dans le Trip no 7. En voici un extrait :

« Mon biais personnel est que je ressens à la friction du crayon sur le papier et du pinceau sur la toile une émotion que ne permet pas de reproduire la tablette graphique. Ainsi, la plupart de mes croquis sont faits au crayon sur papier, afin de saisir la spontanéité du geste qui réagit au contact du papier et de son grain. Une fois les croquis numérisés, j’interviens abondamment sur les images dans Adobe PhotoshopÒ, mêlant parfois des photos et images que j’ai réalisées dans un autre contexte. Les livres sont ensuite montés dans Adobe InDesignÒ et permettent de produire des versions numériques PDF paramétrables en fonction de l’usage désiré. Bien que j’utilise abondamment l’ordinateur à l’étape de la création des planches, je suis très attaché aux livres en tant qu’objets d’art. Je me tourne donc pour la distribution de mes œuvres vers une impression sur presse numérique, à petit tirage. Chaque livre est relié et monté patiemment à la main ; les choix de papier, cartons, couvertures, page de garde sont concordants avec le projet sous-jacent, afin d’en faire des objets globalement pertinents. En ce sens ma production est un mélange assez complexe d’éléments numériques et analogiques (voir l’illustration 1). Au final, le Web devient une fenêtre sur cette production où les documents PDF téléchargeables sont les témoins numériques d’entités analogiques, assemblages d’encre et de papier ; des entités délicieusement palpables, qu’on peut feuilleter, chérir et ranger précieusement dans sa bibliothèque. 

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Illustration 1 : Montage prenant pour exemple le projet « Bats »  croquis « fait main », planche numérique, réalisée à partir de la numérisation de croquis et de photos, album imprimé de type « livre d’enfant », amenant une concordance à ce projet qui porte sur une histoire fantastique, dont les héros sont des chauve-souris « évoluées ». »

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Quels sont tes projets en termes de BD ?

Le projet qui me presse le plus (qui me tient le plus à cœur) c’est de terminer les œuvres en cours, dont « BATS » (pour lequel j’entrevois un minimum de trois albums), le « Docteur Jolicœur, médecin d’urgence en Afghanistan » et les deux autres tomes quasi achevés de « Hérault ».

Une suite à « La Chauve-souris et la boîte de biscuits » est envisagée, mais n’est qu’à l’étape du débroussaillage. J’ai aussi scénarisée une autre histoire d’enfance « Séminariste » qui touche mes quatre années de niveau secondaire au Séminaire Saint-Alphonse (qui fait les médias depuis quelques mois). Cette histoire n’en est pas une d’abus sexuel, mais porte davantage sur comment nous vivions notre sexualité en émergence dans le contexte d’une institution de gars uniquement, dirigée par des prêtres.

Bref, bien des projets, que je crains de ne pouvoir réaliser avant de me retrouver six pieds sous terre, étant donné mes quelques autres occupations et la lenteur avec laquelle je produis !

 

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Si tu avais à te définir par l’intermédiaire de trois œuvres (tous domaines confondus), quelles seraient-elles et pourquoi ? 

Je comprends que cette question ne vise pas à connaître mes œuvres préférées (ce qui est une question extrêmement plus complexe), mais davantage ce qui me définit comme artiste. Je vais ajouter une contrainte en ne sélectionnant que des œuvres récentes : « Et vogue la valise », bande dessinée de Siris, qui m’a énormément ému comme drame contemporain et de proximité (rares sont les bandes dessinées qui ont généré une telle émotion chez moi (Maus, Jimmy Corrigan, Paul a un travail d’été, la liste est courte)). Le film « Il divo » pour l’opulence. « Hi-fructose Collected edition », recueils/livres d’images pour la beauté, l’ingéniosité des objets-livres.

Pour en savoir plus sur Moelle Graphique: http://moellegraphique.com/

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 19:57

 

Après quelques années de fanzinat, Jean-Sébastien Bérubé s’attaque à l’un des pionniers des débuts du Québec, Pierre-Esprit Radisson. Cette magnifique série en quatre tomes présente ce personnage hors normes, apatride avant l’heure, et malheureusement un peu oublié dans le Québec moderne a part pour les noms de certain monuments. Nous avons profité de la sortie du troisième tome pour en savoir plus sur l’auteur de cette série et surtout, sur ce qui l’a intéressé dans ce personnage.

 

 

Qui est Jean-Sébastien Bérubé?

Un gars de Rimouski qui a voulu réaliser ses rêves coûte que coûte.

 

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Tu es un ancien étudiant du programme de l’EMI, à l’Université du Québec en Outaouais. Que t’a apporté cette formation?

Ça m’a permis de me faire des contacts dans le milieu de la BD au Québec et ça m’a aussi permis de développer une certaine rigueur dans mon travail et de mieux le structurer. L’assiduité, la discipline et tous ces trucs qui font les gagnants. Hahaha! Certains professeurs m’ont aussi inculqué le sens de l’autocritique. Un truc qui m’a déçu de l’EMI, par contre, c’est qu’on n’y faisait pas assez de dessin à mon goût et c’était moins exigeant que ce que j’aurais souhaité. C’est pourquoi j’ai passé mes études à faire des fanzines.

 

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Tu viens du fanzine, et tu es maintenant en charge de la série Radisson, pour Glénat Québec. En tant qu’auteur, comment s’est passé cette transition?

Ça s’est fait en gagnant le premier prix du concours Hachette Canada en 2008, Contes et légendes du Québec. À ce moment, je travaillais déjà sur le premier tome de la série Radisson, mais je n’avais pas encore décidé d’approcher les éditeurs. Je ne connaissais pas Glénat Québec à ce moment et je visais principalement les éditeurs d’Europe. Puis Glénat Québec m’ont ouvert grande leur porte quand ils ont vu le projet Radisson. Le tout s’est enchaîné très rapidement et je me suis retrouvé du jour au lendemain avec un contrat signé, un album de 46 planches couleurs à réaliser et une date d’échéance. J’ai fait cet album du mieux que j’ai pu avec les connaissances que j’avais à l’époque. Quand l’album est sorti en librairie, je me rappelle avoir contacté Loisel et tripp, que je connais bien, pour leur dire que je ne dormais plus parce que j’étais sûr que les gens allaient dire que mon album c’est de la merde. Ils m’ont dit que je n’avais pas à m’en faire alors ça m’a rassuré un peu. En tout cas, fini les fanzines!

 

 

Si je ne me trompe pas, avant d’entamer Radisson, tu as fait un voyage en Asie, du coté du Tibet. Qu’est ce qui a motivé ce voyage et penses tu pouvoir l’utiliser un jour dans ton travail?

J’ai décidé que j’irais au Tibet à 12 ans. J’étais en crise existentielle et je lisais des livres sur la philosophie bouddhiste et le Dalaï-Lama. Les jeunes de mon âge se moquaient de moi et pensaient que j’étais fou. Au début, je devais aller au Tibet après mon secondaire, mais je suis rentré au cégep en arts plastiques. Alors je me suis dit que j’irais après le cégep, mais je ne l’ai jamais terminé et je suis allé à Gatineau pour étudier la BD à l’UQO. Après l’UQO, je travaillais à Montréal dans un domaine qui ne me plaisait pas du tout. Alors j’ai tout laissé tomber, j’ai ramassé mes économies et je suis parti au Népal pour ensuite me rendre au Tibet. J’ai toujours voulu faire une BD sur ça, mais l’occasion ne s’est pas encore présentée. Et puis quand je suis revenu ici, j’avais besoin de prendre du recul par rapport à tout ça, car ce voyage avait été très intense.

 

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Tu fais des arts martiaux (Karaté), est-ce que ça t’aide dans le cadre de ton travail d’auteur de BD?

Avec le karaté, j’ai découvert que j’ai un esprit très compétitif, ce que j’ignorais. Quand je fais de la BD, j’ai ce même esprit de compétition et je cherche à être parmi les meilleurs. Alors je dessine sans cesse et je regarde constamment ce qui se fait sur le marché. Je vois la BD comme un entonnoir qui se rétrécit au fur et à mesure que l’on progresse. Au bout de l’entonnoir, il n’y a que les meilleurs. La discipline fait partie intégrante de ma vie. Dans le karaté, on répète sans cesse les mêmes mouvements dans le but de se perfectionner. Dans la BD je fais la même chose. Je fais des exercices de dessin dans le même but.

 

 

Qu’est-ce qui t’a intéressé dans le personnage de Radisson?

Radisson et moi avons certains points en commun. Le voyage, l’aventure, l’intérêt pour la découverte d’autres peuples, d’autres cultures, le côté rebelle qui conteste l’autorité. Radisson était un homme qui est sorti des sentiers battus. Il n’était ni Français, ni Anglais, ni Iroquois, peu importe. Il n’adhérait à aucune religion ou croyance et il n’avait de comptes à rendre à personne. Il se moquait également des enjeux politiques. Radisson et Desgroseilliers ne vivaient pas comme la majorité des gens de leur temps et c’est probablement parce qu’ils ont grandi au Canada qui, à cette époque, était un endroit où il n’y avait pas de règles claires et définies. Il ne faut pas non plus oublier que, comme Radisson a été enlevé par les Iroquois à l’âge de 15 ans, son esprit a dû être transformé.

 

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Tu te bases sur ses mémoires pour écrire ton scénario. Est-ce que la transposition est difficile?

La transposition est difficile dans le sens où je dois toujours enlever des scènes, dû au nombre de pages qui m’est imparti. Pour le tome 1, ça a été particulièrement difficile, car au début, j’avais prévu de faire une cinquantaine de pages. Cela n’a pas été possible d’éditer par manque de moyens. J’ai vécu certaines frustrations et déceptions à cet égard, mais je me suis dit que dans l’avenir, j’éviterai de faire ce genre de compromis.

 

 

Je suppose que tu dois parfois élaguer pour maintenir un rythme à la bande dessinée, comment se font tes choix par rapport au texte des mémoires de Radisson?

Je mets les moments les plus importants, les moments forts qui ont marqué sa vie. Je choisis ces moments dans le but de faciliter la compréhension du récit. Tout ce que je mets doit servir à ça. Raconter la vraie vie de Radisson le plus fidèlement et le plus captivant possible. Donc, pas de trucs superflus, pas de longueur. J’essaye d’y aller selon les règles de la scénarisation dramatique, c’est-à-dire : introduction, élément déclencheur, action, temps mort, action, temps mort, etc… climax et dénouement.

 

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Peux tu nous parler un peu de ta méthode de travail, pour passer du texte jusqu’à l’album?

Je lis le texte environ trois fois, pour être sûr d’avoir tout compris et que rien ne m’échappe. Ensuite, j’écris un résumé du texte en gardant l’essentiel. Je prends des notes et je divise le tout par scène et par page. Je fais des recherches pour trouver des informations complémentaires au récit, dans des livres d’histoire ou sur internet. Je divise le nombre de cases par page en indiquant ce que l’on voit dans chaque case. Je peux faire jusqu’à trois versions de cette étape. J’écris les dialogues. Ensuite, lorsque le tout est terminé et que je sais à quoi va ressembler mon album, je commence à dessiner les pages.

 

 

Reconstituer le passé est souvent une tache difficile. Jusqu'à quel point ça l’a été pour toi?

Eh bien, au 17e siècle, pas de photos! Heureusement, il existe des reconstitutions de choses dont j’avais besoin pour dessiner Radisson. Des maisons longues iroquoises, des bateaux, des outils, des armes, des costumes etc… Je suis allé dans des musées, j’ai rencontré des historiens, j’ai fait des recherches sur internet dans google image, j’ai regardé des livres avec des illustrations, des films comme Robe noire, Le dernier des Mohicans et ainsi de suite. Ce que je ne sais pas, je ne le dessine pas.

 

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Tu fais beaucoup de recherches d’un point de vue graphique (tu en montres quelques unes sur ton blogue). En retiens-tu beaucoup en final pour l’album?

J’essaye de me servir de tout, mais je ne peux évidemment pas tout mettre. Les éléments doivent servir le récit, mais en général, j’arrive à utiliser tout ce que j’ai. Je récupère certains dessins que je mets dans les pages de garde.

 

 

Je trouve que ton dessin évolue d’album en album. Qu’Est-ce que tu penses quand tu regardes les premières planches de Radisson avec celles que tu compose maintenant?

Ouf… Je n’aime pas trop regarder mon premier album. Même le deuxième. Je trouve mon dessin d’alors amateur comparé à celui d’aujourd’hui. Mais c’est normal. En fait, j’apprends tellement de choses en ce moment que parfois, mon dessin évolue trop vite pour un album. Je dois d’ailleurs ralentir cette évolution pour respecter le style de la série! Cette évolution se fait de façon quasi inconsciente. Je dessine, je dessine, je dessine en tentant d’observer les choses telles quelles sont.

 

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Pour le tome 4, tu travailles avec un coloriste, comment se passe cette collaboration, et pourquoi ce choix?

Eh bien, cette collaboration n’est pas tout à fait commencée encore, puisque je n’en suis qu’au début de l’album et que le coloriste est en ce moment en train de se familiariser avec l’univers de Radisson. Mais ce choix s’est fait parce que j’avais envie de travailler avec un coloriste depuis le début de la série. La couleur est quelque chose que je n’aime pas trop faire. Je trouve cela long et fastidieux, quoiqu’après trois albums, je commence à être plus à l’aise. Mon dessin pour Radisson tome 4 est aussi plus élaboré que dans les albums précédents puisque je fais du lavis.

 

 

Tu as annoncé que le tome 4 serait le dernier de la série, as-tu des projets pour la suite?

Oui, j’ai des projets pour la suite. J’aimerais me tourner vers le roman graphique en noir et blanc pour pouvoir faire plus de pages et aller en profondeur. Ce dont j’ai souffert avec Radisson est justement l’impossibilité éditoriale de faire cela. Mes projets futurs ne sont pas historiques, mais plus personnels. Cela va aussi dépendre des éditeurs intéressés.

 

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En final, au niveau culturel en général, qu’est-ce qui a attiré ton attention ces derniers temps?

Eh bien, je remarque que l’on assiste de plus en plus à une mobilisation du peuple pour que s’opèrent des changements dans la société. Je pense entre autres au mouvement Occupy Wall Street qui est devenu mondial et qui se répand comme une traînée de poudre ici au Québec.

 

 

Merci beaucoup pour le temps que tu nous a accordé, c’est bien apprécié.

 

http://berubd.blogspot.com/

 

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 18:55

Après Blackwood, avec Nicolas Jarry, Kan-J nous reviens avec Haven, scénarisé par Jacques Lamontagne. Pour en savoir plus sur cet auteur, nous nous sommes permis de l’interrompre un moment de son travail pour lui poser quelques questions, ce qu’il a gentiment accepté de faire.

 

 

Pour commencer, qui est Kan-J?

 

Hello

Bin c' est moi, sexe: parfois, âge: en dessous des 40, statut: papa de 2 enfants, marié, des crédits, 2 bras, 2 jambes, des cheveux, l’humain de base quoi :)

Belge installé au Canada depuis 4 ans et demi.

 

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COUVERTURE TOME 1 DJENKO

 

 

Tu es maintenant au Canada, qu’est-ce qui t’a attiré ici?

 

Là, je dirais juste " le Canada " c’est un beau pays, de belles saisons et une vie plaisante.

Un projet né il y a longtemps, du genre " et pourquoi pas " ? Rien à voir avec le travail, juste un projet.

Partir n’est pas dur, mais rester oui, la vie d’immigrant est plus dur qu’on ne le pense. Et encore, j’ai la peau passe-partout, parle français-anglais, avec quelques économies, en famille, ne quittant pas un pays en guerre où ma famille où les miens étaient en danger... Respect à tous les immigrants qui n’ont peut-être pas choisi de partir.

 

 

 

Comment, de menuisier, en es-tu venu à la BD?

 

Comme tous bons parents, les miens on tenu à ce que j’apprenne un vrai métier. Le reste n’est que passion et beaucoup d’efforts. Je suis lecteur avant tout, mon regard sur la bd est celui-là.

J’aime dessiner, petit, je ne pensais pas réellement faire de la bd, mais dessiner, je ne connaissais pas les débouchés dans le domaine du dessin, donc la bd était un choix logique.

 

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Tu sembles, d’après ce qu’on lit sur toi sur internet, avoir de multiples sources d’inspiration. 

Peux-tu nous en dire un peu plus?

 

Comme tout auteur, ou personne travaillant dans un domaine créatif (et comme tout le monde en général), le besoin de s’alimenter en regardant des films, écouter de la musique, lire, regarder, manga, comics, spectacles, expos etc.

J’aime la peinture, beaucoup, comme thérapie, pas comme truc à accrocher aux murs.

 

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Après Blackwood, avec Nicolas Jarry, te voila maintenant avec jacques Lamontagne pour 

Haven. Comment se développent ces collaborations?

 

Alors, arrivé à la fin de Blackwood, j’ai simplement demandé à mon directeur de collection, de me mettre en contact avec un scénariste qui faisait de la fantasy... Jacques m’a appelé pour me dire qu’il ne faisait pas de fantasy et voilà, ça a commencé comme ça :)

 

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Penses-tu te lancer un jour en scénarisation?

 

Déjà fait sur une histoire courte dans contes d’hivers chez Glénat et puis il m’arrive de travailler sur des dossiers bd en tant que tel. Le problème en ce moment, c’est surtout de trouver des dessinateurs...

J’ai un dossier chez les éditeurs en ce moment, on attend, on croise tout ce que l’on peut croiser...

 

 

 

Peux-tu nous parler de ta méthode de travail (passes-tu par le classique 

crayonné/encrage/coloration, fais tu tout le crayonné d’un coup, ou du page par page…)?

 

Alors, story et crayonné à l’ordi et puis encrage sur du vrai papier avec de vrais feutres. L' ordi pour pouvoir corriger, modifier et plus facile pour envois direct à Jacques

Papier et feutres parce-que j’aime ca :)

page par page, en général, je suis sur 3 planches à la fois, une à l’encrage le soir, une au crayonné la journée et une au story en attente de validation/corrections.

 

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Pour le moment, tu semble travailler depuis chez toi. Comment te motives-tu pour t’installer à 

ta table de travail?

 

En m' autofoutantdescoupsdepiedsauc... Mais plus les années passent et plus cela devient difficile. Je dois avouer que je ne trouve plus cela sain du tout de rester seul à longueur de journée.

Surtout que je ne participe pas à des festivals bd etc. L’envie d’un job " normal " 8 heures par jours, collègues et patron me tente parfois.

La région où je vis, ne consomme pas de bd, il n' y a donc pas non plus d' auteurs (dessinateurs ou scénaristes )

Donc, pas vraiment le choix...

 

 

 

Tu fais aussi de la sculpture. Peux-tu nous en parler?

 

Un exutoire, tout comme la peinture, la menuiserie, casser des maisons pour les remettre en état, les marches en foret, les jeux vidéos.

Un besoin d’avoir une activité artistique à coté du monde de la bd qui est très codifié.

La sculpture, pour le moment, avec l’encrage, c’est les seuls activités que je peux faire en éteignant mon cerveau, comme un espace calme, un exutoire à mes soucis.

 

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Tu fais la couleur pour un album des Simpson, ça parait pourtant lion de ton univers graphique tel qu’on le connait par Haven ou Blackwood. D’où est venu ce projet?

 

Voui, mais en fait, j' étais même pas au courant, c’est toi qui me l’a appris et le site BDgest qui a écrit une connerie. Ca arrive, d’écrire des conneries...

Je l’ai fait une fois sur FB je crois :)

 

 

 

 

Peux tu nous parler de tes projets en cours et à venir (en BD surtout)?

 

Alors, en cours, un dossier au scénar, qui fait un tour chez les éditeurs, on attendra donc les retours pour en parler plus.

Apres Haven (après le 3ème tome)... Une opportunité (encore rien de signé) de taffer pour .... (via internet) et de m’occuper des .... d’autres dessinateurs.

hé hé, faudra suivre l’actu sur mon blog :p

 

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Si tu avais des suggestions à nous faire en termes culturel (films, BD, livres…), quelles seraient elles?

 

Ma culture n’est pas assez étoffée pour vous dire que lire ou que voir.

Mais mes coups de cœur, Akira, restera au dessus de la pile, j’ai commencé mes lectures avec :)

Rêves d’enfants d' Otomo aussi, un noir très puissant et une utilisation de la trame et effets de vitesse que j' aime beaucoup.

Regardez TOUS les animés des studio Ghibli

Bisley, Mignola, Ferry, Ottley, Toryama, Samura, Byungjin, Wood, que des auteurs de franco-belge quoi...

Non, Moebius bien sûr !

Arrêtez de lire cet article et sortez vous promener en foret !

 

 

 

La sortie de Haven, tome 2, est prévue pour quand?

 

Je suis sur la planche 40, sortie prévue en février 2012

 

 Haven t2 COVER INK SIZED

 

 

Merci beaucoup pour le temps que tu nous accordes.

 

De rien, c’est moi qui vous remercie, cela fait toujours plaisir de pouvoir parler bd ;)

 

 

 

Pour plus d’informations sur Raphaël Kan-J :

http://defect-ink.blogspot.com/

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 23:03

Deux auteurs réunis pour parler du Québec contemporain en BD. Les à cotés de la crise d’octobre revisités par l’intermédiaire du destin croisé de 4 amis. Sylvain Lemay et André St-Georges ont croisés leurs talents respectifs pour nous donner « Pour en finir avec Novembre ». Nous croisons leurs idées dans le cadre de cette entrevue qu’ils ont accepté gentiment de nous donner.

 

 

Comment est venue l’idée de ce livre ?

Sylvain : En 1994, après avoir vu le film de Pierre Falardeau, Octobre. Je connaissais l’histoire, évidemment, mais ce qui m’avait marqué lors de la projection c’avait été de me rendre compte que les membres de la cellule Chénier étaient au début de la vingtaine au moment des événements d’Octobre 1970. Je me suis alors imaginé que d’autres jeunes du même âge avaient dû être exaltés par tout cela et l’idée d’une cellule créée en appui aux ravisseurs m’est venue en tête. D’ailleurs, en faisant la recherche, je me suis rendu compte que plusieurs communiqués avaient été envoyés aux médias durant ce mois d’octobre, des communiqués signés FLQ, mais qui étaient des faux. L’idée d’obscures cellules n’était donc pas idiote. J’ai vécu longtemps avec cette idée en tête et, en 2008, lorsque j’ai eu envie de concrétiser un projet de livre, c’est cette idée de scénario que j’ai retenue et que j’ai proposée à André.

André : C’est Sylvain qui est arrivé avec ce projet, qu’il mijotait depuis longtemps.  Il y a eu pas mal de rencontres afin de discuter de la forme qu’on lui donnerait

 

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Quelles ont été les difficultés à gérer les différents retour dans le temps (tant au niveau scénario que dessin) ?

Sylvain : Ce qu’il fallait, c’était de ne pas (trop) perdre le lecteur et que chaque scène, malgré le jeu avec la chronologie, devait s’insérer dans une certaine progression continue.

André : d’un point de vue dessin, c’était important de ne pas oublier que les personnages et les lieux changent d’une époque à l’autre.  Il faut tenir compte de l’état des personnages (chevelure, habillement, vie familiale), des lieux (immeubles existants ou non), des véhicules, etc, d’une époque à l’autre sans oublier de détails dans le processus.

 

Comment avez-vous travaillé ensemble en termes pratico-pratiques ?

Sylvain : J’ai envoyé un synopsis à André. Par la suite, nous avons tenu de nombreux 5 à 7 où nous discutions de l’histoire, de la vie des personnages, etc. Une fois que nous tenions l’architecture du récit, nous avons établi le contenu de chaque scène. Par la suite, j’écrivais les scènes dialoguées et nous en rediscutions autour d’une bière. De son côté André découpait chaque scène et il me présentait le résultat. Je donnais alors mon avis. L’élaboration du livre s’est donc fait avec de constants aller-retour entre nous deux. Et c’est ainsi que nous travaillons pour le livre suivant.

André : Exactement comme l’a dit Sylvain !  C’est la raison pour laquelle on n’a pas écrit « texte de » et « dessins de » sur la couverture.  Ce fut un échange du début à la fin.

 

L’histoire est parallèle à celle d’octobre 1970, qui n’est pas ou peu abordée en BD actuellement. Est-ce encore difficile d’en parler au Québec ?

Sylvain : Je ne crois pas que ce soit difficile, mais, effectivement, peu d’écrivains utilisent cette période comme toile de fonds de leurs fictions, et encore moins des auteurs de bande dessinée. C’est un matériau qui existe et qui fait partie de notre histoire collective. Tenter de le nier serait une grave erreur. Et puis, cela fait quand même 40 ans que tout cela s’est passé. Les Américains ont réalisé des films sur la guerre du Vietnam dès les années 1970. Le livre de Louis Hamelin, La constellation du lynx, qui porte sur cette période a connu un certain succès. Il a même remporté le Prix des collégiens, un prix décerné par de jeunes lecteurs qui ont à peine 20 ans.

André : Je pense en fait que dans la foulée du 40e anniversaire des événements en question, il y a eu une grande curiosité à ce sujet chez ceux qui ne les ont pas vécus et on a pu en profiter.  Ça reste un épisode important de notre histoire.  Si Denis Villeneuve a pu faire Polytechnique moins de 20 ans après cette tragédie, il n’y a aucune raison d’attendre avant de parler de la crise d’octobre 70.  Il ne sert à rien de mettre notre histoire de côté sous prétexte que ça pourrait froisser des gens ou évoquer des mauvais souvenirs.

 

 

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Globalement on trouve de la BD faisant référence à l’époque de la colonisation du Québec, mais peu sur l’histoire du XXème siècle, alors qu’on trouve de nombreux livres y faisant référence. Est-ce qu’il y a une lacune à combler ?

Sylvain : Sûrement. L’histoire du vingtième siècle est abondamment travaillée dans la bande dessinée européenne et américaine, mais très peu au Québec. Pourtant les romans historiques québécois fonctionnent très bien et se retrouvent souvent sur les listes de best-sellers. En bande dessinée, il y a quelques exemples, notamment, Rapt et sigle de Toufik qui date de 1982, mais sinon, c’est vrai que les histoires sont très contemporaines. Peut-être l’influence de l’autobiographie de ces dernières années.

André : Michel Rabagliati est devenu un phare pour la BD québécoise à l’échelle internationale.  Il traite justement du Québec du 20e siècle et plusieurs clins d’œil sont faits à notre histoire récente.  Plusieurs autres auteurs traitent de la vie au Québec dans des œuvres plus personnelles mais il semble effectivement y avoir de la place pour l’histoire récente.

 

On trouve de plus en plus d’ouvrage de BD de finissantes de l’UQO. Est-ce possible de faire un bilan de ce programme, tant du point de vue du responsable que de celui d’un ancien étudiant ?

Sylvain : Le nombre, sans cesse grandissant, de diplômé(e)s qui publient et qui sont actifs dans le milieu de la bande dessinée au Québec est, évidemment, ma plus grande fierté. Mais le milieu de la bande dessinée au Québec n’est pas facile. Je calcule qu’environ 10 à 15% de nos diplômés sont actifs d’une façon ou d’une autre. Ces chiffres sont les mêmes que pour les finissants de l’Université Seika de Kyoto qui offre un programme en bande dessinée depuis 2000. La différence, c’est qu’il est plus facile de vivre de la bande dessinée au Japon qu’au Québec. Nous avons également des étudiants qui viennent étudier chez nous, mais qui n’ont aucun désir de vraiment faire de la bande dessinée par la suite. Nous formons aussi des lecteurs critiques, ce qui est tout aussi bien.

André : Beaucoup étudiants qui sont passés par le programme à l’UQO  sont devenus des joueurs actifs sur la scène québécoise.  On n’a qu’à penser à des initiatives comme Front Froid, le Studio Premières lignes, le C9, et à des auteurs comme Iris, Myriam Roy, Jean-Sébastien Bérubé, et autres pour s’en rendre compte.  Oui, le milieu reste difficile mais de voir tant de monde qui y croit et qui désire le développer, ça fait du bien !

 

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« Pour en finir avec novembre » a été nommé « coup de cœur » Renaud-Bray. Que pensez-vous de cette reconnaissance ?

Sylvain : Ce fut notre première marque de reconnaissance. Nous l’avons appris dans les jours qui ont suivi le lancement. Ce fut, pour moi, la première preuve que nous avions réussi notre projet. Même si un éditeur (les 400 coups) s’était intéressé au livre, j’ai douté longtemps. Je me disais que le livre avait été accepté à cause de mon nom, je suis quand même actif depuis de nombreuses années dans le milieu de la bande dessinée au Québec. Mais entre le temps où le livre a été terminé et le moment où il est sorti, j’ai eu de nombreuses angoisses. J’avais embarqué André dans ce projet et je me sentais responsable. Il a beaucoup travaillé et si le livre avait été un flop, je me serais senti coupable. J’avais peur des critiques, mais surtout, j’avais peur que le livre passe inaperçu, dans l’indifférence générale. Quand ça fait trois ans que tu travailles sur un projet, c’est assez freakant. Et si Michel Viau s’est intéressé au projet dès le début, il demeure un ami. Et si nous avons vendu tous les livres que nous avions au lancement, personne ne l’avait lu et je connaissais la majorité des gens présents. Alors le Coup de coeur Renaud-Bray qui est arrivé deux jours après le lancement a calmé mes angoisses pour un certain temps. C’étaient des libraires et des lecteurs professionnels qui avaient donné leur confiance au livre. Les angoisses ont recommencé quand j’ai commencé à travailler sur le deuxième livre. Et si c’était un coup de chance ? Je ne me referai jamais, au grand dam de ma blonde qui partage, bien involontairement, mes angoisses.

André : Bien sûr, quand on publie une œuvre, on a beau être convaincu du mérite de celle-ci, on ne peut faire autrement que penser à d’éventuelles mauvaises critiques ou, comme le soulignait Sylvain, à l’indifférence du public.  C’est extrêmement gratifiant de savoir qu’un des gros libraires du Québec a cru dans ce livre mais encore plus quand on apprend que ça rejoint bel et bien les lecteurs.  Les médias ont aussi été d’une aide incroyable, autant en Outaouais qu’à Montréal et Sudbury, et on espère un regain d’intérêt envers Pour en finir avec novembre quand sortira le prochain !  Mais quand le scénario de Sylvain s’est retrouvé en nomination aux Bédéis Causa et aux Shuster Awards, ça a vraiment couronné le tout.  C’est tellement un bon récit !

 

Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

Sylvain : Nous avons embrayé le deuxième livre assez rapidement. J’ai beaucoup d’idées de scénarios en banque. J’ai écrit le synopsis l’automne dernier au moment où je corrigeais les épreuves de Novembre. Ce ne sera pas une suite, mais le tout fera partie d’un univers narratif cohérent. En lisant les épreuves de novembre, je me suis rendu compte que nous avions laissé bien des éléments en plan lors de l’écriture du scénario. Beaucoup d’éléments de la vie des personnages que nous avions discutés lors de nos 5 à 7 se sont perdus. J’ai donc eu envie de rester avec eux. Certains personnages reviendront donc. Mais il n’y a aucun rapport avec la crise d’octobre dans le deuxième. Nous ne voulons pas, non plus, être identifiés avec cette période. Les gens de l’Outaouais ont également été très heureux de se reconnaître dans les lieux que nous avons utilisés. Ils seront servis dans le deuxième livre. Mais là encore, peut-être pour rompre avec ce que l’on attend de nous, l’action du troisième livre se déroulera à Valparaiso au Chili. On attend juste la confirmation de l’éditeur pour notre voyage de repérage dans ce pays.

André : Le deuxième livre est en cours de réalisation.  J’ai déjà quelques scènes de découpées mais le plus gros reste à venir.  Il faut encore se rencontrer pour élaborer certaines scènes et il faut que Sylvain jette un coup d’œil à ce que j’ai dessiné.  Sinon, ce ne seront jamais les projets qui manqueront et j’ai une série de toiles à produire dans les prochains mois, mais priorité au tome deux !

 

Merci de nous accorder de votre temps pour cette entrevue.

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 22:21

Jérome Bigras est de retour. Personne n’osait espérer revoir cet anti-héros banlieusard revenir manipuler les standards de la bande dessinée classique. Et pourtant, c’est un trou heureusement non comblé qui nous vaut ce plaisir. Entrevue avec son créateur, Jean-Paul Eid, pour nous expliquer les tenants et aboutissants de ce projet.

 

 

Après le recueil des aventures de Jérome Bigras “Des tondeuses et des hommes”, tu nous reviens avec un nouvel album “le fond du trou”, et des nouvelles aventures pour ce personnage. Pourquoi avoir repris ce héros ?

Pourquoi pas?  J'ai créé Bigras à l'âge de 20 ans et il a évolué en même temps que moi durant les 10 années de collaboration à la Revue Croc.  C'est devenu un ami intime à travers lequel j'aime poursuivre mes petites expériences de scénaristique.

 

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Jérome Bigras était publié dans « crocs » initialement, peux-tu nous dire comment ce héros est venu au monde ?

Croc avait mis sur pied une autre revue du nom de Titanic, un projet ambitieux de magazine uniquement dédié à la BD, alors que Croc contenait 70% de texte et 30% de dessin. J'y ai publié mes premières planches. Hélas, ça a été le dernier numéro et la revue a fermé ses portes le mois suivant. Mais, cette collaboration m'a permis de mettre un pied dans la place, de traverser le corridor et de frapper à la porte de la revue- mère avec quelques planches dont 3 épisodes de Bigras. Ça a plu et, à mon grand étonnement, on m'a ouvert les pages du magazine en publiant les aventures de Jérôme de façon irrégulière, au début, puis mensuellement jusqu'à la fermeture de la revue en 1995.

 

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Avec Jérome Bigras, tu jouais déjà avec les standards de la bande dessinée (cases à l’envers, personnages qui jouent avec les bandes, adresses directes au lecteur), d’où viennent ces idées ?

Je me pose souvent la question suivante: À quoi le lecteur s'attend-t-il le moins à cet endroit précis du récit? J'essaye par la suite de justifier le tout et c'est là que réside la plus grande partie du travail. Ce n'est pas de trouver les idées le plus difficiles, mais plutôt le travail pour les intégrer dans le récit.

 

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Avec au fond du trou, tu vas encore plus loin. Cette fois, il y a un trou qui traverse l’album et qui sert de fil conducteur à l’histoire. N’as-tu pas peur d’aller trop loin ?

J'ai fait mes classes dans un magazine humoristique et j'y ai appris à m'adresser à un lecteur qui n'est pas nécessairement un fin connaisseur de BD mais plutôt un lecteur occasionnel. Et je me suis donner le mandat de lui faire découvrir les possibilités du médium. Évidemment, ça demande un minimum d'effort de sa part, mais, en contre partie, il aura droit à un petit tour de manège qui le sortira du confort de sa lecture traditionnelle.

 

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Garder un trou tout au long des pages d’un album tout en gardant du sens dans l’histoire, à quel point est-ce difficile ?

Honnêtement? Hyper-complexe! Premièrement parce que le trou ne change jamais de place sur la page. Le découpage doit donc se fondre dans cette grille trouée. De plus, comme il y a des trous sur toutes les pages, le scénario doit tenir compte du fait que les trous de gauche mènent aux pages précédentes et ceux de droite aux pages à venir. Dans de telles circonstances, impossible d'intercaler une page, puisque toutes les pages paires deviendraient impaires et inversement.

 

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De plus, l’histoire n’est pas linéaire, puisque des références croisées à d’autres pages sont faites tout au long de l’album. Comment organises-tu ton scénario pour que tout se tienne à la fin ?

Au départ, je savais comment commençait et finissait l'histoire. Après, ça a été des heures de brainstorming à trouver des gags visuels jouant sur la forme du trou ou sur sa signification. Dans un deuxième temps, ça a été d'intégrer ces idées dans le fil de l'histoire et de lancer des perches d'une page à l'autre sans que les lecteurs ne se perdent dans un labyrinthe.

 

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Peux-tu nous parler des difficultés techniques liées à la réalisation de cet album ?

Je me suis lancé dans le vide en prenant pour acquis que la perforation de l'album était un procédé faisable et relativement réaliste. La Pastèque était l'éditeur tout désigné pour ce genre publication hors norme. Grâce à l'imprimeur Gauvin, qui a abordé cet album comme un défi, on a réussi à développer une machine qui permet de perforer l'album et poussant les retailles hors du trou et ce, sans effilocher le papier.  Plusieurs heures de recherche et développement du côté de Gauvin qui ont donné un résultat très satisfaisant.

 

Penses-tu être allé au plus loin de ce que tu pouvais avec ce concept ?

Il n'y a pas de limites sinon que le nombre de pages que l'on compte faire. Il ne faut pas non plus que l'histoire s'épuise et que les pages ne deviennent qu'une simple succession de pirouettes narratives. Je travaille fort pour que toutes ces astuces soient intégrées et justifiées dans le scénario.

 

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Tu es un des rares auteurs au monde à jouer avec les cases des histoires (Fred en est un autre). Est-ce important pour toi de sortir des sentiers battus ?

Il y a plus d'auteurs qu'on pense qui travaillent en ce sens. Ici comme ailleurs, de Leif Tand à Marc-Antoine Mathieu, et tous de façon bien personnelle.

Sortir des sentiers battus? Je ne sais pas. J'aime profiter de ce que m'offre ce médium et que les autres médiums ne peuvent m'offrir. Capitaliser sur les particularités de la BD. Par exemple, contrairement au cinéma, je peux modifier le format de mes cases, le lecteur peux facilement relire une page précédente si je le lui suggère, je peux profiter du support tridimensionnel de la page (la feuille de papier), etc.

 

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Peux-tu nous parler de tes projets ?

C'est un peu prématuré pour le moment!  Mais très bientôt, j'espère!

 

Merci beaucoup d’avoir pris du temps pour répondre à nos questions.

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 21:22

Vous êtes aux prises avec le système de santé? Alors histoire de vous aider à relativiser, voila Stat qui vous offre un regard humoristique et légèrement décalé sur ce service à la population. Créé par deux professionnels du domaine, Yves Lessard (scénario et dessin) et François Paquet (scénario et design), Nous avons souhaité un savoir plus sur ce nouveau service essentiel médicalement profitable, l’humour de Stat. Entrevue à deux voix avec les créateurs.

 

Vous êtes nouveaux dans la BD au Québec, pouvez-vous nous parler de vous ?

FP: Je suis médecin spécialiste en médecine d'urgence et pratique dans ce domaine à l'urgence de l'Hotel-Dieu de Lévis depuis près de 20 ans. Mon intérêt pour la BD date d'aussi longtemps que je me rappelle. J'ai une bonne collection de BD et sans sujet particulier. Je peux passer du classique à la science fiction et en fait, tout ouvrage de qualité m'intéresse.

YL: Je suis de mon côté infirmier depuis 20 ans et dessine depuis toujours!! Comme nous travaillons tous les deux dans le domaine de la santé, cela fait du sens de développer cette idée de BD et voilà pourquoi j'ai embarqué avec passion dans ce projet.

 

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D’où vient l’idée de cette BD ?

YL: Lors d'une soirée de travail, François me voit dessiner sur un coin de bureau à la fin d'une journée de travail. Il me fait part d'une idée qui lui trotte dans la tête depuis des années. De fil en aiguille je fais quelques esquisses et voilà qu'on se rejoint en quelques minutes sur les grandes lignes du projet. Des centaines d'heures de travail, du café à profusion et nous voilà!

FP: En effet, nous vivons des situations souvent cocasses et j'ai tellement souvent entendu des amis collègues me répéter qu'on devrait écrire un livre avec toutes ces idées! Et bien de mon côté j’imaginais plutôt la création d’une BD… Depuis une dizaine d'années je mijotais ce projet, et ce sans avoir trouvé un dessinateur pouvant reproduire ce que j'avais en tête. Quelques dessins de Yves et voilà que les personnages prennent vie. Le processus de création passe par une idée, on se dit quelques mots, on développe un milieu de vie pour les personnages et voilà l'idée générale pour les planches est créée!

 

La-deprime-de-Tank

 

Comment arrivez-vous à éviter les blagues « internes » à votre milieu de travail ?

FP : Le processus de création passe presque toujours à partir d’une idée vécue ayant comme thème un objet, une situation, un personnage etc. La situation est souvent en effet plus drôle pour les professionnels du milieu, et cela explique entre autres pourquoi ces situations n'ont jamais été publiées! Les évènements ayant trop une connotation « interne » au milieu. Pour palier à ce problème il faut donc travailler l’idée de base. Nous discutons donc cette idée (brainstorming) et la rendons plus compréhensible aux personnes moins familières avec le milieu de la santé.

YL: Lorsqu’à partir d’une situation comique l'idée est bien établie et que les personnages choisis le sont le sont aussi, nous devons nous mettre à la place du lecteur afin de rendre le tout "simple". Mon « leitmotiv » est, tant qu’à moi "The Less is the Best". C’est donc tout un défi de réussir à rendre le tout dans un format de planche de trois-quatre cases. Le punch doit être bien dosé et bien placé. Nous avons choisi ce format de « strips » en ayant en tête et comme but la publication dans des revues nord-américaine en français et en anglais. Ce format est plus connu de ce côté de l’Atlantique et convient bien au type de situations comiques que nous voulons créer.

 

La-salle-de-bain

 

Étant donné la crise que traverse le milieu hospitalier du Québec en ce moment, comment arrivez-vous à trouver le temps de faire de la BD ?

FP: Nous travaillons tout les deux à temps plein et donc pas mal d’heures dans la semaine…. Cela sans compter que nous avons les deux une famille. Pour le moment nous travaillons le tout comme un passe-temps et doit donc être en équilibre. Ceci dit ce passe-temps est aussi un travail, à nous de conserver le plaisir de réaliser le tout. Je garde toujours une petite pensée pour STAT à mon travail et les idées viennent alors. C’est donc toujours agréable de discuter avec nos collègues qui nous racontent leurs propres situations. Résumons donc pour moi, STAT est un exutoire pour les journées à l'urgence!

YL: Je travaille principalement de nuit et cela n’est donc pas évident de trouver le temps. De plus, comme dessinateur, je ne peux pas me dire que je m’assois et que "l'inspiration arrive". Il faut que je trouve des moments où je peux me retrouver dans un bon état d'esprit pour la création, mais j'y arrive. Tant que le plaisir existe dans ce métier, je m'y tiens. Nos discussions et « brainstorming » avec François sont aussi de bons moments de rigolade et de détente !

 

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Comment avez--vous défini les caractères de vos personnages (tant au niveau scénario que graphique)

FP: D'après la vie de tous les jours. Bien que certains personnages aient été inspirés avec nos traits de personnalité en partie, les autres personnages sont plutôt un amalgame de plusieurs caractéristiques de personnes réelles. C’est personnes nous ont souvent marqué au long de notre carrière respective et ce autant dans leur façon d'être que dans leur réaction face aux situations parfois bizarres. Les personnalités teintent donc les personnages entrainant des réactions différentes devant une situation inattendue et voilà des mines d'idées pour le futur.

YL: Pour le moment nous nous en tenons à quelques personnages principaux avec des métiers bien connus du public (médecin, infirmier, préposé aux bénéficiaires). Une bonne BD tient à la force de ses principaux personnages et à la qualité des textes. Même si le tout semble facile pour un format 3-4 cases, plus c’est simple et plus cela nécessite du travail ! Pour bien s’assurer que nos histoires soient réalistes quand même, nous avons déjà en banque des personnages qui accompagneront nos héros dans toutes sortes de situations. Nous conservons le chainon important que tout se passe dans un hôpital et principalement à l'urgence.

 

Est-ce que votre inspiration vous vient essentiellement de cas vécus ?

FP: Absolument. La plupart du temps nous prenons une idée avec comme thème une situation réelle qui est survenue. Évidement cette situation peut-être chargée d'émotions et c’est à nous de la modeler afin de la rendre "comique".

YL: Après 20 ans de travail nous avons vu tellement de choses que les idées sont là pour des années de planches. Tous les jours de nouvelles situations surviennent !

 

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Les gestionnaires, dans votre ouvrage, sont représentés comme des personnages « incompétents ». Ne pensez-vous pas que ça fait un peu « archétype » ?

FP: En fait c'est parfois loin de la réalité lol! Ce n'est pas toujours de la faute des gestionnaires, le cadre actuel administratif est ce qu'il est au Québec, loin d’être parfait ! Par contre une bonne dose de dérision, et également même autocritique, n'est pas une mauvaise chose. On doit apprendre à rire de soi aussi!

YL: Comme infirmier il est souvent difficile de comprendre les tenants et aboutissements des volontés d'un hôpital. On tourne à gauche et à droite pour des choix sans but bien précis. À date, même les gestionnaires que nous côtoyons trouvent la BD intéressante et amusante, et ce à tous les niveaux de gestion.

 

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Avec Stat, essayez-vous aussi de passer un message sur le système hospitalier ?

FP: Rappelons-nous que la population totale du Québec n'égale même pas celle du New Work Métropolitain et ce avec une structure encore plus difficile à gérer. Nos disparités régionales créent aussi des difficultés que nous contribuons tous à rendre complexe! On tente si souvent de recréer la roue pour être unique. Je suis moi-même parfois dans une position de gestion et ce n'est vraiment pas facile de négocier avec les structures existantes. La réalité est que le cadre rigide actuel des nos organisations empêche ou rend même parfois impossible les modifications qui paraissent parfois pourtant si évidentes. Patience et rigueur sont alors nécessaires. Rien n'empêche que sur « le terrain » les situations vécues sont donc au final incompréhensibles pour le commun des mortels. Par exemple il y a deux semaines j’arrive au travail à l’urgence et surprise il n'y avait plus aucune chaise pour s'asseoir afin d’écrire le dossier après avoir vu un patient!!!

YL: Au Québec comme dans bien des endroits, on passe de développement à restrictions, de compressions à dépenses inexpliquées et ce sans plan de match clair. Tout le monde peut comprendre les difficultés du réseau ou les raisons qui nécessitent de se « serrer la ceinture » ou « manger son pain noir » mais il faut voir le bout du tunnel de temps en temps.

 

Tourner le milieu des urgences de façon humoristique, n’est--ce pas un risque en termes de perception de la part de vos lecteurs ?

FP: Je ne crois pas. Nous ne sommes pas dans un crédo qui est si difficile que cela. Pensons au sujet de BD comme la religion, l’immigration où d'autres sujets plus "chaud" émotivement… Nous utilisons des situations que tous peuvent à la limite vivre.

YL: À travers le monde entier les urgences et les hôpitaux existent, il s'agit donc d'un environnement facilement compréhensible pour toute personne et c’est donc un sujet exportable partout. Après pas mal de recherches nous notons que peu de gens ont osé créer une BD sur le thème des hôpitaux et des urgences, voilà donc un défi des plus stimulants!

 

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Finalement, le milieu des urgences est-il si mal en point ?

FP: Disons que nous pouvons facilement faire mieux. Cela exige non pas des actions bien complexes mais plutôt une volonté de fer du réseau associée à une participation exemplaire des professionnels. On voit quand même des améliorations au fil des années. Le côté technologique est en continuelle évolution et il faut également suivre les dernières améliorations retrouvées ailleurs dans le monde et nous réussissons. De plus, les personnes qui consultent sont parfois très exigentes, souvent avec raison, et cela demeure un défi quotidien.

YL: Les dernières années ont été très difficiles pour la profession infirmière, mais je demeure très optimiste pour le futur. La profession d’infirmière et toutes les professions dans le domaine de la santé sont très stimulantes et avec une perspective d’emploi sans problème…

 

Et ou voyez-vous Stat dans le futur ?

FP: Mon rêve ultime est de voir STAT en format animation. Ce serait extraordinaire de voir nos personnages vivent sur un écran ! Faut rêver dans la vie !

YL: Nous visons à produite un tome 2 qui devrait arriver avant les Fêtes de 2011. Cet album devrait être disponible dans toutes les bonnes librairies du Québec! On verra ensuite pour le volet anglais et de même que pour l'Europe. Tout est possible, nous sommes persévérants.

 

Merci encore pour cette entrevue, et à bientôt.

 

Pour plus d’information, retrouvez Stat sur

www.statcomics.com

Vous pouvez acheter l’album auprès des éditions moèlle graphique

http://moellegraphique.com/

Ou à la librairie Phylactère, au 685 rue St-Joseph Est, à Québec

https://www.facebook.com/anmarie.francis

 

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 20:35

Sortie au printemps 2011, Une année en quarantaine est une bande dessinée surprenante et attachante qui suit l’entrée dans la quarantaine de l’alter-ego de son auteur, Claude Auchu. Nouvel acteur de la bande dessinée au Québec, nous l’avons approché pour répondre à quelques questions.

 

Vous êtes nouveau sur la scène de la BD au Québec, pouvez nous nous faire part de votre parcours?

Je suis natif de Shawinigan. Asthmatique de naissance, l’hiver je jouais peu dehors mais je dessinais beaucoup à la maison. C’est comme ça que mon amour pour la BD à débuté.

Beaucoup plus tard, j’ai obtenu mon diplôme à l’UQAM en design graphique. Après 20 ans de métier fou, ma passion pour la BD fut plus que d’en lire, mais d’en réaliser une. Voilà donc «Une année en quarantaine».

 

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Est-ce une BD autobiographique ?

Oui. 90% de ce qui se retrouve dans ce livre est autobiographique. Le 10% qui reste est le quotidien réinventé. Je ne crois pas que mes prochains projets seront autobiographiques car je souhaite probablement prendre plus de liberté sur l’histoire à choisir et aussi être porté d’un thème à l’autre, d’une époque à l’autre s’il le faut.

 

Pourquoi aborder le thème du passage de la quarantaine ?

C’est ce que je semblais le mieux connaître au moment où j’ai voulu me lancer dans cette aventure. La notion du temps m’intéresse et dans cette BD qui relate une tranche de vie d’une année, je pouvais la mettre en place.

Aussi, pour une première incursion dans le monde de la BD, je trouvais que de raconter une histoire via des sketches prenant de 1 à 8 pages était moins décourageant.

 

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Pourquoi avoir choisi de le raconter en BD ?

Au-delà de la BD, j’aime le livre. J’aime l’objet. Choisir la BD comme véhicule semblait ce qui était le plus naturel pour moi. Je suis designer graphique, je connais les techniques d’impression, je dessine. Et je pouvais utiliser ce médium à ma façon, le mouler selon ma vision graphique et raconter une histoire en tant qu’auteur.

 

Votre éditeur n’est pas encore reconnu comme un éditeur de bandes dessinées. Comment s’est passée la relation avec eux pour sortir cet album ?

Très bien. Ils ont cru au projet dès le départ et j’ai eu un coup de foudre pour l’équipe. Je serai toujours reconnaissant aux Intouchables et en particulier à Marie-Ève Jeannotte, l’éditrice. Ils m’ont donné ma première chance.

Aussi, j’avais grandement confiance à leur équipe de relation de presses, Géraldine Zaccardelli et Dominique Spénard. Je jugeais qu’un première BD d’un auteur inconnu aurait besoin d’une bonne couverture médiatique et ils ont fait un boulot remarquable.

 

Screen-shot-2011-07-04-at-17.40.48.jpg

 

Pourquoi avoir choisi la bichromie ?

Cette décision arriva sur le tard, mais je suis très heureux d’avoir fait ce choix. Du début jusqu’à la toute fin, la BD était destiné à être en deux couleurs mais en noir et gris. Pratiquement un noir et blanc, mais plus riche visuellement.

Et lorsque vint le moment de faire la page couverture, qui devait être en couleurs, j’ai demandé à la designer Anne-Marie Clermont de me donner un coup de main. Et notre travail et ses recommandations m’ont amené à refaire complètement le travail des pages intérieures et apporter une touche de couleur vibrante.

Techniquement, cela nous a donné du fil à retordre à Marie Leviel, la graphiste des Intouchables et moi. Mais le jeu en valait la chandelle.

 

Pouvez-vous nous parler un peu de votre façon de travailler, depuis l’idée jusque la planche finale ?

Que ce soit avec l’histoire, les plans, le dessin… je reviens toujours sur mon travail en cours. Je poli de fois en fois ce que je fais jusqu’à satisfaction. Le travail s’effectue donc par couche. Évidemment avec une certaine structure. Idée, esquisses, recherche d’ambiance, collecte d’images références, découpage, dessins et couleurs.

Les dessins finaux sont réalisés à l’ordinateur. C’est ce que j’ai trouvé de plus naturel pour moi. Bien que j’ai essayé et que j’aurai préféré travailler de façon traditionnelle avec encre, papier et pinceaux, je n’en suis pas capable. Je travaille comme graphiste depuis 20 ans sur un Mac, cet outil est plus performant pour moi.

 

Screen-shot-2011-07-04-at-17.42.19.jpg

 

Quelles sont vos références en termes de BD ?

Je lis beaucoup de BD. Principalement Européennes et Québécoises. Mais un peu de tout. Je suis un fan de la première heure de Hergé, probablement ma plus grande influence. Silence de Comès et Louis Riel de Chester Brown sont de grands classiques dans ma bibliothèque. Et comment ne pas parler de Chris Ware et la qualité extraordinaire de ses livres!

 

Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets ?

Je suis très heureux d’avoir remporté la 2e place au concours de bande-dessinée organisé par Hachette Canada. C’est ma première expérience dans ce concours, je suis vraiment content de faire partie des 6 gagnants. Le lancement de cet album collectif se fera au Salon du livre de Montréal à l’automne prochain.

 

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Si vous deviez vous définir par trois créations artistiques (tous domaines confondus), quelles seraient elles et pourquoi ?

Une seule : Dryden de Serge Lemoyne. Une acrylique sur toile, peinte en 1975. Elle est bleu, blanc, rouge. J’adore son impact graphique et son plan serré. L’artiste s’était donné le défi de peindre tricolore pendant 10 ans et les oeuvres qui en ont résulté sont magnifiques et très créatives.

 

 

Merci pour vos réponses et votre patience.

 

Pour en savoir plus :

http://claudeauchu.com/

http://claudeauchu.com/blog/

 

Et sur Serge Lemoyne :

http://www.mbam.qc.ca/fr/oeuvres/oeuvre_40.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Lemoyne

http://www.galeriesimonblais.com/fr/artiste/sergelemoyne/

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 19:35

Auteur d’origine française maintenant installé à Québec, Mikaël nous reviens cette année avec une nouvelle série dont le premier album, Félice et le flamboyant bleu, est sorti ce printemps. Pour en savoir plus sur cet auteur, nous l’avons intercepté avant ses vacances pour une petite entrevue.

 

 

Qui est Mikaël?

Je suis né en France il y a une trentaine d'année, autodidacte, j'ai appris le métier d'auteur de BD tout seul, en observant comment faisaient les autres, et en lisant beaucoup de livres sur le scénario, la couleur, la perspectives, la narration, etc.

Ma première BD est sortie en 2001. À date, j'ai plus d'une dizaine de BD à mon actifs où je signe à la fois le scénario, le dessin et la couleur. Mais ce qui ne m'empêche pas non plus de travailler avec des dessinateurs ou des scénaristes.

J'ai habité quelques temps aux Antilles françaises avant de poser mes valises à Québec, ma ville d'adoption où je compte bien rester !!

 

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D’où vient l’idée de la série Félice?

C'est un éditeur de Guadeloupe, PLB éditions, qui m'a approché car il souhaitait faire une BD avec un fort caractère local pour la jeunesse. Et comme je suis toujours en train d'écrire des histoires, j'avais justement sous le coude un conte antillais que j'avais écrit en m'inspirant des contes locaux et de  mon vécu aux Antilles. Je lui ai fait lire le synopsis, il a aimé, et mon dessin tout en rondeur et en couleur lui convenait aussi, donc ça s'est signé très vite ! Mais au départ ce n'est pas une série, juste un "one shot", mais devant l'engouement de l'éditeur, j'ai accepté de signer pour un second tome qui sortira pour Noël 2012. Je vais le commencer à la rentrée de septembre.

 

Couv_felice.jpg

 

Le premier de la série est basé, si je ne me trompe pas, sur une légende existante. D’où est tiré ce patrimoine ?

Non, ce n'est pas une légende existante, c'est moi qui me suit inspiré du folklore des contes traditionnels antillais notamment de la Guadeloupe et de la Martinique pour écrire un conte totalement original. C'est une histoire qui reprend effectivement tout le bestiaire des contes antillais et tous les thèmes de ce genre comme l'obsession du ventre vide, la fourberie, la violence et l'appât de la richesse.

 

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Pourquoi en avoir fait une version en créole ?

C'est l'éditeur qui en a eu l'idée, pour renforcer le côté régional, et pour que les habitants puissent s'investir et s'identifier encore plus suite à la parution d'une BD purement antillaise qui était une première !

 

Couperet-P01APLA.jpg

 

Si je ne me trompe pas, le créole est plutôt une langue orale qu’écrite, est-ce que c’est difficile à adapter à l’écrit ?

Autrefois oui, mais depuis plusieurs années, afin de légitimer cette langue régionale, les intellectuels antillais en ont établis les bases grammaticales, ce qui fait que maintenant c'est même une langue enseignée à l'université au même titre que le breton, le basque ou l'alsacien !

 

Image-1.jpg

 

Tes albums précédents, Nuages et Neige, ressemblent à des contes pour enfants, d’où viennent les idées que tu utilises pour ces albums ?

J'aime le genre du conte, car il permet de faire passer beaucoup d'idée, qui pourront ou pas être perçut par le lecteur en fonction de son âge, de son passé, etc. Ce n'est pas un genre moralisateur comme dans les fables, mais c'est un genre qui souligne simplement certains faits de la vie, et qui peuvent aider le lecteur à avancer dans son propre cheminement de vie, de grandir, tout simplement.

Quant à mes idées elles viennent d'un peu tout... par exemple, l'idée de la neige, c'est quand j’habitais en Guadeloupe, je me disais, quelle serait la réaction des gens si un matin en se réveillant tout était blanc ?

  

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Dans ces deux albums, tu as inclus des images cachées, est-ce pour prolonger le plaisir de tes lecteurs ?

Oui, c'est quelque chose que j'aimais retrouver dans certains livres quand j'étais jeune !

 

 

Dans ton travail, l’encrage est toujours léger (Félice) ou inexistant (Nuages, Neige). Peux-tu nous dire ce qui a justifié ce choix et nous parler par la même occasion de la façon dont tu travailles ?

J'ai éliminé mon encrage pour 2 raisons, d'une part parce qu'il était très mauvais, donc autant faire une qualité ses défauts ! Et d'autres part, quand je mettais mes albums en couleur (avant, quand j'avais encore un trait noir très présent) et que j'enlevais le calque des noirs, je trouvais l'image beaucoup plus douce sans trait, ce qui convenait parfaitement à ce que je voulais faire !

Et pour ce qui est de la technique, et bien je travaille entièrement en numérique, je dessine en utilisant une tablette graphique Cintiq de Wacom, qui me permet de dessiner à même l'écran, comme sur du papier ! Quant au logiciel, c'est tout simplement photoshop.

 

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Les albums sont d’une qualité éditoriale sortant de l’ordinaire, qu’est-ce qui a poussé à ce choix ?

Encore une fois, c'est une décision éditoriale, mais qui me satisfait pleinement !! En effet, la couverture mousse et le rendu mat colle parfaitement aux thèmes des histoires !

 

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Quels sont les prochains projets de Mikael ?

J'achève dans les prochains jours Circus, ma troisième BD chez Clair de Lune, dans l'esprit de La Neige et des Nuages, puis j'enchaîne sur le tome 2 de Félice, ce sera Félice et la Kaz hurlante ! Il y a aussi Rapa Nui, une BD d'anticipation où je signe le scénario sur un dessin de Fabrizio Russo. Un autre de mes projets vient de se concrétiser : travailler en atelier d'auteurs avec 2 autres collègues, Djief et Richard Vallérand. C'est très stimulant cette façon de travailler, ça change d'être tout seul chez soi ! Et aussi plein d'autres projets dont je ne peux pas encore trop parler ! Sinon, pour en savoir plus, rendez-vous sur le www.mikaelbd.com !

 

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Merci de nous accorder cette entrevue.

Bienvenue, ça m'a fait plaisir !!

 

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Jeudi 9 juin 2011 4 09 /06 /Juin /2011 19:48

Après plusieurs années consacrées à la série « Millénaire », François Miville-Deschênes nous reviens aujourd’hui avec « Reconquête », une collaboration avec Sylvain Runberg sortie récemment chez Lombard. Bien qu’en plein dans la réalisation du tome 2, François Miville-Deschênes a bien voulu poser le crayon pour répondre à nos questions.

 

Reconquetes-couv-copie-1.jpg

 

La saga Millénaire est maintenant finie. Qu’est-ce que tu as éprouvé quand tu as enfin vu le dernier tome dans le commerce ?

- Hum… honnêtement, je ne regarde pas beaucoup mes albums lorsqu’ils paraissent. D’abord parce que me sautent aux yeux les défauts, erreurs et autres détails déplaisants, puis aussi parce qu’il y a souvent un côté technique de l’objet lui-même qui est moins réussi ou ne me donne pas entière satisfaction (couleurs trop sombres, défauts d’impression ou autres calamités du genre). De plus, lorsque sort un tome, je suis déjà plongé dans le suivant, alors c’est en quelque sorte de l’histoire ancienne.

 

Qu’est-ce que tu as tiré de cette expérience en général ?

- La satisfaction de perfectionner ma technique de narration visuelle, de même que mon dessin (en l’adaptant progressivement davantage à la BD et en l’éloignant de l’illustration). J’en ai tiré aussi un apprentissage précieux sur les rouages obscurs de ce monde pas toujours merveilleux de la bande dessinée; toutes choses utiles pour mener ma barque sur cette mer houleuse, aujourd’hui et dans le futur.

 

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Tu reviens avec une nouvelle série dans un univers totalement différent. Comment t’es-tu approprié ce nouvel univers ?

- Assez aisément : tous les ingrédients étaient présents pour me faciliter la tâche. On y trouve de grands espaces sauvages, des chevaux et beaucoup d’animaux variés, de l’anatomie en veux-tu en voilà, sans compter les personnages féminins que j’ai toujours du plaisir à dessiner… Du côté documentaire, ma bibliothèque était déjà bien garnie, mais je l’ai enrichie depuis; internet a pu m’aider, mais dans une moindre mesure.

 

 

C’est aussi un autre scénariste et un nouvel éditeur. D’où vient cette collaboration ?

- Lorsque mon précédent éditeur a, du jour au lendemain, cessé de payer ses auteurs, j’ai écrit rapidement à sylvain Runberg, qui m’avait déjà contacté dans le passé pour me proposer de collaborer, sans que cela ait été possible. Je lui ai annoncé que le moment était venu et que s’il avait une petite idée de scénario en tête, j’étais tout disposé à plonger. Un court paragraphe résumant le projet fut envoyé à Dupuis et au Lombard. Ce fut ce dernier qui fut le plus rapide et nous eûmes un tapis rouge déroulé le lundi matin alors que la proposition avait été envoyée le vendredi. Nous avons alors entamé un frénétique et fécond ping-pong épistolaire, jusqu’à élaborer les grandes lignes de notre histoire. C’est ainsi que nous fonctionnons depuis et cela me satisfait pleinement, car je m’immisce ainsi dans le scénario sans pour autant devoir y consacrer toute mon attention, ceci pour en venir un jour à réaliser tout le travail moi-même de A à Z (quand ma progéniture qui aura grandi un peu me le permettra).

 

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Au niveau technique, tu es passé à la « couleur directe ». Est-ce un défi de plus dans la réalisation ?

- Pas réellement un défi, je parlerais plutôt d’une grande satisfaction. J’obtiens bien davantage ce que je souhaite et ce qui est offert aux yeux des lecteurs est infiniment plus personnel qu’une mise en couleur informatique faite par un coloriste à distance.

Bien sûr, l’imprimerie ne peut restituer la palette originale avec une fidélité absolue, mais le résultat n’est tout de même pas si éloigné ; je peux me dire très satisfait de ce que Le Lombard à fait : mises côte à côte, les planches originales et les pages de l’album ne sont pas si différentes.

 

 

Ce changement me semble accompagné d’un encrage plus léger que celui utilisé pour Millénaire. Est-ce lié à la technique ou au style désiré pour l’album ?

- La « légèreté » de l’encrage provient sans doute du fait que c’est la couleur qui transmet certaines informations visuelles (ombres, zones lumineuses), alors que précédemment elles étaient traduites en hachures d’importance variable. J’ai tout de même délibérément conservé un encrage présent, car j’aurais craint de faire de l’illustration case après case si la couleur avait pris plus d’importance. Je conserve donc un encrage bien perceptible, que je souhaite souple et dynamique, qui me lie encore aux bandes dessinées de mon enfance dont j’ai tant appris.

 

Eric-L.-3-1-.jpg 

 

La série semble être prévue en 4 tomes si j’ai bien compris, peux tu nous parler un peu de ce qui s’en vient ?

- Ah, je ne peux pas dévoiler grand chose. Si ce n’est que notre but avoué, à Sylvain et moi, est que les personnages évoluent et surtout, qu’ils ne soient ni trop noirs ni trop blanc. Comme dans la vie réelle, les circonstances et les événements influenceront leurs actes et leurs décisions. Et évidemment, il y aura du bruit et de la fureur !…

 

On connaît l’évolution des technologies depuis quelques années, notamment dans le domaine des technologies logicielles et des outils de communication, comment cette évolution affecte ton travail ?

- Elle ne l’affecte que très peu : je travaille à l’ancienne, sur du papier avec de vrais médiums. Mes planches étant plutôt grandes, elles sont expédiées par la poste lorsque j’en ai quelques unes d’accumulées. Les techniques de communications modernes sont surtout pratiques lorsqu’il s’agit d’échanger avec mon acolyte (par courriel), autrement elles m’influencent peu, à ma table à dessin, au fond de mon atelier.

 

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Sur ton blogue, tu as dévoilé quelques mots de ce qui pourrait être ton projet « post-reconquête ». Peux-tu nous en parler un peu, d’autant que tu en serais aussi scénariste ?

- Tout ce que je peux en dire, c’est que l’histoire se déroulerait dans un Québec post-cataclysmique. On y suivrait des enfants évoluant dans un monde où la planète serait aux mains d’extra-terrestres. C’est un peu court, j’en conviens, mais tout est en gestation et rien n’a encore pris de forme définitive. J’ai encore le temps d’y réfléchir…

 

 

Merci de nous accorder un peu de ton temps.

- Au plaisir ; revenez quand vous voudrez !

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Jeudi 26 mai 2011 4 26 /05 /Mai /2011 20:56

Louis Remillard, l’un des pionniers de la BD au Québec, nous reviens cette année avec un album intitulé Down to the Petawawa. Publié chez Premières Lignes, cet album est un « River movie » poétique qui nous emmène au fil de l’eau dans les paysages grandioses de la nature canadienne. Louis Remillard s’est prêté au jeux de l’entrevue pour nous en dire un peu plus sur son travail.

 

LR DOTP couv

 

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de cet l’album « Down on the Petawawa »?

J’ai l’habitude de trimbaler mon carnet à dessin presque partout où je vais, surtout en voyage.  Je n’ai pas changé ma façon d’agir lorsque j’ai effectué cette expédition de canot-camping.  Lors du parcours, à force de dessiner des scènes du voyage, j’ai décidé d’en faire un « road story ».  La majorité du travail s’est fait après l’expédition qui n’a duré qu’une semaine, tandis que la réalisation de l’album s’est échelonnée sur 2 ans.

 

LR01petawawa

 

C’est un deuxième album de « promenade », est-ce un sujet qui vous inspire, ou le moyen de raconter quelque chose?

Les deux.  J’ai toujours aimé voyager et c’est peut-être une conséquence de tous les voyages que j’ai dans le corps que petit à petit cette thématique s’est installée dans le processus de ma création.  C’est une approche que je trouve intéressante pour exprimer la découverte inhérente au voyage tout en y plaçant des messages bien sentis.

 

LR10roulotte

 

Cet album est plus un « accord avec la nature » que Voyage en zone d’exploitation, est-ce pour faire contrepoint avec le ton plus « sombre » de l’album précédent ?

Les deux albums sont des «one shot» et n’ont pas étés conçu en relation l’un avec l’autre.  Néanmoins, ils ont des rapports entres eux : récit de voyage, omniprésences de la nature, références à l’histoire de l’art.  Sous cet aspect, il y a une continuité avec une approche différente.  Peut-être que le contrepoint s’est fait de manière inconsciente mais la motivation du départ était de faire un carnet de voyage sur cette expédition.

 

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Voyage en zone d’exploitation présentait l’exploitation industrielle du territoire. Est-ce que c’est un constat d’échec et peut on envisager l’exploitation des ressources naturelles différemment?

Voyage en zone d’exploitation est un témoignage des tours et retours que j’ai effectué en forêt boréale depuis de nombreuses années et un constat de la réalité telle qu’elle se présente.  À chacun de voir si c’est un échec ou non.  L’accueil qu’a eu l’album donne une réponse sans équivoque à cette question.  L’état de l’environnement est actuellement très préoccupant et la conscience collective qui prend forme lentement est qu’il faut exploiter les ressources naturelles de façon plus responsable.  Malheureusement, des années de saccage pour obtenir un profit immédiat est une mentalité qui ne se change pas du jour au lendemain et la réparation de l’environnement non plus.

 

LR ZONE couv

 

Peut-on penser que Voyage en zone d’exploitation est une bande dessinée « engagée »?

Engagée est un bien grand mot, je le qualifierai plutôt de conscientisé

 

Le graphisme de Voyage en Zone d’Exploitation était extrêmement diversifié, comment avez-vous fait ce choix, et comment sélectionnez-vous le graphisme de chaque case?

Ce choix reposait sur les caractéristiques inhérentes à création de l’ouvrage qui imposait certaines contraintes, tout en mettant de l’avant la recherche et la création.  Pour ce faire, j’ai dû privilégier la variété tant au niveau de la composition que du traitement graphique de chaque case pour éviter la monotonie de représenter une voiture circulant dans le bois successivement à travers 480 vignettes d’affilés.  La sélection du graphisme de chaque case a été fait selon l’inspiration du moment

 

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Vous vous êtes imposés beaucoup de contraintes pour Voyage en zone d’exploitation, comment avez-vous décidé de cette approche et quelles ont été les difficultés à la gérer?

Plusieurs objectifs ont orientés la réalisation de cet album; d’une part faire un portrait de l’utilisation de notre territoire collectif, et d’autre part la création d’une BD expérimentale.  Dans cet ordre d’idée, J’ai utilisé une méthode de travail particulière : comme c’était une histoire sans histoire, je dessinais les vignettes au gré de l’inspiration et je les assemblais dans la page selon les compositions, plans, textures, masses de blanc et noir ainsi que leur contenu narratif.  Je faisais le montage de la page dans son ensemble, un peu comme une peinture.  Cet exercice a été parfois difficile.

 

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Le graphisme de Down on the Petawawa est plus unis que celui de Voyage en zone d’exploitation, Est-ce une volonté de rendre cet album plus fluide que le précédent?

En explorant plusieurs variétés d’esthétique dans Voyage en zone d’exploitation, j’ai touché à toutes sortes de façon de dessiner.  Pour faire Down on the Petawawa, J’ai privilégié celle qui me satisfait le plus tant au niveau de l’exécution que du rendu final.

 

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Vous avez incorporé des clins d’œil à des artistes peintres dans ces deux albums. Pourquoi ce choix et quelle inspiration tirez vous des autres arts pour développer votre activité?

La BD est une part importante dans ma démarche artistique, mais j’ai œuvré pendant plusieurs années en estampe et en peinture.  De plus, je travaille régulièrement aux montages des expositions dans un musée, ce qui me donne une certaine familiarité avec l’art.  J’ai amorcé l’intégration des références à l’histoire de l’art dans Voyage en zone d’exploitation afin d’y ajouter un élément pour éviter la monotonie dû aux contraintes auto-imposées.  J’ai trouvé le jeu intéressant au point de récidiver pour Down on the Petawawa.

 

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Vous semblez aimer dessiner la nature, mais vous dessinez aussi la ville si j’en juge par vos derniers dessins publiés sur votre blogue « estampes et peintures » (http://lremillard.blogspot.com/ ). Peut-on s’attendre un jour à une histoire de voyage urbain?

Tous les sujets sont bons à dessiner et c’est dans ce qui m’entoure que je puise mon inspiration.  Étant un urbain qui aime être dans le bois, je dessine les deux facettes de cette réalité.  Les paysages urbains m’inspirent depuis longtemps mais je n’ai pas de projets narratifs sur ce sujet dans mes cartons pour le moment.

 

LR09pylones

 

Ça fait maintenant 40 ans que vous faites de la bande dessinée au Québec. Comment percevez-vous l’évolution de la bande dessinée en général et de celle au Québec en particulier?

La BD est en constante évolution, tant au niveau pictural que narratif.  À mon humble avis, c’est l’art le plus dynamique actuellement.  Étant un vétéran presque à l’état de fossile de la BD Québécoise, j’ai pu être témoin de l’évolution fulgurante de ce médium au Québec.  Il faut dire qu’on est parti de loin; lorsque j’ai débuté, il n’existait pratiquement rien, tant au niveau de la création que de l’édition.  Tout était à faire et les gens de ma génération se sont mis à la tâche et je crois que cela a porté fruit, car aujourd’hui la BD Québécoise est en pleine expansion.

 

LR04frontales

 

Pouvez-vous nous parler un peu de vos projets ?

Je cogite et travaille depuis un certain temps à un projet de fiction historique intitulé le retour de l’Iroquois.  Ce récit sera un roman graphique basé sur des faits historiques qui se sont déroulés au Québec et dans l’état de New York à l’époque de la Nouvelle France.  Approche nouvelle dans ma démarche artistique mais en continuité avec mes deux précédents ouvrages, car il relate le voyage d’un Iroquois prisonnier des Français et libéré par ceux-ci afin de proposer une paix avec son peuple.  Donc, un autre « road story » dans lequel le voyage compte plus que la destination et fera vivre au lecteur le quotidien du personnage, mais aussi ses pensées et souvenirs qu’il ne manquera pas d’avoir tout au long de son périple solitaire au sein de l’Amérique du nord du XVIIe siècle.

Par ailleurs, suite à mes expériences muséales, j’ai réalisé quelques planches sur le sujet et à temps perdus et j’en produits de nouvelles à l’occasion.  Un jour, peut-être, j’en ferai une compilation qui aboutira à un album intitulé Annales Muséales.  Ce projet est délicat et n’est pas prioritaire en ce moment préférant porter mon attention sur l’Iroquois.

Des extraits de ces deux projets peuvent être consultés sur mon blog : http://louisremillard.blogspot.com/

 

Merci beaucoup pour cette entrevue.

 

Par Eric Lamiot - Publié dans : Entrevues
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Éric Lamiot

 

Des entrevues réalisées avec les acteurs de la BD québécoise et des nouvelles de la BD d'ici 

 

Dans les liens ci-contres, le "+" représente une entrevue réalisée avec l'auteur. Pour les lire, allez voir dans la section "entrevues" des catégories.

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